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    Handicap au collégial

    Les services adaptés complices de la réussite des étudiants

    30 janvier 2016 | Sophie Suraniti - Collaboratrice | Éducation
    Déficience physique ou sensorielle, incapacité temporaire, troubles d’apprentissage, neurologiques, organiques, de santé mentale… la liste des handicaps auxquels les services adaptés font face aujourd’hui dans le milieu collégial s’est beaucoup élargie.
    Photo: Source Getty Images Déficience physique ou sensorielle, incapacité temporaire, troubles d’apprentissage, neurologiques, organiques, de santé mentale… la liste des handicaps auxquels les services adaptés font face aujourd’hui dans le milieu collégial s’est beaucoup élargie.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    En 2007, 1303 étudiants en situation de handicap. En 2014, 11 337. Soit un bond de 770 % et un taux de croissance annuel de 33,4 % depuis 2010. « Sans compter ceux qui n’ont pas de diagnostic ou qui en ont un, mais ne le déclarent pas. » C’est l’un des constats chiffrés de la Fédération des cégeps dans son mémoire déposé en octobre 2015 dans le cadre de la consultation sur le renouvellement de la Politique québécoise de la jeunesse. Les services adaptés dans le réseau collégial ? Plus qu’essentiels, et plutôt méconnus.

     

    Une population mieux diagnostiquée

     

    Déficience physique ou sensorielle, incapacité temporaire, troubles d’apprentissage, neurologiques, organiques, de santé mentale… la liste des handicaps auxquels les services adaptés font face aujourd’hui dans le milieu collégial s’est beaucoup élargie. Un meilleur dépistage de tous ces handicaps, une meilleure évaluation des situations et des besoins, ainsi qu’une meilleure réponse au primaire et au secondaire (grâce notamment aux méthodes d’apprentissage adaptées, aux plans d’intervention et aux réseaux de soutien en dehors des écoles, comme le tissu associatif) expliquent cette poussée fulgurante de la fréquentation en matière de chiffres au sein du réseau collégial. Comme le rappelle Martin Prévost, directeur adjoint des études, responsable du Service d’aide à l’intégration des élèves (SAIDE) au cégep du Vieux-Montréal et également responsable du Centre collégial de soutien à l’intégration (CCSI) de l’Ouest, « historiquement, et pendant longtemps, les premières personnes ayant bénéficié des services adaptés étaient celles qui avaient des limitations motrices ou sensorielles : problèmes de mobilité, de motricité, d’audition, de déficience visuelle [désignées comme clientèles ou populations traditionnelles dans le milieu]. Les personnes ayant des troubles d’apprentissage comme les déficits d’attention, des troubles neurologiques comme l’autisme ou des troubles d’anxiété [désignées comme clientèles ou populations émergentes] n’étaient donc pas concernées au départ. Pourtant, tous ces troubles ne sont pas apparus d’un coup ces dernières années ! Ils ont toujours existé ! » Mais une meilleure connaissance de la palette des troubles fait qu’on les détecte et qu’on les évalue beaucoup mieux aujourd’hui. Lorsqu’un élève est en situation de handicap (à ne pas confondre avec « être en difficulté » ; ladite difficulté étant considérée comme passagère et donc traitée différemment au sein du système éducatif), on est capable de lui proposer des moyens pour l’aider tout au long de son parcours d’apprentissage. Et ce, dès le primaire et le secondaire, même si ces moyens sont moindres ou tout autres.

     

    L’évaluation des besoins

     

    « On ne juge pas de l’admissibilité d’un étudiant pour tel ou tel cursus. S’il est motivé, on le suit, on l’aide. Ce n’est pas dans notre mandat d’orienter ses choix d’études en fonction de son diagnostic de handicap. Au Québec, chaque individu a le droit d’étudier dans le domaine qui l’intéresse », souligne Martin Prévost. La demande d’un étudiant en situation de handicap se retrouve ainsi évaluée et prise en charge par une équipe de professionnels expressément mise en place au sein de chaque collège : conseiller en adaptation scolaire ou en services adaptés, technicien en éducation spécialisée, psychoéducateur, agent de bureau… Les effectifs et les compétences de chaque équipe variant d’un établissement à l’autre. Et lorsqu’un besoin vient à manquer pour aider l’élève — par exemple, un équipement spécialisé —, l’équipe se tourne alors vers le collège désigné en soutien (voir l’encadré). Sur le terrain, comme l’explique Édith Lefort, conseillère en adaptation scolaire, « on y va beaucoup par essai et par erreur. Si l’élève ne se sent pas à l’aise avec tel outil pour diverses raisons, on le change, on s’ajuste. Cette aide peut être très ponctuelle ou occasionnelle ; le soutien pouvant s’arrêter à tout moment puis reprendre. De plus, nous travaillons étroitement avec les centres de réadaptation, les ergothérapeutes, ainsi que d’autres structures ou intervenants impliqués dans la boucle ». Avec ses collègues des services adaptés, cette professionnelle qui a rejoint le cégep André-Laurendeau à la session d’hiver 2011 évalue les besoins pour chaque demandeur. Un travail exigeant, des journées bien remplies certes, mais ponctuées de belles réussites et de satisfactions quotidiennes ! « Tous nos étudiants en situation de handicap réussissent comme les autres. Les voir se surpasser, atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés est déjà pour nous une source de grande joie. Un étudiant qui rentre dans le circuit avec plusieurs diagnostics, pour lequel un corpus plus long que celui de la formation classique a été établi et qui, une fois parvenu à la diplomation, nous revient radieux avec un “Madame, j’ai réussi, j’ai réussi !”, alors ça, oui, c’est toute une réussite pour nous ! »

     

    Des aides variées

     

    Deux grandes catégories d’outils sont offertes au sein du réseau collégial. D’abord, tout ce qui a trait aux services directs avec des intervenants spécialisés. Ce sont les conseillers en services adaptés qui vont évaluer les besoins et mettre en place un plan d’action en mettant dans la boucle les interprètes, psychologues, orthopédagogues et autres ressources humaines nécessaires. Puis, les aides technologiques. Parmi elles, on retrouve les équipements particuliers pour la clientèle dite traditionnelle (celle ayant des déficiences physiques ou sensorielles), comme les télévisionneuses portatives ou les afficheurs braille et l’ensemble des aides informatiques. Bien entendu, ce sont celles-ci qui ont le plus évolué. À un point tel qu’elles ont fait disparaître certaines compétences humaines comme le soutien à la correction, aujourd’hui remplacé par des logiciels (dictionnaire électronique, correcteur dysorthographique, synthèse vocale…). En matière d’aides, il faut aussi prendre en compte les pratiques d’enseignement et leurs évolutions. Par exemple, étendre la plage horaire des examens afin que chaque élève puisse s’y retrouver, éviter de tourner le dos aux élèves lorsqu’on parle, choisir un local plus tranquille pour faciliter la concentration, etc. Toute cette panoplie d’accommodements, qui ne s’est pas forcément développée dans le contexte des services adaptés, fait également partie des outils d’aide. « Parfois, on se met sur une route sur laquelle on sait qu’il y a beaucoup d’obstacles ! Mais on y arrive ! Parce qu’il faut accepter d’être surpris, confie Martin Prévost. Les solutions ne viennent pas toutes de nos services. Elles viennent des étudiants, des enseignants, parfois même des parents et du réseau communautaire. L’idée, c’est vraiment de travailler ensemble. »













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