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    Retrouver la liberté du jeu

    9 janvier 2016 |Sarah R. Champagne | Éducation
    Les enfants doivent rester des enfants et pouvoir jouer librement, dit un professeur en éducation.
    Photo: iStock Les enfants doivent rester des enfants et pouvoir jouer librement, dit un professeur en éducation.

    Singe savant ou apprenant en confiance ? Enfant-agenda ou humain qui développe son plein potentiel ? Les parents doivent revenir à l’équilibre dans l’organisation de la vie de leurs petits. Le tutorat ne convient pas à tous, avertit une psychologue. Surtout, les enfants doivent rester des enfants et pouvoir jouer librement, dit un professeur en éducation.

     

    Geneviève Marcotte voit de tout-petits anxieux défiler dans son cabinet de psychologue. « Beaucoup d’enfants. » Elle évalue que 10 % des jeunes souffrent aujourd’hui de troubles anxieux, malgré le caractère très récent des études en psychologie de l’enfant. Cette anxiété peut être associée à plusieurs aspects de leur vie, notamment la performance scolaire.

     

    Difficile, pourtant, de reprocher aux parents leur volonté de donner toutes les chances à leurs enfants. La peur au ventre de « manquer leur coup », les chefs de famille font la chasse aux possibilités de développement.

     

    Esclaves de leur propre calendrier, les adultes s’astreignent eux-mêmes à un rythme effréné reproduit sur leur descendance, au point où « l’on se sent mal quand les enfants ne font rien », note Mathieu Point. Le professeur en science de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) milite pour la réhabilitation du « jeu libre ».

     

    Une activité « universelle » qui rend le système cognitif plus mature mais ne s’impose pas avec évidence à notre époque « d’hyperstimulation ». « Une panoplie d’études constatent le déclin du jeu en termes de temps et de qualité », avance-t-il. Face à cette conclusion, M. Point a développé le cours en ligne ouvert et gratuit (un MOOC en anglais) « Jouer pour apprendre en petite enfance ». Pas moins de 7500 parents du monde francophone s’y sont inscrits lors de la première session l’automne dernier ! 

     

    La décision de l’enfant

     

    Le plaisir définit le jeu libre, mais pas seulement ; la notion est intimement liée à celle du choix. « C’est l’enfant qui décide quand il commence, quand il termine, avec quoi, avec qui. Le jeu libre est à l’inverse des activités structurées », explique M. Point. « Quand votre enfant s’ennuie, vous criez victoire ! » renchérit Geneviève Marcotte. L’ennui mène à la créativité chez les enfants.

     

    Pourquoi, alors, prendre un cours ? « On veut créer un environnement adéquat, accompagner le jeu et savoir se retirer au bon moment », justifie M. Point.

     

    Ces moments permettent de développer des stratégies sociales de gestion des conflits ou du partage, de faire des découvertes, de prendre des risques en explorant. D’ailleurs, les enfants réussiraient mieux à l’école en y entrant un an ou deux plus tard qu’au Canada, explique le professeur de l’UQTR en citant notamment la Norvège et la Finlande.

     

    La volonté d’encadrer les activités ne se fait pas sentir qu’à travers le tutorat : « C’est aujourd’hui ce que fait un “bon” parent. Avant, on prenait un ballon et on jouait au soccer avec nos enfants, maintenant, on les inscrit à un cours », illustre Mme Marcotte, qui est également auteure de livres sur l’anxiété chez les tout-petits.

     

    Elle invite cependant les gens à ne pas rejeter d’emblée le tutorat. « Les enfants qui présentent des difficultés d’apprentissage peuvent bénéficier de ce type d’accompagnement. Ils se sentiront plus compétents face aux tâches et aux évaluations, l’outil devient une aide véritable », dit Mme Marcotte, à condition de le faire avec des attentes réalistes et modérées.

     

    Le tutorat devient parfois une recommandation pour ces enfants qui défilent dans son cabinet et « qui ne se sentent pas bons, qui s’autodénigrent ». Une façon, aussi, de préserver la relation entre parents et enfants en introduisant une tierce personne.

     

    Il faut donc considérer la situation de l’enfant... et l’intention de ses parents, pour évaluer si le tutorat est approprié ou non. « Parfois, l’enfant devient aussi un trophée qui va permettre au parent de rayonner, qui montre que “je suis une bonne personne », déplore Mme Marcotte. Et l’obsession de performance sera refilée à la prochaine génération.













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