Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    La Réplique › Écoles juives

    Intégration n’est pas assimilation

    Le combat millénaire des juifs hassidiques s’apparente à celui du Québec francophone

    1 septembre 2016 | Abraham Ekstein - Père de famille et membre de la communauté juive hassidique des Satmar | Éducation
    «En tant que parents, nous estimons qu’il est essentiel que nos enfants fréquentent des écoles où leur est transmise une éducation religieuse, culturelle qui reflète nos valeurs», affirme l'auteur, membre de la communauté juive hassidique.
    Photo: François Pesant Le Devoir «En tant que parents, nous estimons qu’il est essentiel que nos enfants fréquentent des écoles où leur est transmise une éducation religieuse, culturelle qui reflète nos valeurs», affirme l'auteur, membre de la communauté juive hassidique.

    Le déclencheur

     

    « Ceux qui sortent des écoles hassidiques sont malheureusement démunis et incapables de vivre dans le monde moderne. Tellement qu’en Israël, une association d’anciens hassidim poursuit le gouvernement en l’accusant d’avoir failli à ses obligations. »
    — Frédéric Bastien, «Le Québec n’est pas l’Allemagne nazie », Le Devoir, 25 août.

    « Quand, du matin au soir, six jours sur sept, des enfants hassidiques sont forcés d’étudier presque exclusivement les textes fondateurs du judaïsme, nous sommes aux prises avec une gigantesque entorse à l’esprit de la loi. »
    — Pierre Lacerte, «Deux poids, Dieu mesure ! », Le Devoir, 24 août.



    Si l’on se fie à ce qui a été publié dans les pages du Devoir ces dernières semaines sur le programme d’enseignement à la maison adopté par les communautés juives hassidiques d’Outremont pour instruire leurs enfants, on pourrait croire que la nouvelle est mal reçue. Et pourtant.

     

    Soyons réalistes, avec tous les préjugés qui circulent, il est évident que ce simple texte ne réussira pas à calmer le jeu. Malgré tout, il nous est apparu essentiel de tenter de remettre un peu les pendules à l’heure pour qu’entre citoyens de bonne volonté, un dialogue puisse s’établir.

     

    En tant que parents, nous estimons qu’il est essentiel que nos enfants fréquentent des écoles où leur est transmise une éducation religieuse, culturelle qui reflète nos valeurs.

     

    Sur ce continent, la communauté juive hassidique est très peu nombreuse. La préservation de notre langue, le yiddish, de notre culture et de notre religion commande une attention toute particulière dans ce monde où la sécularisation de nos sociétés nous amène à revoir constamment nos approches pédagogiques pour que nos enfants en sortent gagnants. Car c’est là notre objectif premier.

     

    En fait, nous accompagnons en ce sens les Québécois qui veulent préserver leur langue et leur culture dans un environnement nord-américain anglophone. Nous sommes, comme vous, un peuple fier qui a survécu pendant des millénaires grâce à la transmission de nos valeurs de génération en génération. Le programme scolaire que nous suivons dans nos institutions religieuses permet à nos enfants de développer leur raisonnement et leur réflexion.

     

    Mêmes examens

     

    En septembre 2001, le Québec demande au juge de la Cour supérieure Gérard Dugré de lui accorder une injonction interlocutoire afin de fermer notre école pour garçons. Devant le tribunal, plusieurs spécialistes ont plaidé que l’enseignement prodigué à nos enfants dans nos écoles religieuses donnait des résultats équivalents à ceux sanctionnés par le ministère de l’Éducation du Québec.

     

    En refusant d’accorder au gouvernement l’injonction interlocutoire demandée avant que le mérite de la cause ne soit plaidé sur le fond, la Cour note : « La preuve est nettement insuffisante afin de permettre au Tribunal de juger ce qui est dans le meilleur intérêt des enfants en cause : le régime pédagogique obligatoire instauré par la législation québécoise ou les services éducatifs dispensés par l’Académie… »

     

    Nous avons toujours inclus les matières séculières dans l’enseignement que nous donnons à nos enfants pour qu’ils puissent s’intégrer dans ce Québec qui est devenu notre terre d’accueil. Mais, vous l’aurez compris, cette intégration ne veut pas dire une assimilation. Pour assurer encore plus cette intégration, nous avons, l’automne dernier, inscrit nos enfants auprès d’une commission scolaire québécoise. C’est une première. C’est donc à travers le programme d’enseignement à la maison que nous voulons nous assurer que nos enfants obtiennent leur diplôme, comme tous les jeunes Québécois. Ils y ont droit. Ils passeront les mêmes examens et seront soumis aux mêmes règles que vos propres enfants.

     

    Bien sûr, le défi est de taille. Mais avec l’aide de nos institutions privées, de la commission scolaire et des ressources mises à leur disposition par le ministère de l’Éducation, nous espérons aider les parents qui rencontreront certaines difficultés à transmettre les matières obligatoires du cursus québécois à leurs enfants.

     

    Modernité et valeurs millénaires

     

    Solution profitable pour tous, pourrait-on dire. Notre communauté éduque ses enfants en leur transmettant ses valeurs millénaires, tout en respectant les lois du pays où nous vivons en enseignant les matières séculières que tous les Québécois doivent apprendre.

     

    Retenons aussi que contrairement à ce qui est dit sur la place publique, nos institutions privées d’enseignement religieux ne sont pas subventionnées par le gouvernement. Si nous regardions ensemble quelques instants dans le rétroviseur, nous pourrions voir plusieurs points d’arrimage entre nos sociétés. Le décrochage scolaire est presque absent de nos institutions d’enseignement, comme la criminalité d’ailleurs. Nous payons nos impôts, nos taxes, nous créons des entreprises et donc des emplois, et la prévalence de l’assistance sociale dans nos familles n’est pas au-dessus de la moyenne québécoise. Nos enfants deviennent des citoyens responsables et l’on ne peut conclure que l’enseignement qui leur est donné les empêche de fonctionner dans un monde moderne.

     

    Pas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, l’on ne saurait juger de la qualité de l’enseignement que nos enfants reçoivent à la suite de poursuites intentées par d’ex-membres de notre communauté qui prétendent qu’ils ont été handicapés par cette même éducation.

     

    Le droit des parents

     

    Il est du devoir et du droit des parents de décider quel genre d’éducation leurs enfants recevront. Certains choisiront l’école publique, d’autres l’école privée, certains l’école alternative, d’autres l’école internationale.

     

    Rappelons simplement que l’article 26.3 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme stipule que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ». Et que le Canada adhère à la Convention des droits de l’enfant qui, à l’article 30, dit : « Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques ou des personnes d’origine autochtone, un enfant autochtone ou appartenant à une de ces minorités ne peut être privé du droit d’avoir sa propre vie culturelle, de professer et de pratiquer sa propre religion ou d’employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe. »

     

    Notre histoire est un peu celle de cette humanité qui luttera jusqu’à la fin des temps pour préserver ce qui lui apparaît essentiel. Pour nous, c’est la parole de Dieu. Nous n’avons jamais tenté de vous imposer nos valeurs. De la même façon, nous ne saurions tolérer que vous nous empêchiez de les exercer. La liberté n’est-elle pas indivisible ?













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.