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    La maternelle 4 ans sous la loupe

    Les enfants bénéficient d’une scolarité précoce à condition que la qualité soit au rendez-vous

    Quand Théo (ici avec sa petite sœur Ève) a fait son entrée à la maternelle 4 ans, les adultes ne le comprenaient pas lorsqu’il parlait. Même s’il avait un implant cochléaire, Théo favorisait les signes. « À la fin de l’année, il avait fait beaucoup de progrès à l’oral. Ç’a fait toute la différence. » Sa mère, Dominique, n’a jamais regretté le choix de l’envoyer à l’école aussi tôt.
    Photo: Photo fournie Quand Théo (ici avec sa petite sœur Ève) a fait son entrée à la maternelle 4 ans, les adultes ne le comprenaient pas lorsqu’il parlait. Même s’il avait un implant cochléaire, Théo favorisait les signes. « À la fin de l’année, il avait fait beaucoup de progrès à l’oral. Ç’a fait toute la différence. » Sa mère, Dominique, n’a jamais regretté le choix de l’envoyer à l’école aussi tôt.

    Quand Théo a fait son entrée à la maternelle 4 ans, les adultes ne le comprenaient pas lorsqu’il parlait. Même s’il avait un implant cochléaire, Théo, qui est né sourd, favorisait les signes.

     

    « À la fin de l’année, il avait fait beaucoup de progrès à l’oral. Ç’a fait toute la différence. » Sa maman, Dominique, n’a jamais regretté le choix de l’envoyer à l’école aussi tôt. Aujourd’hui, le garçon de dix ans est à la veille d’entrer en cinquième année et il intégrera pour la première fois une classe ordinaire dans son école de quartier.

     

    Théo fréquentait pourtant un excellent centre de la petite enfance, où il était intégré à un groupe d’enfants sourds bénéficiant d’un soutien particulier. « Mais on nous suggérait fortement de l’envoyer à la maternelle 4 ans », raconte sa mère. C’était même une « opération séduction »,se souvient-elle. « On nous a fait visiter deux écoles, on nous a montré les super-services qu’on y aurait. C’était comme un salon de l’auto ! »

     

    Théo a finalement été intégré à un groupe de maternelle 4 ans dans une petite classe spéciale de huit élèves, à l’école Saint-Enfant-Jésus de Montréal. « L’enseignante était spécialisée. Les services en orthophonie se donnaient à l’école. On n’avait plus à se déplacer, ç’a beaucoup facilité notre vie et l’évolution de Théo, constate Dominique. J’ai vu tous les enfants de la classe cheminer ! »

    On manque un peu notre coup avec l’intervention précoce, chez les 0 à 5 ans, si on ne s’intéresse pas à la famille. On trompe si on pense qu’on peut tout régler à la maternelle.

    Julie Myre-Bisaillon, professeure en études sur l’adaptation scolaire et sociale à l’Université de Sherbrooke
     

    Sa cadette, qui ne présente pas de handicap, a ensuite fréquenté la maternelle 4 ans ordinaire offerte aussi à leur école de quartier, dans Rosemont. « C’est là que j’ai vu aussi la différence que ça pouvait faire pour des enfants issus de milieux défavorisés ou qui ont des besoins particuliers, relate Dominique. J’ai vraiment eu le sentiment que ça donnait à tout le monde un meilleur départ dans la vie. »


    Des parents à convaincre

     

    Il n’en demeure pas moins que l’idée d’envoyer leur enfant aussi tôt à l’école fait hésiter d’autres parents. C’est notamment le cas de Lisa-Marie, dont le petit Julien, quatre ans, présente un retard de langage. Le diagnostic est incertain pour l’instant. Autisme ou simple immaturité ? Seul le temps le dira. En attendant, il a la possibilité d’entrer en maternelle 4 ans dans une classe du programme TEACCH (Treatment and Education of Autistic and Related Communication Handicapped Children), offert à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

     

    Mais, à moins de deux semaines de la rentrée, la commission scolaire est incapable de dire à la mère quelle école pourrait l’accueillir.

     

    « La commission scolaire dit qu’elle va regarder où elle va ouvrir les classes. Mais il est minuit moins une ! » s’inquiétait la maman de Julien mercredi, toujours en attente d’une confirmation.

     

    C’est qu’avec un autre enfant en garderie, c’est toute l’organisation familiale qui pourrait être bouleversée selon le lieu de scolarisation de Julien. Sa maman sent aussi qu’elle n’en sait pas assez pour prendre une décision.

