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    Le combat doit être mondial

    6 août 2016 |Boris Proulx | Éducation
    « On doit quelque chose au mouvement étudiant, lance Jean Murdock, de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) et coordonnateur au comité autogéré sur l’éducation du FSM. Les jeunes étaient dans les rues, nous ont montré que la mobilisation est possible. On doit maintenant mener des actions. »
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « On doit quelque chose au mouvement étudiant, lance Jean Murdock, de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) et coordonnateur au comité autogéré sur l’éducation du FSM. Les jeunes étaient dans les rues, nous ont montré que la mobilisation est possible. On doit maintenant mener des actions. »
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Plus de quinze ans après la mise en place des Objectifs du millénaire de l’ONU, il demeure que 57 millions d’enfants dans le monde sont toujours privés d’éducation primaire, ce qui maintient les plus démunis dans le cycle de la pauvreté. En plus du problème d’accessibilité à l’école, on peut aussi ajouter celui de la « marchandisation » de l’éducation, qui provoque la perte de qualité, l’ingérence du privé dans les contenus et la multiplication des « vitesses » du système scolaire. La grande conférence sur l’éducation du Forum social mondial (FSM) de Montréal, intitulée « Une éducation de qualité pour toutes et tous partout : du rêve à la réalité », est un rappel qu’en matière d’éducation, la lutte est loin d’être terminée.

     

    Le combat commun du Nord et du Sud contre la privatisation

     

    L’éducation représente « un investissement dans l’humain et dans sa capacité à penser, à décider, à agir et à se protéger dans l’avenir ». C’est du moins la vision d’Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et invitée d’honneur de la grande conférence sur l’éducation du FSM. Elle note que les luttes contre l’austérité en matière d’éducation comme celles que connaît le Québec en ce moment s’inscrivent dans un contexte mondial de réduction des efforts publics. « Il y a beaucoup de similitudes entre les situations [du monde]. Les luttes convergent quand il s’agit des préjudices liés aux politiques néolibérales. »

     

    L’ex-ministre malienne pointe du doigt les impératifs de rigueur économique imposés par les grandes puissances aux nations moins favorisées. « La quasi-totalité des pays africains est aux prises avec les conséquences du consensus de Washington, qui rime avec moins d’État et plus de privé. L’État, dessaisi de la prérogative de l’éducation, sous-traite avec des acteurs privés généralement motivés par le profit et rien d’autre. Les conséquences sont catastrophiques. Les exclus sont nombreux pendant que les “entrepreneurs scolaires” s’enrichissent », explique l’auteure de nombreux livres critiquant les nouvelles formes d’oppression, dont Viol de l’imaginaire (2002), L’Afrique humiliée (2008) et L’Afrique mutilée (2012).

     

    Même son de cloche chez Sergio Haddad, directeur de l’organisation brésilienne Ação Educativa (« Action éducative »). « Après la crise économique de 2008, certains gouvernements ont saisi l’occasion pour effectuer des coupes budgétaires aux systèmes d’éducation afin de faire une plus grande place au privé. Ils nient le droit fondamental de la personne à l’éducation », croit le professeur de l’Université de São Paulo, qui sera également entendu lors de la grande conférence sur l’éducation.

     

    Au Québec, les syndicats et militants ont pour cible cette même idéologie néolibérale dans leur analyse du système éducatif. « On est dans une dynamique mondiale », affirme Jean Murdock, de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) et coordonnateur au comité autogéré sur l’éducation du FSM. Il voit des luttes communes entre les parents engagés dans « Je protège mon école publique » au Québec et les professeurs de Chicago qui, de l’autre côté de la frontière, se battent contre les tests de rendements imposés par leur gouvernement. Ces groupes seront représentés dans les différents ateliers de l’Espace éducation du Forum (du 10 au 12 août) et pourront échanger notamment sur les défis communs en matière d’éducation.

     

    La marchandisation idéologique de l’éducation

     

    « On peut voir les solidarités. On est tous pris dans le même contexte : le privé s’immisce à l’intérieur du domaine public », résume Jean Murdock.

     

    Cela a des conséquences sur l’accessibilité, mais aussi sur le contenu enseigné, croit Sergio Haddad, qui cite l’exemple de son pays. « On ne parle que de commerce, que de marché ! Les écoles se font dire d’enseigner uniquement les matières qui ont une valeur marchande », se désole-t-il, ajoutant que la montée des écoles financées par les mouvements évangélistes est également un problème majeur, notamment en Amérique du Sud. « Nous sommes très défaitistes au Brésil quant à l’avenir. Nous sommes engagés dans un processus de résistance contre le néolibéralisme. »

     

    Critiquant aussi cette tendance « productiviste et consumériste » des systèmes d’éducation de son continent, l’ancienne ministre Aminata Traoré constate qu’au Mali, le financement extérieur de l’école dicte le cursus et renforce le néocolonialisme. « L’éducation est aliénation et recolonisation quand elle dépend de financement extérieur et que son contenu obéit aux exigences des bailleurs de fonds, s’insurge-t-elle. La lutte [pour l’éducation] doit être mondiale. »

     

    Au Québec, cette lutte contre la marchandisation de l’éducation concerne principalement l’éducation collégiale et universitaire, croit le syndicaliste Jean Murdock. « Les gens se mobilisent bien pour le primaire et le secondaire, mais au postsecondaire, c’est là que se fait le plus sentir la marchandisation de l’éducation. » C’est, justement, ce que dénonçait le mouvement étudiant en 2012, lors du « printemps érable ». « On doit quelque chose au mouvement étudiant, lance Jean Murdock. Les jeunes étaient dans les rues, nous ont montré que la mobilisation est possible. On doit maintenant mener des actions. » Il ajoute que le mouvement syndical québécois a l’ambition d’utiliser l’exemple du mouvement étudiant pour préparer la prochaine lutte pour l’éducation publique. « Le FSM sera un bon moment pour la réflexion, mais aussi pour la coordination des actions. » Il s’attend, finalement, à ce que ressorte du Forum une stratégie pour que l’éducation devienne un enjeu électoral au Québec pour 2017.

    « On doit quelque chose au mouvement étudiant, lance Jean Murdock, de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) et coordonnateur au comité autogéré sur l’éducation du FSM. Les jeunes étaient dans les rues, nous ont montré que la mobilisation est possible. On doit maintenant mener des actions. » Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et invitée d’honneur de la grande conférence sur l’éducation du FSM












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