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    École en milieu défavorisé

    Concevoir une école juste et efficace

    12 mars 2016 | Émilie Corriveau - Collaboratrice | Éducation
    Quelques établissements œuvrant en milieu défavorisé parviennent chaque année à faire réussir leurs élèves au-delà de ce qui est attendu.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir Quelques établissements œuvrant en milieu défavorisé parviennent chaque année à faire réussir leurs élèves au-delà de ce qui est attendu.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
     

    Afin d’aider les élèves à mieux réussir, depuis les années 1960, le Québec a instauré diverses politiques d’intervention dans les écoles en milieu défavorisé. Or, leurs effets sur la persévérance et la réussite scolaires se sont avérés restreints. Pourquoi n’ont-elles jamais permis d’atteindre les résultats escomptés ? Et dans ce contexte, que peut faire l’école en milieu défavorisé pour mener plus d’élèves vers la réussite ? Voilà sur quoi se pencheront les sociologues Jacques Tondreau et Marc-André Deniger le 16 mars prochain lors de la quatrième édition du Rendez-vous CSQ de l’éducation.


    Construites sur la prémisse que l’école possède la capacité de réduire les écarts de réussite entre les jeunes provenant de milieux défavorisés et les autres, les diverses politiques d’intervention implantées au Québec depuis les années 1960 ont toutes cherché à garantir l’égalité des chances pour tous en éducation. Or, quelque 50 ans plus tard, les inégalités scolaires entre les élèves d’origines sociales différentes sont toujours bien présentes. À preuve, les jeunes issus des milieux défavorisés décrochent aujourd’hui de l’école presque trois fois plus que les autres.

     

    D’après M. Tondreau et M. Deniger, il ne fait aucun doute que la conception du problème de la pauvreté et de l’égalité des chances en éducation sur laquelle se fondent les politiques d’intervention québécoises est la principale cause de leur insuccès.

     

    « En cherchant à régler des problèmes sociaux avec des solutions scolaires, on fait une erreur de diagnostic », remarque d’emblée M. Tondreau.

     

    C’est ce que croit aussi M. Deniger. « La littérature scientifique nous montre que l’échec ou la réussite d’un enfant à l’école découle grosso modo à 50 % de son origine sociale, à 30 % de l’école, donc de l’établissement qu’il fréquente et des professeurs qui lui enseignent, et à 20 % de ses caractéristiques personnelles. Pourtant, au Québec, le paradigme qui domine en matière d’intervention en milieu défavorisé, c’est une conception compensatoire des problèmes individuels. On ne parle constamment que des caractéristiques de l’enfant et on n’agit que très peu sur le reste », signale-t-il.

     

    Selon les sociologues, pour que davantage d’élèves originaires de milieux défavorisés parviennent à réussir à l’école, le Québec doit impérativement accroître ses efforts en matière de lutte contre la pauvreté.

     

    « Si le Québec ne trouve pas les moyens de réduire les inégalités sociales en amont, notamment en s’occupant des plus démunis et en aidant les familles des milieux défavorisés avec des programmes, ça va être très difficile de faire quelque chose en aval, puisqu’il est évident que les écoles ne peuvent contrecarrer tous les effets négatifs de la défavorisation », soutient M. Tondreau.

     

    La révision des façons de faire en matière d’élaboration et d’implantation des politiques d’intervention s’avère également nécessaire, estime M. Tondreau. D’après le sociologue, ces dernières ont souvent des objectifs trop flous, commandent énormément de moyens, sont très lourdes à gérer et ne favorisent que rarement la mobilisation du personnel.

