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    La Réplique › Éducation

    École privée et école publique: un débat enfantin

    21 avril 2016 | Sylvain Dancause - Enseignant, Québec | Éducation
    Environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées.

    Monsieur Jean-Marc Saint-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés, j’ai lu avec intérêt vos propos en réponse au message véhiculé par la publicité diffusée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) pour dénoncer les coupes du gouvernement du Québec en éducation (« La FAE manipule les faits », Le Devoir, 11 avril ). Quelle ironie de lire un texte aussi manipulateur que le vôtre ! La propagande dénoncée s’apparente étrangement à celle que vous proposez.

     

    D’abord, selon une étude du ministère de l’Éducation, le financement des écoles privées au Québec représente en réalité 75 % des coûts. Vous affirmez que l’école privée appartient à sa communauté. Je vous répondrai qu’elle appartient en grande majorité au peuple québécois.

     

    Ensuite, vous dites que « l’école privée affiche des taux de réussite très élevés, et ce, même si elle accueille des élèves au profil de plus en plus varié. En effet, plusieurs écoles privées ont adopté des mesures et des programmes particuliers afin d’amener à la réussite des élèves ayant des défis particuliers ».

     

    Auriez-vous l’amabilité de chiffrer vos affirmations et de dresser un portrait de la situation par région ? Serait-il possible de m’expliquer ce qu’est pour vous un défi particulier ?

     

    Pour votre information, « on estime qu’environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées ». (Le Devoir, 2015)

     

    Concurrence et qualité

     

    En fait, j’en ai marre de constater le gaspillage des ressources humaines et financières dans le but d’alimenter ce débat enfantin opposant l’école privée à l’école publique. J’en ai marre de voir un syndicat utiliser les cotisations de ses membres à des fins publicitaires. J’en ai marre que cette concurrence public-privé entraîne une dilapidation éhontée des fonds publics.

     

    L’automne prochain, lors de cette période de grande frénésie mercantile en éducation, nous serons encore témoins des manoeuvres des écoles publiques et des écoles privées afin d’attirer les clients potentiels : portes ouvertes, pubs variées, etc. Il y a des coupes en éducation et il faut les dénoncer ? Fort bien. Pourquoi est-il alors socialement acceptable de dépenser pour la vente de son produit ?

     

    Attaquer l’école privée n’est pas l’enjeu de ce débat. La question fondamentale demeure la suivante : comment permettre la mission collective de notre système d’éducation ? Ce qu’il faut, monsieur Saint-Jacques, c’est le désir commun de construire le meilleur système d’éducation non pas pour le bien de son enfant, mais pour celui de tous les enfants.

     

    La prémisse derrière votre argumentation est la suivante : la concurrence est synonyme de qualité. À ce propos, il semble que l’existence d’un système à deux vitesses et la marchandisation de l’éducation causent beaucoup trop de tort à nos élèves vulnérables.

     

    Selon le rapport d’un comité d’experts (2014), « les élèves qui sont plus à risque d’échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique bénéficient significativement de la présence d’élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe. Favoriser l’hétérogénéité des classes et des établissements scolaires apparaît donc comme un moyen peu coûteux d’améliorer l’efficience d’un système scolaire, alors que la pratique du placement sélectif des élèves dans des classes ou des écoles différentes sur la base de leurs résultats scolaires, résultats qui sont intimement liés à leur origine sociale, entraîne des coûts supplémentaires dus à la concentration d’élèves à risque dans les mêmes groupes ».

     

    « Selon plusieurs recherches rigoureuses menées à travers le monde, le placement sélectif des élèves sur la base de leurs résultats scolaires et de la capacité de leurs parents de choisir une école ou une classe plutôt qu’une autre est à la fois inéquitable et inefficace, car il entraîne systématiquement une diminution substantielle dans les taux de réussite scolaire de l’ensemble des élèves et contribue à maintenir les inégalités sociales. Il faut également souligner que dans un système fortement normé comme le Québec, l’effet positif de la compétition entre les écoles sur la performance de l’ensemble des élèves n’est pas démontré. »

     

    Je constate avec joie, monsieur Saint-Jacques, que vous aimez la comparaison canadienne et européenne. J’aimerais vous rappeler que nos voisins ontariens, qui ne financent pas l’école privée, possèdent le système le plus performant au pays. Les Finlandais, quant à eux, ne permettent pas l’existence d’un réseau privé et il s’agit de l’un des systèmes éducatifs les plus performants au monde… J’imagine que je ne vous apprends rien, mais il est facile d’oublier ces détails lorsqu’on manipule les faits.













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