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    Éducation

    Résister aux dérives

    6 août 2016 | Réginald Harvey - Collaboration spéciale | Éducation
    L’administratif risque de prendre le pas sur l’académique dans le monde universitaire.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’administratif risque de prendre le pas sur l’académique dans le monde universitaire.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le système d’éducation québécois a sévèrement été frappé par les mesures d’austérité du gouvernement libéral : celui qui apparaissait comme un joyau issu de la Révolution tranquille et qui était devenu le fer de lance d’un Québec en mouvement tourné vers l’avenir a subi un profond déclin. Vision syndicale sur la résistance aux dérives dans la gestion des établissements et des réseaux d’éducation.


    Après avoir été précédemment vice-présidente de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN), Marie Blais est retournée à l’enseignement et est devenue présidente du Syndicat des chargés de cours de l’UQAM en 2013. Actuellement, le monde universitaire est aux prises avec une sérieuse menace, qui fait en sorte que l’administratif risque de prendre le pas sur l’académique. Elle s’interroge : « Est-ce que la commission des études va toujours avoir autant de pouvoir ? C’est le grand questionnement qui se pose, et c’est sur ce plan que se fondent nos inquiétudes. »

     

    Les universités ont subi des compressions qui ont davantage touché certains secteurs : « C’est le cas de celui des arts et de celui des sciences humaines. Entre guillemets, ce sont les secteurs moins rentables qui sont plus vulnérables. Dans le futur, est-ce qu’on risque donc de voir disparaître la philosophie, les sciences religieuses ou les arts ? Je ne sais trop, mais je me pose des questions. »

     

    En contrepartie, une telle démarche se déroulera « peut-être au profit des domaines plus proches de l’entreprise, comme celui de la gestion ». Pour contrer cette tendance lourde, la présidente prône la collégialité : « On en veut davantage. On veut que la communauté universitaire puisse se mobiliser sur des dossiers ; ça ne tient pas debout de réduire les heures de bibliothèque le dimanche ou de financer certains immeubles. »

     

    Pour faire face à la dérive causée par les compressions, elle invite à la solidarité et fait appel aux divers syndicats et à la communauté étudiante : « Il faut revenir à une vision plus humaniste de l’université. Dans le milieu, on est inquiets pour l’enseignement et pour la recherche. Ce sont les fondements mêmes de l’université qui risquent d’être remis en cause. »

     

    Il importe donc de faire comprendre à tout un chacun les préoccupations du milieu, ce que soutient Marie Blais : « On relève un défi d’éducation, et le Forum social mondial nous fournit une tribune. Ce qui se passe au Québec se passe partout : on va donc mettre ensemble nos façons de résister. »

     

    Une approche basée sur le quantitatif

     

    Mario Beauchemin est vice-président de la Centrale des syndicats du Québec et situe de cette manière les dérives en éducation : « Elles remontent aux années 2000, et plus particulièrement à 2002, alors que le ministre de l’Éducation de l’époque imposait aux cégeps et aux écoles des plans de réussite avec des cibles chiffrées sans obligation de moyens. »

     

    Ce fut la première étape, qui allait être suivie d’une autre plus importante, en 2008 : « La loi 88 imposait alors les conventions de gestion. À ce moment, on a véritablement demandé aux écoles et aux commissions scolaires d’avoir des cibles chiffrées sur la réussite des élèves. On parle ici d’une approche très anglo-saxonne axée sur le quantitatif. »

     

    Pour atteindre cet objectif de réussite, la CSQ prône l’apport de moyens d’une autre nature : « On a besoin d’une approche beaucoup plus globale : il faut établir un bon climat d’apprentissage dans l’école et il faut que les enseignants disposent de temps à consacrer à chaque élève. » Quant aux compressions budgétaires, elles ont eu pour effet de réduire le nombre de professionnels.

     

    Après une analyse rigoureuse de la loi 88 par la CSQ, M. Beauchemin rapporte ce qui s’est passé pour enrayer les effets néfastes « d’une approche comptable de l’Éducation » : « On a publié des brochures à l’attention des enseignants, du personnel de soutien, des professionnels et des directions d’établissement, afin de tenter de leur démontrer qu’il fallait résister le plus possible à cette démarche ministérielle. »

     

    Et il ajoute que ces brochures proposaient de plus diverses mesures, qui sont toujours d’actualité dans le cadre de la réussite scolaire, parmi lesquelles il cite l’égalité des chances pour tous dès l’entrée en maternelle, la mise sur pied de classes de maternelle dès 4 ans, des services mieux adaptés pour les élèves handicapés, aux prises avec un déficit d’attention ou des difficultés d’apprentissage, et l’amélioration des conditions d’exercice de la profession du personnel dans les écoles.













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