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    Bilan 2015

    Une année tourmentée en éducation

    31 décembre 2015 |Philippe Orfali | Éducation
    Des parents et des enfants du regroupement Je protège mon école publique devant l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, à Montréal, en août 2015. Partout au Québec, des dizaines de milliers de parents ont érigé des barrières humaines pour dénoncer les compressions en éducation.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des parents et des enfants du regroupement Je protège mon école publique devant l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, à Montréal, en août 2015. Partout au Québec, des dizaines de milliers de parents ont érigé des barrières humaines pour dénoncer les compressions en éducation.
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.

    Un milieu de l’Éducation à couteau tiré avec son ministre, des grèves par dizaines du primaire à l’université, des parents désemparés par les compressions qui prennent littéralement d’assaut les écoles de leurs enfants : l’année 2015 fut exceptionnellement mouvementée en éducation. Bilan en huit points.​

    1. Bye bye Bolduc, bonjour Blais

     

    Yves Bolduc avait déjà marqué l’imaginaire collectif en 2014 en déclarant au Devoir, qu’« il n’y a pas un enfant qui va mourir » si les écoles, en raison des compressions budgétaires, cessaient d’acheter des livres pour garnir leurs bibliothèques. C’est toutefois une autre affirmation controversée qui aura eu la tête du ministre de l’Éducation, cette fois sur une fouille à nu plutôt musclée survenue dans une école secondaire. Une fouille à nu a-t-elle sa raison d’être dans une école ? Oui, « à une seule condition, il faut que ça soit très respectueux », a-t-il déclaré le 17 février 2015. Neuf jours plus tard, il annonçait son départ de la vie politique, aux côtés du chef Philippe Couillard. C’est François Blais, ce taciturne ex-doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, qui prendra les rênes du deuxième plus important portefeuille de la province, délaissant celui de l’Emploi. Ceux qui pensaient que les relations acrimonieuses entre le titulaire du portefeuille de l’Éducation et les milieux scolaire et postsecondaire ne pouvaient empirer se sont vite ravisés…

     

    2. Contre vents et marées, la réforme des commissions scolaires

     

    Après avoir annoncé la fin des élections scolaires et mis au rancart son projet de fusionner certaines des 72 commissions scolaires du Québec, François Blais a — enfin — présenté, au dernier jour de la session parlementaire automnale, son projet de loi de réforme du réseau scolaire. Avec le projet de loi 86, l’influence des parents, des directeurs d’école et du ministre se trouvera renforcée. Le conseil des commissaires, élu et rémunéré, sera remplacé par un conseil scolaire de dix-sept membres, dont six parents élus par une assemblée des comités de parents, un enseignant, un professionnel et deux directeurs d’école élus par leurs pairs, six personnes représentant la communauté et le directeur général nommé par le conseil scolaire. Sans surprise, la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, a dénoncé ce projet qui, sous le couvert d’une décentralisation, renforce le pouvoir du ministre et du ministère, tout en privant le réseau scolaire d’un « contrepoids » démocratique. La communauté anglophone, dont le droit à la gestion de ses établissements scolaires est garanti par la Charte canadienne des droits et libertés, songe à se tourner vers les tribunaux. L’État économisera environ 10 millions de dollars par an, et les 15 millions que coûtent les élections tous les quatre ans, selon François Blais. Cet enjeu devrait dominer les premiers mois de 2016 en éducation.

     

    3. La CSDM en eaux troubles

     

    L’année 2015 ne fut pas celle de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Menacée de mise en tutelle en raison de sa situation financière précaire, la CSDM a vu les tensions entre sa présidente Catherine Harel-Bourdon et le gouvernement Couillard atteindre son paroxysme cette année. Au bord du précipice financier, la plus importante commission scolaire du Québec a dû revoir de fond en comble ses façons de faire et ses structures, épaulée par une firme d’expert-conseil appelée en renfort par Québec. Le plan de retour à l’équilibre budgétaire prévoit désormais des compressions de 41 millions de dollars sur deux ans. Le transport par autobus et le soutien aux élèves figurent parmi les services qui écopent. Des centaines d’employés ont aussi vu leur poste aboli. Mais ce n’est pas tout : le rapport de Raymond Chabot Grant Thornton s’étant montré très critique à l’égard de la haute gestion de l’organisation et ses méthodes de travail, la CSDM s’est engagée à procéder à une transformation « en profondeur », sur cinq ans, « pour optimiser son fonctionnement et assurer sa stabilité financière ». Le rapport relevait maints problèmes de gouvernance, tels qu’une implication « contraire aux bonnes pratiques » des commissaires dans la gestion des affaires courantes de l’organisme. Les élus ont finalement placé en congé d’une durée indéterminée le directeur général Gilles Petitclerc et nommé une d.g. par intérim à sa place. L’année 2015 a été éprouvante, mais l’administration scolaire montréalaise espère que celle qui suit permettra de récolter le fruit du dur labeur abattu au cours des dernières années.