     

    « Avec ces politiques-là, on s’inscrit souvent dans une approche top-down (descendante), explique-t-il. On arrive avec quelque chose qui a été décidé en haut et on demande aux gens d’y adhérer sans les avoir consultés au préalable, alors qu’ils ont une expérience pertinente. Pour que ces politiques aient un impact sur la réussite scolaire et la persévérance, je pense qu’il faut développer davantage des approches de type ascendant, de façon à tenir compte des savoirs d’expérience du personnel enseignant dans les écoles et des données de la recherche. »

     

    La recette du succès

     

    Cela étant dit, d’après les deux spécialistes, l’école québécoise peut, dans une certaine mesure, avoir une influence sur la réussite scolaire des élèves originaires de milieux défavorisés. « On ne peut pas demander à l’école de régler la pauvreté, mais on peut demander à l’école d’un milieu pauvre d’être une “maususse” de bonne école par exemple », résume M. Deniger.

     

    D’ailleurs, au Québec, quelques établissements oeuvrant en milieu défavorisé parviennent chaque année à faire réussir leurs élèves au-delà de ce qui est attendu.

     

    « Il y a six ou sept grands facteurs qui expliquent la réussite dans les écoles en milieu défavorisé, précise le sociologue. Celles qui fonctionnent ont des attentes élevées envers leurs élèves. Elles ont des leaders assez forts, qui distribuent le leadership et qui travaillent en collégialité. Ce sont des établissements qui soutiennent beaucoup leurs enseignants lorsqu’ils arrivent avec des idées et qui investissent considérablement dans la formation de leur corps professoral. »

     

    S’intéressant de près au sujet, M. Deniger a conçu une théorie de l’action inspirée à la fois des succès scolaires québécois en milieu défavorisé et du courant School Improvement, qui met en évidence l’influence des organisations sur le comportement des individus et privilégie la capacité d’une école à s’autoévaluer et s’autodévelopper.

     

    « Mon titre, c’est Concevoir une école juste et efficace, indique-t-il. Ce que je suggère, c’est de revisiter le concept d’efficacité tel qu’on l’entrevoit souvent, donc en fonction du rendement, pour l’associer davantage à ceux d’équité et de justice. Ma stratégie s’articule autour d’une dizaine de principes fondateurs. C’est ce dont je discuterai lors de notre atelier. »

     

    D’après M. Deniger, déployée convenablement, cette stratégie pourrait permettre aux équipes-écoles qui décideraient de l’adopter d’accroître leur « performance », donc d’améliorer les progrès d’apprentissage de leurs élèves issus de milieux défavorisés. Cependant, comme elle implique une révision en profondeur des conceptions et des façons de faire actuelles, selon le sociologue, sa mise en pratique pourrait comporter une part de défis considérable pour plusieurs !

     

    « Au Québec, on a de la misère avec le concept d’équité appliqué à l’éducation, relève le spécialiste. On a aussi de la misère à se questionner sur l’efficacité de l’école. En fait, au Québec, l’école n’est pas suffisamment un objet de travail et d’innovation. Partout à travers la province, les plans de réussite prévoient essentiellement des interventions sur les caractéristiques de l’élève et, parfois, sur les relations école-famille-communauté. C’est comme s’il n’y avait pas de part de l’école dans la réussite et l’échec scolaire. Pourtant, elle en a une — les écoles qui réussissent en milieu défavorisé en font foi —, et à mon avis, il est grand temps qu’on agisse en conséquence ! »

     

    MM. Tondreau et Deniger offriront leur atelier à deux reprises le 16 mars prochain à l’occasion du quatrième Rendez-vous CSQ de l’éducation.

     

    Pour plus de détails : http://rdv.education.lacsq.org/programmation/ conferences/bloc-dateliers/a1-et-b1/


    Jacques Tondreau Aujourd’hui directeur du Service de l’action professionnelle et sociale à la CSQ, M. Tondreau a développé un champ d’expertise couvrant surtout les questions relatives aux réformes en éducation et à l’analyse des politiques éducatives. Il a d’ailleurs siégé pendant 12 ans au comité national de pilotage de la stratégie d’intervention Agir autrement. En février dernier, son plus récent ouvrage, L’école en milieu défavorisé, paraissait aux Presses de l’Université Laval.
     












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