     

    Combien y aurait-il d’enfants dans la classe ? Quels services de soutien seraient offerts ? « Je n’ai pas les outils pour décider. Je suis dans le néant, déplore-t-elle. Surtout que nos allées et venues entre le boulot et la garderie sont déjà complexes. C’est une décision importante qui s’ajoute à notre quotidien déjà laborieux. »

     

    Au-delà des anecdotes, la recherche scientifique pourrait aider les parents — et le gouvernement — à décider si la maternelle 4 ans est utile.

     

    Certaines réponses devraient émerger au cours de la prochaine année, alors que les professeures à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM Christa Japel et France Capuano termineront d’analyser le résultat de centaines d’heures d’observation dans des classes de maternelle 4 ans.

     

    Elles ont suivi l’évolution de 300 enfants qui ont fait leur entrée en maternelle 4 ans, à temps plein ou à temps partiel, en septembre 2013. Enseignants et parents ont répondu à des questions sur le développement des enfants en début et en fin d’année, et encore l’année suivante, pendant la maternelle. Les enfants étaient issus de milieux tant urbains que ruraux ou de la banlieue.

     

    Les chercheuses et des spécialistes se sont aussi déplacés dans les écoles, où ils ont observé les enseignantes à l’oeuvre pour évaluer la qualité des milieux, comme cela a déjà été fait dans des centres de la petite enfance.

     

    « On veut savoir ce qu’est une maternelle 4 ans de qualité », explique Christa Japel. Le développement des enfants au début de la première année sera comparé à celui d’enfants qui sont allés à la maternelle 5 ans seulement.

     

    « Ce ne sont pas des places qu’on doit créer, mais de la qualité, martèle France Capuano. C’est là que l’impact en milieu défavorisé pourrait être le plus grand. »

    Photo: iStock

    Les dangers d’un développement irréfléchi

     

    Deux dangers guettent un développement irréfléchi de la maternelle 4 ans, selon les chercheuses. « Il y a le danger d’enseigner de manière formelle et structurée, car on est dans une culture scolaire, et c’est démontré que ça mène à des problèmes de comportement, relate Mme Capuano. Ensuite, on peut avoir seulement du jeu, mais du jeu sans qualité éducative. Ce qu’on cherche, c’est un équilibre, et ça veut dire des interventions par le jeu, mais aussi du jeu libre. »

     

    Les deux chercheuses déplorent que l’annonce d’investissements en maternelle 4 ans ait été faite dans un contexte de compressions dans les centres de la petite enfance. « Les deux options sont complémentaires pour rejoindre tous les enfants. J’ai été attristée que les deux visions s’affrontent », relate Mme Capuano. « On veut attirer en maternelle 4 ans des enfants vulnérables qui ne sont pas allés en service de garde », ajoute Mme Japel.

     

    C’est pourquoi elles privilégient le développement de la maternelle 4 ans en milieu défavorisé, plutôt que son élargissement à tous les enfants.

     

    Dans tout cela, n’oublions pas l’intervention au sein même des familles, tient à rappeler Julie Myre-Bisaillon. La professeure en études sur l’adaptation scolaire et sociale à l’Université de Sherbrooke estime que c’est la variable oubliée dans ce débat. « On manque un peu notre coup avec l’intervention précoce, chez les 0 à 5 ans, si on ne s’intéresse pas à la famille. On se trompe si on pense qu’on peut tout régler à la maternelle », affirme-t-elle.

     

    À ce titre, les compressions qu’ont subies les organismes communautaires, « des agents de première ligne auprès des familles », l’inquiètent.

     

    « C’est la famille qui a le plus d’incidence sur l’enfant, rappelle-t-elle. Ce serait donc assez terrible de ne pas faire d’elle un partenaire. »


    Pour la petite histoire Les premières classes de maternelle 4 ans, à temps partiel, font leur apparition au Québec dans les années 1970. Puis, au tournant des années 2000, un moratoire est décrété, car Québec choisit de mettre l’accent sur le développement du réseau des centres de la petite enfance.

    En 2013, le gouvernement du Parti québécois donne l’aval à un projet-pilote de maternelle 4 ans à temps plein en milieu défavorisé, dont l’école Saint-Zotique, dans le sud-ouest de Montréal, sera la pionnière. À la rentrée 2016, il y aura 100 classes de plus de maternelle 4 ans à temps plein, pour un total de 186, toutes en milieu défavorisé.












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