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    CSDM

    Les élèves handicapés écopent des compressions

    13 mai 2016 |Jessica Nadeau | Éducation
    Floyd Lapierre-Poupart, 19 ans, est lourdement handicapé. Il ne peut utiliser ni ses jambes ni ses bras et conduit son fauteuil électrique à l’aide d’une mentonnière.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Floyd Lapierre-Poupart, 19 ans, est lourdement handicapé. Il ne peut utiliser ni ses jambes ni ses bras et conduit son fauteuil électrique à l’aide d’une mentonnière.

    Des élèves handicapés doivent parfois attendre plus de 15 minutes pour aller à la toilette en raison du manque de préposés, dénonce un élève de l’école secondaire Joseph-Charbonneau à Montréal, qui s’inquiète des nouvelles coupes annoncées pour l’an prochain.

     

    « Qui devrait attendre plus de 15 minutes pour aller à la toilette ? C’est parfois notre cas […]. Personnellement, je me trouve dans la fâcheuse situation de devoir anticiper le moment où j’aurai envie d’aller à la toilette. »

     

    Ces mots, ce sont ceux de Floyd Lapierre-Poupart, 19 ans, qui étudie à l’école secondaire Joseph-Charbonneau, une école spécialisée qui accueille des élèves de 12 à 21 ans lourdement handicapés. Dans une lettre envoyée à la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) plus tôt cette semaine, Floyd explique que, comme plusieurs de ses camarades, il a besoin de deux préposés et d’un lève-personne pour aller aux toilettes. Or, les préposés ne sont pas assez nombreux et sont appelés aux quatre coins de l’école pour les assister dans leurs déplacements et les aider à la cafétéria, ce qui génère de l’attente à la salle de bain.

     

    « Je manque des minutes d’enseignement qui deviennent des heures, ce qui est la raison principale de ma présence dans ce bâtiment », explique le jeune homme qui est bien déterminé à terminer son secondaire pour étudier en sciences humaines, profil mathématiques, au cégep. À la pause du matin, surtout, c’est la cohue, précise-t-il. « Il y a trop d’élèves, donc j’évite d’y aller car je me sens comme une charge supplémentaire. »

     

    Moins de préposés

     

    Louise Paquette, directrice de l’école Joseph-Charbonneau, confirme que le temps d’attente est parfois trop long pour l’usage des toilettes. « Ça peut arriver, je ne peux pas dire que ça n’arrive pas. Il y a toujours des moments plus critiques, comme le matin à l’arrivée, le soir au départ ou au moment de la récréation. Il y a des moments de pointe et d’autres moments où c’est plus calme. Mais je ne peux pas engager un préposé pour une demi-heure parce qu’il y a un rush. »

     

    Floyd craint que la situation ne se détériore encore en raison des nouvelles coupes annoncées cette semaine. Chez les préposés, on perd l’équivalent de 3 postes à temps plein sur 18. La directrice de l’école affirme qu’elle va « [s]’assurer que les services soient maintenus tels qu’ils sont », mais elle convient que les files d’attente à la salle de bain pourraient être évitées si elle avait davantage de moyens. « C’est sûr que de bonifier le service, c’est toujours appréciable, ce sont les jeunes qui sont gagnants, mais dans mon contexte actuel, je ne peux pas. Je suis vraiment allée au mieux. »

     

    Sorties scolaires

     

    Faute d’argent, l’école a également dû se résoudre à annuler toutes les sorties scolaires cette année et à restreindre le nombre d’élèves qui peuvent participer au Défi sportif, une compétition de sports paralympiques. « Ce sont des choix très difficiles », soupire la directrice au bout du fil.

     

    Aussi difficiles soient-ils, ces choix ont un impact sur la vie des jeunes, déplore Floyd, qui fait partie de la sélection de l’équipe canadienne de Powerchair football et qui fait du bénévolat pour une équipe de soccer pour enfants autistes. « Malheureusement, les coupes n’affectent pas seulement le personnel, mais aussi la confiance des jeunes et certainement le développement de leur autonomie. Je me souviens, quand j’étais plus jeune, les sorties scolaires étaient récurrentes et amusantes. Elles m’ont énormément appris à développer mon autonomie dans des endroits publics. »

     

    La CSDM veut des explications

     

    Dans sa lettre, Floyd interpelle directement la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon, de même que le ministre de l’éducation, Sébastien Proulx.

     

    « Depuis l’âge de quatre ans, l’école primaire Victor-Doré et l’école Joseph-Charbonneau font partie de ma vie […]. Si je vous écris aujourd’hui, c’est qu’en quinze ans, des coupes ont été faites dans ces établissements ; quelques-unes mineures, d’autres majeures. Au nom des élèves, je souhaite exprimer mon inquiétude vis-à-vis des coupes annoncées […]. Les coupes affectent réellement les élèves. Je souhaite qu’au final, cette lettre change votre avis face à ces restrictions budgétaires alarmantes. »

     

    En entrevue au Devoir, Catherine Harel-Bourdon affirme avoir lu avec beaucoup d’intérêt la lettre de Floyd Lapierre-Poupart. « Ça m’a touchée […] je n’aime pas l’idée que l’élève attende pour faire ses besoins. » Elle dit avoir déjà entamé des démarches auprès de la direction du service des écoles secondaires. « J’ai demandé un état de la situation et des solutions. »

     

    Guerre de chiffres

     

    Le conseil d’établissement de l’école Joseph-Charbonneau accuse la CSDM de ne pas lui verser toutes les sommes auxquelles ses élèves ont droit. Le groupe, composé notamment de parents et de membres du personnel de l’école, explique que chaque élève a un code, lié à son handicap, et que le ministère verse une allocation à la commission scolaire pour répondre aux besoins de l’élève en fonction de ce code. Le conseil a additionné les sommes attribuées à chacun des 194 élèves de l’école pour l’année scolaire 2015-2016 et arrive à un total de 1,384 million. De ce montant, la CSDM ne lui en aurait remis que 888 000 $. « Où sont les 500 000 $ manquants ? » demande la présidente, Brigitte Contant.

     

    La CSDM rétorque que ces chiffres sont « erronés » et qu’il y a eu un « quiproquo sur la façon de calculer ». La CSDM affirme qu’il y a « plein d’enveloppes » et qu’au final, elle remet plus à l’école Joseph-Charbonneau que ce qu’elle reçoit du ministère de l’Éducation.

     

    Au ministère, on précise qu’une enveloppe globale est remise à la CSDM pour l’ensemble des élèves handicapés du territoire — et non en fonction d’une seule école — et que c’est à la commission scolaire de décider comment elle répartit ces sommes en fonction de ses besoins.













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