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    Psychologie

    Avec les adolescents, mieux vaut la carotte que le bâton

    4 juillet 2016 |Nathalie Jollien - Le Temps | Éducation
    Les adolescents seraient moins aptes à modifier leur choix pour éviter les «punitions» que les adultes.
    Photo: iStock Les adolescents seraient moins aptes à modifier leur choix pour éviter les «punitions» que les adultes.

    Rien ne sert de menacer les adolescents : leur cerveau ne retient que les conséquences positives d’une décision qui se présente à eux. Punitions et regrets, eux, sont complètement ignorés.


    La carotte, ou le bâton ? Les adolescents ne verraient que la première, au détriment du second. Une étude scientifique publiée le 21 juin dans la revue PLOS Computational Biology affirme que les adolescents confrontés à une décision sont incapables de peser le pour et le contre, se focalisant uniquement sur les conséquences positives de leur choix, au détriment des négatives. Les adultes n’étant apparemment pas concernés, l’explication se situerait du côté du développement cérébral, qui se poursuit durant toute l’adolescence.

     

    Pour arriver à ces résultats, des chercheurs de l’institut de neurosciences cognitives du University College de Londres ont comparé comment adolescents et adultes apprenaient à faire un choix. Ils ont pour cela fait passer un test de QI à 38 volontaires d’intelligence comparable (18 adolescents de 12 à 17 ans, et 20 adultes de 18 à 32 ans). « Nous avons utilisé un test de QI non verbal, qui a l’avantage de ne pas dépendre du niveau de connaissance de la langue, et donc du niveau socio-économique des sujets », précise l’auteur principal, Stefano Palminteri.

     

    Incapables d’éviter les punitions

     

    L’objectif du test : accumuler le maximum de points, directement convertis en une somme d’argent gagnée à la fin (entre 0 et 25 dollars). Pour cela, les volontaires devaient choisir entre plusieurs symboles abstraits, chacun étant associé à des conséquences différentes (récompenses ou punitions sous forme de gain ou perte de points). Au fil de l’expérience, les volontaires ont pu apprendre l’effet de chaque symbole et adapter leurs choix futurs de façon à optimiser leur stratégie et recevoir ainsi plus de points.

     

    Afin d’interpréter ces observations, les psychologues ont développé des modèles mathématiques pour simuler des comportements d’apprentissage plus ou moins complexes et les comparer avec les données expérimentales.

     

    Il s’est avéré que les adolescents étaient moins aptes à modifier leur choix pour éviter les « punitions » que les adultes. Et ce, même en recevant des explications sur ce qu’il se serait passé s’ils avaient choisi une autre option.

     

    Biologie cérébrale

     

    Comment expliquer ce phénomène ? Serait-ce dû à un manque de motivation ou d’attention, un goût du risque, ou encore de la pure bêtise ? En partie peut-être, toutefois une des principales pistes d’explication, en l’état actuel des connaissances scientifiques, est liée à la biologie cérébrale.

     

    « Un cerveau adolescent n’est pas encore entièrement mature, indique Sébastien Urben, psychologue au Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du CHUV. Il faut attendre l’âge adulte pour que toutes les zones cérébrales soient complètement fonctionnelles. » Une asymétrie de développement est notamment observée entre le striatum et le cortex préfrontal, le premier étant mature à la sortie de l’enfance, alors que le second n’est complètement mature qu’à la fin de l’adolescence. Or, de précédentes études ont démontré que le striatum était lié à la perception des récompenses et le cortex préfrontal à celle des punitions. « Ce dernier entre également en jeu quand il s’agit de gérer nos comportements et de s’adapter aux situations inhabituelles, qui sortent de la routine », précise Sébastien Urben.

     

    Les résultats de cette publication anglaise doivent cependant être nuancés. L’étude s’est basée sur la comparaison d’adolescents et d’adultes. Mais quelle est au juste la définition d’un adolescent ?

     

    Selon Laurence Steinberg, psychologue américain, l’adolescence désigne « la période de la vie qui débute avec les changements biologiques de la puberté et se termine avec l’acquisition d’un rôle stable et indépendant dans la société ». Un changement autant biologique que lié à l’environnement et au contexte social. L’âge auquel on devient « stable et indépendant » peut être extrêmement variable selon les individus. De même que l’âge auquel le corps devient entièrement mature. Pourtant, la limite sociale qui fait formellement passer un adolescent à l’âge adulte est fixée à 18 ans. C’est également le choix opéré par les chercheurs. Une limite arbitraire qui influe peut-être sur la précision des résultats.

     

    Pistes éducatives

     

    De plus, pour pouvoir au mieux étudier et modéliser le processus d’apprentissage et de prise de décision, les variables prises en compte ont volontairement été simplifiées. Mais dans la vraie vie, le processus de prise de décision est beaucoup plus complexe. L’état émotionnel, les valeurs ou la pression sociale par la présence de pairs ne pourraient-ils pas influencer la prise de décision des adolescents ? Il a notamment été montré que la prise de risque est plus élevée quand un adolescent est observé par des pairs. « Certains de ces facteurs sont en cours d’investigation dans notre laboratoire », indique Stefano Palminteri.

     

    Malgré ces limites, cette étude laisse néanmoins entrevoir une possible application directe. Elle donne en effet de bonnes pistes en matière d’éducation. Rien ne sert de priver un adolescent de sortie ou d’argent de poche. Un système incitatif basé sur des récompenses semble être plus efficace qu’un système de menaces.













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