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    Écoles juives

    Québec menotté, la formation reprend

    3 juin 2016 |Jessica Nadeau | Éducation
    C’était jour de classe normal jeudi à l’école clandestine de la rue du Parc, au lendemain de l’intervention du DPJ.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’était jour de classe normal jeudi à l’école clandestine de la rue du Parc, au lendemain de l’intervention du DPJ.

    L’école juive qui a fait l’objet d’une intervention du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) mercredi a beau être clandestine, ni le DPJ ni le ministère de l’Éducation n’ont le pouvoir de la fermer. Les enfants étaient donc de retour en classe jeudi, même si leur directeur n’a toujours aucune intention d’aller chercher un permis au ministère.

     

    « Notre école est une école religieuse, nous ne donnons qu’une éducation religieuse. Nous n’avons aucune obligation comme école de donner une formation autre que celle que nous donnons. C’est pour cette raison que nous n’avons pas de permis du ministère, car nous n’en avons pas besoin », répond le directeur de l’école clandestine de la rue du Parc, Hershber Hirsch, en entrevue au Devoir.

     

    L’opération du Directeur de la protection de la jeunesse mercredi a mis l’école sous le feu des projecteurs, créant des remous jusqu’à l’Assemblée nationale. Mais le directeur ne craint pas d’être contraint de fermer pour autant. « Non, répond-il au bout du fil. Nous avons le droit de donner une instruction religieuse, tout est légal. »

     

    Il dit être en contact et vouloir collaborer avec les différentes instances — le DPJ et le gouvernement — pour « offrir la meilleure éducation à nos enfants ». Mais cela ne se fera vraisemblablement pas entre les murs de son école, qui ne porte aucun nom et dont la porte d’entrée est dissimulée dans la cour d’un débosseleur derrière une clôture de barbelés.

     

    En effet, Hershber Hirsch n’envisage pas d’ajouter des cours de mathématique ou de français au cursus religieux de son école.

     

    Quant à savoir où les enfants doivent apprendre à faire des calculs de base s’ils passent toute la journée, cinq jours par semaine, à apprendre la Torah, le directeur se dégage de toute responsabilité. « C’est une affaire qui concerne les parents. »

       

    Problème de juridiction

     

    Le DPJ a beau avoir mené une intervention musclée mercredi, lors de laquelle une douzaine d’intervenants sont entrés dans l’édifice avec la police, celui-ci ne dispose d’aucun moyen pour fermer l’école, et ce, bien qu’il soit chargé de s’assurer que chaque enfant reçoit l’éducation à laquelle il a droit.

     

    « Il y a deux choses qu’il faut séparer, explique la porte-parole Claire Roy. Le DPJ ne s’occupe pas des écoles. S’il y a une école qui doit fermer, c’est le ministère de l’Éducation [qui s’en occupe]. Le mandat du DPJ, c’est de s’occuper de la sécurité et du développement des enfants. »

     

    Au ministère de l’Éducation, on se décharge également de toute responsabilité. « On ne peut pas faire fermer cette école-là parce que ce n’est pas une école au sens du ministère de l’Éducation [puisqu’elle n’a pas de permis] », répond Brian St-Louis.

     

    Même le ministre Sébastien Prouxl reconnaît n’avoir aucune emprise sur les écoles clandestines. « Actuellement, un enfant qui n’a pas de code permanent [à la suite de son inscription dans une école] n’existe pas au ministère de l’Éducation. » Ce dernier affirme qu’il faudrait travailler avec l’état civil pour « identifier ceux qui ne sont pas dans notre système […] pour faire un dénombrement ». Il dit vouloir présenter « très rapidement » une façon d’encadrer les jeunes qui ne sont pas dans le système éducatif.

     

    Négociations avec l’école

     

    D’ici là, le DPJ retournera à l’école clandestine de la rue du Parc pour évaluer les enfants dans deux semaines, confirme le directeur de l’école, Hershber Hirsch. Cela n’a pas été fait mercredi, malgré le fait que les agents du DPJ sont restés plusieurs heures à l’intérieur de l’école. Ces derniers voulaient parler aux enfants, mais l’avocat de l’école les en a empêchés. « Nous sommes intervenus avant qu’ils aient la chance de parler aux enfants, répond M. Hirsch. Nous avons négocié pour que cela se fasse dans les meilleures conditions possible et avant qu’ils ne partent hier [mercredi], nous avons réussi à nous entendre pour que cela se fasse dans deux semaines, sans la police. Ils pourront faire leur travail. »

     

    Ce dernier refuse de préciser quelles sont les demandes exactes du DPJ. Mais il dit agir, depuis avril dernier, à titre de « médiateur » entre les parents et le DPJ.

     

    Quant au Directeur de la protection de la jeunesse, il s’est borné à produire un communiqué de presse laconique qui ne précise ni la nature de l’intervention ni le nombre d’enfants concernés. « L’objectif ultime du DPJ est de rencontrer les enfants afin d’évaluer si leur sécurité ou leur développement est compromis. »

       

    Suivi

     

    Au cabinet de la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, on précise que dans ce genre de cas, le DPJ intervient généralement auprès des parents pour leur expliquer qu’il faudrait envoyer l’enfant dans une école régulière ou faire l’éducation à la maison. « C’est le DPJ qui va faire ce suivi-là, mais ça dépend de la décision qui sera prise, explique Bianca Boutin. Si [il juge que] le développement n’est pas compromis, le DPJ pourrait fermer le dossier. »













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