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    Élèves à défis particuliers

    Redonner le goût de fréquenter l’école

    10 septembre 2016 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Éducation
    Chacun des élèves arrive avec son propre sac à dos, mais la première des choses, c’est de leur faire de nouveau croire en eux et en leurs capacités, souligne le directeur général du collège des Hauts-Sommets à Saint-Tite-des-Caps, Marc Charbonneau.
    Photo: IStock Chacun des élèves arrive avec son propre sac à dos, mais la première des choses, c’est de leur faire de nouveau croire en eux et en leurs capacités, souligne le directeur général du collège des Hauts-Sommets à Saint-Tite-des-Caps, Marc Charbonneau.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Non, les écoles privées n’accueillent pas que des élèves brillants réussissant haut la main les examens d’entrée. Toutes reçoivent également des enfants à défis particuliers, plan d’intervention à l’appui, et une soixantaine d’entre elles a mis sur pied des initiatives spécifiques pour les soutenir et les accompagner vers la réussite.


    Rouge, vert, bleu. Au Centre pédagogique Lucien-Guilbault (CPLG), dans le quartier Saint-Michel à Montréal, chaque cycle a sa propre couleur, et les classes sont distribuées autour d’un lieu commun.

     

    « Quatre classes autour de chaque salle commune, explique sa directrice générale, Brigitte Raymond. Nous avons emménagé dans nos nouveaux locaux l’an dernier, et ça fait toute la différence avec les élèves que nous recevons. Ils sont souvent anxieux, vivent de l’insécurité, ont une faible estime d’eux-mêmes lorsqu’ils arrivent chez nous, car ils ont subi des échecs. Ici, ils se repèrent facilement et ils visualisent leur progression grâce à notre code de couleur. Ils gagnent en confiance, et alors seulement, les bases sont jetées pour les mener vers la réussite. »

     

    Fondé en 1947, le CPLG est spécialisé dans la scolarisation et le développement d’élèves en difficulté grave d’apprentissage présentant des troubles associés tels que la dyspraxie, la déficience motrice légère, la dyslexie ou encore la dysorthographie. Les enfants y sont généralement dirigés par les commissions scolaires et sont admis après un entretien.

     

    « Il s’agit surtout de déterminer si le centre est adapté pour l’enfant, précise Mme Raymond. Nous accueillons deux cent soixante élèves environ chaque année, au primaire et au premier cycle du secondaire, surtout des élèves présentant un profil complexe et ayant plusieurs diagnostics de trouble de l’apprentissage. Ici, ils travaillent avec des enseignantes en adaptation scolaire et ils sont également suivis par les spécialistes, orthopédagogues, ergothérapeutes, psychoéducateurs, neuropsychologues, etc. »

     

    Même complexité de la part des étudiants qui arrivent au collège des Hauts-Sommets à Saint-Tite-des-Caps, dans le massif de Charlevoix. Eux sont au secondaire et présentent toute une palette de difficultés allant du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité aux différents dys-, en passant par des troubles de l’attachement ou encore des difficultés familiales.

     

    « C’est pourquoi 85 % des cent vingt jeunes que nous accueillons couchent à l’école dans nos résidences, explique son directeur général, Marc Charbonneau. Certains viennent de loin, mais pas tous, et ils trouvent ici un milieu de vie susceptible de leur redonner confiance en eux. Nous n’avons pas que des jeunes présentant des difficultés d’apprentissage, mais c’est une grande part de notre clientèle. Nous leur proposons de l’aide au devoir, des études supervisées, mais aussi des activités sportives et culturelles et tout un ensemble de services susceptibles de répondre à leurs besoins de façon personnalisée. »

     

    Le collège est administré par une coopérative de travail. Tous les membres du personnel ont investi dans l’école et élaborent ensemble les grandes orientations de l’établissement, ce qui a un impact important sur le sentiment d’appartenance et la stabilité de l’équipe. Deux orthopédagogues et quatre éducateurs spécialisés viennent en soutien aux enseignants. Le rythme scolaire a également été pensé en fonction de la clientèle.

     

    « Nos cours durent aujourd’hui soixante minutes plutôt que soixante-quinze, pour tenir compte des difficultés propres aux élèves présentant un TDAH, indique le directeur. Nous avons également programmé une semaine de relâche en novembre et commençons donc l’année scolaire une semaine avant la date officielle. Nous favorisons aussi les saines habitudes, telles que des nuits de huit heures ou encore de la marche tous les midis. Ici, les élèves retrouvent leurs marques, et c’est le terreau vers la réussite. »

     

    M. Charbonneau raconte l’histoire d’une jeune fille, arrivée à quinze ans après avoir échoué sa 1re secondaire. Victime d’intimidation, elle avait une envie forte de réussir, mais était complètement découragée.

     

    « Nous l’avons fait entrer en 2e secondaire, nous lui avons fait confiance, et ça lui a redonné foi en elle, explique-t-il. Nous avons mis en place un encadrement spécifique de jour et de soir. Elle s’est accrochée et elle a fini par sortir l’an dernier, diplômée. Elle avait vingt ans. Ce cas-là est exceptionnel, mais nous recevons beaucoup de jeunes ayant de gros retards et ayant accumulé les échecs. Chacun des élèves arrive avec son propre sac à dos, mais la première des choses, c’est de leur faire de nouveau croire en eux et en leurs capacités. »

     

    Au Centre pédagogique Lucien-Guilbault, comme au collège des Hauts-Sommets, le secret réside dans la capacité des enseignants à s’adapter à chaque situation. Varier les manières d’enseigner, construire le portrait de la classe, noter les individualités et s’adresser au bon spécialiste. Ne pas hésiter à revenir aux notions de base. Personnaliser les apprentissages et utiliser les technologies. Redonner le goût de fréquenter l’école.

     

    « Avec les technologies, nous allons sur leur terrain, note Marc Charbonneau. C’est une source de motivation pour eux. »

     

    « Les élèves que nous recevons ont du potentiel, mais il est difficilement atteignable, ajoute Brigitte Raymond. Les technologies nous permettent d’aller les chercher. Certains ont de la difficulté à tracer les lettres par exemple. En leur donnant la possibilité de rendre leurs exercices tapés à l’ordinateur, on enlève le geste mécanique d’écrire et on est capable de savoir comment ils structurent leurs idées. Avant, on aurait juste dit d’eux qu’ils étaient paresseux, maladroits ou dans la lune. Voire idiots. Un enfant peut ne pas comprendre les codes communs, ça ne veut pas dire qu’il ne sait pas réfléchir. »

     

    Un élève quitte en général le CPLG à l’âge de 15 ou 16 ans avec sa 2e secondaire en poche. La direction s’assoit alors avec les commissions scolaires pour déterminer ce qu’il est possible de lui proposer pour la suite. Généralement, une formation axée sur l’emploi, tant ses difficultés sont grandes. Mais il sera capable de fonctionner dans la société.

     

    Quant au collège des Hauts-Sommets, il présente des taux de diplomation à la sortie du secondaire entre 90 et 95 % selon les années, et les étudiants se dirigent ensuite généralement soit vers un diplôme d’études professionnelles (DEP), soit vers un cégep.













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