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    Le codage à l’école, quelle place lui donner?

    19 décembre 2015 | Isabelle Porter à Québec | Éducation
    Un cours de programmation donné par la stagiaire Viviane Vallerand, à l’école Anne-Hébert de Québec.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Un cours de programmation donné par la stagiaire Viviane Vallerand, à l’école Anne-Hébert de Québec.

    Si le Québec décidait d’intégrer le codage dans l’enseignement, comment cela pourrait-il fonctionner ? Quelle place devrait-on lui donner ? Et à partir de quel âge les enfants devraient-ils commencer ? Des pistes se dessinent.

    En Estonie et en Grande-Bretagne, la programmation fait carrément partie du cursus scolaire. Le code est désormais une matière de plus dès la première année. L’Estonie a été le premier pays à plonger dès 2011. Son président, Toomas Hendrik Ilves, est lui-même un ardent militant de nouvelles technologies éducatives. Progressivement, le code a rejoint tous les niveaux. En Angleterre, c’est sensiblement la même chose.

     

    Ici, l’art du code n’est pratiqué que par une minorité d’enseignants particulièrement motivés. C’est le cas de Cédric Fortin, enseignant au primaire à Chibougamau. Avec ses élèves de 4e année, il insère des exercices de codage dans les périodes de sciences et technologies ou de mathématiques. L’an dernier, il a fait la même chose avec ses élèves de 2e.

     

    La réponse enthousiaste des élèves l’a convaincu que le jeu en valait la chandelle. « C’est de la résolution de problèmes, ça vient travailler leur esprit logique. […] C’est une sorte de gymnastique mentale. […] À mon sens, c’est juste un plus pour les enfants. » Pour lui, il n’y a pas de doute : le ministère doit envisager d’en intégrer au programme. « On fait une heure d’éducation religieuse par semaine et on s’entend que, dans la vie des enfants, c’est beaucoup moins présent que l’électronique et les technologies. On est drôlement en retard à ce niveau-là. »

     

    Aussi jeunes soient-ils, les élèves sont particulièrement motivés par les perspectives d’emploi que cela offre, note-il. « Au début de l’année, je leur ai vendu ça comme une façon de devenir riche assez facilement. Je leur donnais l’exemple de gens qui faisaient ça dans leur sous-sol à 14-15 ans et dont les idées ont fini par valoir des milliards de dollars. Ils ont fait : “ Wow !  »

     

    Son école, dit-il, a une forte vocation entrepreneuriale. « Mon premier objectif, c’est de leur offrir des perspectives de travail. […] Ici, à Chibougamau, la plupart des gens vont travailler soit au chantier, soit dans les mines. »

     

    Dès la maternelle ?

     

    À partir de quel âge les élèves devraient-ils en faire ? Viviane Vallerand répond du tac au tac. « J’aime beaucoup les défis, alors si j’avais des maternelles, je l’aurais fait. […] Je ne l’ai jamais testé, mais je crois que si on réussit à bien les préparer, ils sont capables. […] Et si j’avais un enfant qui commençait à utiliser un ordinateur, je serais curieuse de voir jusqu’à quel point il serait capable de l’utiliser. »

     

    À l’Université Laval, la professeure Margarita Romero est en train de concevoir un livre d’initiation au code pour les enfants dès l’âge de cinq ans. Elle raconte l’histoire d’une petite fille qui a reçu un robot à son anniversaire et décidé d’apprendre à le programmer. « On n’a pas le temps d’aller dans toutes les classes, alors je me suis dit qu’on pourrait faire une amorce avec un petit livre qui permettrait d’expliquer la programmation en français », dit-elle.

     

    En fait, la plupart des gens qui s’intéressent au sujet plaident pour qu’on commence à programmer au niveau primaire.

     

    « Tant qu’il y a un juste équilibre entre ça et le reste du programme, je crois que ça peut être très bénéfique, selon Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation. Ça permet aux élèves de comprendre qu’avec un langage abstrait, on peut parvenir à créer quelque chose. »

     

    Toutefois, il ne faudrait pas non plus passer d’un extrême à l’autre, selon lui. « Disons qu’il y en a qui ne vont pas dans la modération. Si on commence à faire deux heures de code par jour, les élèves vont finir par détester ça. […] Le code, c’est seulement un volet de ce qu’on doit apprendre à l’école. »

     

    Au ministère de l’Éducation du Québec, on n’a pas de stratégie particulière à cet égard. Le programme « ne réserve pas un espace distinct à l’enseignement de la programmation informatique », explique la porte-parole Esther Chouinard.

     

    Elle ajoute toutefois qu’« il existe des initiatives locales, dans certaines écoles, qui proposent des projets offrant des occasions d’apprendre à coder », notamment certaines activités avec la robotique.

     

    Pour Kate Arthur, de KidsCodeJeunesse, l’apparente inaction du ministère n’est pas nécessairement dramatique. « Je pense que ça n’a pas besoin d’être obligatoire. Les enseignants n’aiment pas qu’on les force à faire quelque chose quand ils ne sont pas bien formés. Il faut enseigner aux enseignants et proposer plusieurs façons d’intégrer la programmation », plaide-t-elle.

     

    Malgré l’absence du codage au programme du ministère, son organisme a réussi à donner des formations à 2000 élèves dans la région de Montréal. Sa petite équipe donne d’abord une formation au prof, puis se rend dans sa classe pour présenter un atelier.

     

    Mais à Chibougamau, Cédrick Fortin se sent toutefois un peu isolé. « J’en ai parlé à mes conseillers pédagogiques. Pour l’instant, ils voient plus ou moins le côté positif de ça. J’en ai aussi parlé à ma direction, mais pour l’instant, je suis un peu tout seul dans mon bateau. »

     

    Comme le fait remarquer Viviane Vallerand, les professeurs en ont déjà plein les bras avec le reste. « Le problème, c’est que ce n’est pas dans le programme de formation et l’enseignant en a déjà jusqu’au cou avec tout ce qu’il doit enseigner. En plus, le local d’informatique est disponible seulement une fois aux deux semaines. »

     

    Selon la professeure Romero, « ce n’est pas nécessaire de le rendre obligatoire, mais ce serait bon de donner l’occasion aux enseignants de connaître les outils ».

     

    Certaines ressources, comme les conseillers pédagogiques, pourraient faire pencher la balance. Patrick Touchette est conseiller pédagogique à la commission scolaire de la Capitale, où il donne déjà des formations en robotique. Il serait ravi qu’on lui demande de faire la même chose avec le code.

     

    « Présentement, dans les écoles, les gens n’ont pas ça en tête. La raison est assez simple. C’est juste que ça ne rejoint pas les programmes du ministère. […] S’il le mettait dans les programmes, on serait très sollicités pour montrer aux enseignants comment faire du code. »

     

    Au bout d’un certain temps, ils deviendraient capables d’en faire sans lui. « Il y a beaucoup de professeurs avec qui j’ai fait de la robotique et qui sont aujourd’hui autonomes. »

     

    Cédric Fortin aimerait bien avoir l’aide de quelqu’un comme Patrick Touchette. « Je suis justement en recherche de formation, dit-il. Je suis parti à zéro, au même titre que mes élèves, et encore aujourd’hui, j’apprends avec eux au fil des semaines. Quand j’ai un peu de temps, je continue à faire du code, le soir, chez moi. Des fois, c’est un peu apeurant, il y a des élèves qui apprennent quasiment aussi vite que moi. »













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