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    École clandestine

    Le DPJ clôt le dossier des enfants juifs

    Les acquis éducationnels n’ont pas été mesurés

    15 août 2016 |Marie-Michèle Sioui | Éducation
    Des intervenants du DPJ étaient débarqués à l’école de l’avenue du Parc, à Montréal, au mois de juin dernier.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des intervenants du DPJ étaient débarqués à l’école de l’avenue du Parc, à Montréal, au mois de juin dernier.

    Le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) ferme les dossiers des enfants d’une école juive de Parc-Extension, à Montréal, quelques semaines après y avoir mené une opération flamboyante en raison d’un signalement pour négligence. Or, les acquis éducationnels des enfants n’ont pas été évalués.

     

    « Il n’y a pas assez de preuves appuyant la présomption voulant que la sécurité ou le développement de vos enfants soient considérés comme en danger », écrit le DPJ dans une décision datée du 6 juillet, et dont Le Devoir a obtenu copie.

     

    Le 2 juin, des voitures de police entouraient un bâtiment anonyme de l’avenue du Parc, près de l’intersection avec la rue Beaubien, pendant qu’une douzaine d’intervenants du DPJ pénétraient à l’intérieur de l’établissement. « Il y a eu des signalements et ils sont allés faire leur travail. […] Ils sont allés s’enquérir pour voir s’il y avait compromission du développement des enfants », commentait alors la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois.

     

    Vingt jours plus tard, le scénario se répétait dans l’école confessionnelle de la communauté des Vitznitz. L’opération, plus discrète, n’avait duré qu’une heure. « Nous avons ouvert l’école, leur avons dit qu’ils pouvaient faire ce qu’ils avaient besoin de faire », a commenté vendredi un des membres du conseil d’administration de l’école, Hershber Hirsch.

     

    Sur place, les intervenants ont évalué les enfants, soupçonnés d’être victimes de sévices physiques, sexuels et psychologiques. Les soupçons ne se sont pas avérés. « Les observations et évaluations démontrent que vos enfants suivent les étapes normales du développement », note le DPJ dans son rapport.

     

    « Ça nous a vraiment blessés, a commenté M. Hirsch. Maintenant, nous avons une lettre qui prouve que nous n’avons rien fait de mal. »

     

    L’école à la maison

     

    Comme le DPJ considère que l’établissement n’est pas une école en bonne et due forme, aucune évaluation des acquis éducationnels des enfants n’a été faite lors de la visite des intervenants, et ce, malgré le signalement pour négligence éducationnelle. « Puisque vous avez décidé de vous assurer que vos enfants bénéficieront de l’école à la maison, cela supprime le facteur de risque », note l’entité chargée d’appliquer la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ).

     

    Les parents de l’école juive ont en effet décidé de se conformer aux lois et d’inscrire leurs enfants à l’école à la maison. À l’école, les 70 garçons d’âge primaire ne reçoivent donc qu’une éducation religieuse.

     

    Pour cette raison, la partie du signalement qui concernait l’éducation des enfants à l’école de l’avenue du Parc n’a pas été retenue. Est-ce à dire que le DPJ compte sur le ministère de l’Éducation pour assurer le suivi dans cette partie du dossier ? Questionnée à ce sujet, une porte-parole du DPJ s’est bornée à dire que les règles de confidentialité de la LPJ l’empêchaient de faire des commentaires « sur un cas précis ».

     

    Selon Hershber Hirsch, ce sera la commission scolaire English-Montréal, où sont désormais inscrits les garçons, qui supervisera le parcours éducatif des jeunes. La procédure habituelle, telle qu’elle a été décrite par la présidente de la commission scolaire anglophone auparavant, consiste à faire signer un contrat aux parents, à établir un plan de scolarisation, à fournir une liste de matériel et à suivre l’évolution des enfants au moyen de divers exercices.

     

    « Nous sommes très sérieux : l’éducation a toujours été notre priorité », a assuré M. Hirsch. À son avis, les heures que passent les enfants dans des écoles religieuses facilitent leur apprentissage dans les autres matières. « C’est plus facile pour eux : ils font des mathématiques, de l’histoire, mais dans un contexte religieux », a-t-il illustré.

     

    Pas illégale

     

    L’école de l’avenue du Parc n’est pas illégale, a-t-il aussi affirmé. « Nous avons des écoles confessionnelles et nous avons des permis municipaux. […] Les parents sont responsables de l’éducation des enfants », a-t-il martelé. D’ailleurs, les écoles religieuses existent parce que les parents les réclament. « Nous aidons, nous répondons à des demandes. Nous ne dictons pas la manière d’agir », a-t-il déclaré, en assurant qu’il était tout à fait possible pour les parents d’envoyer leurs enfants à l’école publique.

     

    Certains juifs hassidiques ayant quitté les ordres — et qui n’étaient pas nécessairement membres de la communauté des Viztnitz, comme ceux qui fréquentent l’école de l’avenue du Parc — ont fortement critiqué l’éducation qu’ils ont reçue. Un couple qui a quitté la communauté hassidique Tash de Boisbriand poursuit même le gouvernement du Québec, la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles et les responsables des écoles religieuses qu’ils ont fréquentées, sous prétexte que leur droit à l’éducation a été violé.

     

    « C’est toujours plus facile de blâmer la communauté pour ses propres échecs », a répondu M. Hirsch, quand Le Devoir lui a demandé son opinion sur ce genre de reproches. « Dans notre communauté, nous avons des gens qui réussissent, qui deviennent avocats, etc. », a-t-il dit.













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