     

    4. Printemps moins chaud que prévu

     

    Les leaders du mouvement étudiant avaient promis une « grève sociale » rassemblant toute la société civile — organisations syndicales et communautaires comprises — pour contester les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement Couillard et le recours aux hydrocarbures. La grogne du printemps 2015 s’est finalement bornée au milieu postsecondaire, pour l’essentiel, près de 130 000 étudiants ayant participé à la manifestation nationale du 2 avril. Contrairement au Printemps érable de 2012, le mouvement s’est toutefois refroidi assez rapidement… exception faite des campus du Cégep du Vieux Montréal et de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Celle-ci n’a toujours pas chiffré les dommages causés par l’escalade des événements, dans la semaine 9 avril, ayant culminé avec l’occupation pendant toute la soirée — et le saccage — du pavillon DeSève. Au lendemain de ces incidents, un collectif de professeurs et d’étudiants a réclamé la démission pure et simple du recteur Robert Proulx, furieux de la « dérive sécuritaire » de la direction de l’établissement, qu’ils ont accusé de jouer au « pompier pyromane » avec sa gestion de la grève étudiante.

     

    5. Scandale financier à l’UQTR

     

    Publié à la fin mai, le rapport du printemps de la vérificatrice générale est venu sceller le destin de la rectrice de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Nadia Ghazzali, dont les pratiques de gestion étaient contestées depuis quelques années. Taux de roulement élevé au niveau de la haute direction, climat de terreur dénoncé par le personnel, apparence de conflits d’intérêts et allégations de mauvaise gestion à l’égard de la rectrice : l’UQTR soulevait de nombreuses inquiétudes. Des problèmes de gouvernance « préoccupants », des « lacunes » dans la gestion des projets immobiliers et dans l’octroi des contrats ont finalement été révélés par la vérificatrice générale. Nadia Ghazzali a depuis été rétrogradée au rang de simple professeure.

     

    6. Négociations houleuses au primaire, au secondaire et au collégial

     

    Le quotidien des familles québécoises a été perturbé à maintes reprises cet automne en raison des négociations entourant le renouvellement des conventions collectives des milieux de l’éducation primaire, secondaire et collégial. Poussées « à bout » par les tactiques de négociation du gouvernement Couillard, les deux principales fédérations syndicales de l’enseignement ont décrété plusieurs journées de grève dans les premiers mois de l’année scolaire en cours. Résultat des compressions budgétaires en éducation, les écoles n’ont toutefois pas été en mesure d’offrir les services de garde habituellement offerts en de telles situations, forçant nombre de parents à s’absenter du travail les jours de grève. Si la Fédération des syndicats de l’enseignement, qui regroupe la plupart des syndiqués de l’enseignement à l’extérieur de l’île de Montréal, a récemment signé une entente de principe avec Québec, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui compte près de 34 000 membres, dont les profs de la métropole, entend poursuivre les négociations en janvier. La FAE estime que les enseignants « sont traités de manière inéquitable » dans le dossier des relativités salariales et que la proposition « ne permet pas de rattraper le retard salarial accumulé depuis 2004 ».

     

    7. Les parents protègent leur école publique

     

    Vague de manifestations sans précédent en faveur des écoles publiques du Québec, le 1er septembre. À l’échelle de la province, des dizaines de milliers de parents ont érigé des barrières humaines devant l’établissement scolaire de leur enfant pour dénoncer les compressions en éducation. Une école québécoise sur dix a ainsi été « protégée » en guise de protestation. Plus de 270 écoles dans 16 des 17 régions administratives du Québec ont répondu à l’appel lancé par le collectif Je protège mon école publique (JPMEP). Les rassemblements du 1er septembre dépassaient même les prévisions optimistes des organisateurs. Des rassemblements encore plus importants ont été tenus le 1er octobre, et d'autres se sont déroulés les premiers jours d'école de chaque mois depuis la rentrée. Au total, selon les organisateurs, près de 100 000 participants ont pris part aux chaînes humaines en 2015, «protégeant» plus de 600 écoles, le quart de celles que compte le Québec. Cette tactique a indisposé François Blais, qui a accusé les parents d’« instrumentaliser » leurs enfants.

     

    8. Baisse des inscriptions à l’UQAM et ailleurs

     

    Une nouvelle tuile s’abat, à la rentrée scolaire, sur le recteur de l’UQAM, Robert Proulx. Résultat possible des manifestations du printemps 2015, l’UQAM a enregistré cet automne une diminution d’au moins 2,8 % des inscriptions au premier cycle. La baisse est nettement plus marquée chez les nouveaux inscrits, en particulier dans les programmes de baccalauréat, où elle atteint 10,9 %, et de certificat, où elle s’élève à 6 %. Les nouvelles inscriptions aux études de 1er cycle en éducation et en sciences sont particulièrement touchées. La baisse généralisée des inscriptions annoncée par le recteur Proulx se traduit par une diminution de près de 20 % des admissions dans ces domaines. De tout le réseau universitaire québécois, c’est l’UQAM qui a enregistré la plus importante chute de ses nouvelles inscriptions, tant au premier cycle que dans l’ensemble. Elle est suivie de près, en pourcentage, par l’École polytechnique ainsi que par l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, deux maisons d’enseignement qui comptent toutefois beaucoup moins d’étudiants que celle du Quartier latin de Montréal.













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