Le milieu scolaire se déchire en attente des changements

La tension monte dans le milieu scolaire. Les directions d’écoles et les comités de parents exhortent le ministre de l’Éducation à déposer son projet de loi sur la gouvernance et la démocratie scolaire au plus vite.

Dans une lettre adressée au ministre François Blais, quatre signataires lui font part des pressions exercées par la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). Josée Bouchard a laissé entendre que les associations qui n’auraient pas défendu les élus scolaires « devraient faire preuve de résilience ».

Elle a tenu ce « discours menaçant » lors d’un colloque de l’Association des directions générales des commissions scolaires, lit-on dans cette lettre dont Le Devoir a obtenu copie. Cette intervention fut la « goutte qui a fait déborder le vase » pour Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) et signataire.

Mme Payne rapporte recevoir plusieurs communications par téléphone ou par courriel de parents stressés. Une région, qu’elle ne souhaite pas nommer, a par exemple rassemblé tous les présidents des comités de parents pour les pousser à se positionner pour ou contre les élections scolaires, un geste qu’elle assimile à de « l’intimidation ». Après des séries d’événements localisés, lorsque la présidente de la FCSQ « a eu l’audace de parler ainsi à tout le monde en assemblée », le malaise s’est généralisé.

Celle qui représente les comités de parents reproche surtout à Mme Bouchard de forcer la main à propos « de quelque chose qui n’est même pas encore sur la table ». L’objectif principal de la lettre envoyée au ministre de l’Éducation était donc de le convaincre de déposer son projet de loi rapidement.

« Déposez le projet au plus vite, s’il vous plaît Monsieur le Ministre, pour faire cesser l’inconfort et l’insécurité », a renchéri Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires (AMDES) et également signataire. « L’automne a été rigoureux à gérer, avec des journées de grève. Tout s’est pourtant vécu dans la civilité et on veut lancer un appel au calme avant que les esprits s’échauffent, pour pouvoir discuter de ces gros changements », a exprimé Mme Bourdages.

Mme Bouchard n’accordait aucune entrevue mardi. Son bureau a tout de même tenu à nuancer ses propos, assurant que la présidente de la FCSQ n’avait aucune intention de menacer qui que ce soit. « Certains ont pris position, d’autres tardent à le faire, il s’agissait donc d’une invitation à prendre position », a affirmé au Devoir une porte-parole.

Des changements bienvenus ?

Le gouvernement promet depuis les élections scolaires de novembre 2014 de réformer la gouvernance et la démocratie scolaires. Le ministre de l’Éducation a réitéré la semaine dernière son intention de déposer un projet de loi cet automne. Les commissions scolaires craignent de voir leur rôle diminuer, au profit des directions d’écoles et des parents, une des intentions avouées par le ministre Blais.

« On ne s’est jamais exprimés pour ou contre l’abolition des commissaires, mais on veut certainement que les décisions se prennent au plus près des enfants, ce qui n’est pas le cas présentement », a affirmé Lorraine Normand-Charbonneau, signataire également de la lettre et présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. Une décentralisation des commissions vers les écoles fortement appuyée par Mme Bourdages, de l’AMDES : « Pour nous, ce sont des changements heureux si on peut faire bénéficier de notreregard direct sur l’élève toute la question pédagogique. »

Tous les changements bousculent, convient-elle, « puisque le pouvoir se déplace mais ne se multiplie pas ». De nombreux scénarios ont été envisagés, dont la possibilité d’accorder le droit de vote aux parents siégeant comme commissaires scolaires, ce qui n’est pas sans déplaire à la FCPQ. Mais toutes les instances demandent au ministre de mettre cartes sur table le plus vite possible pour faire cesser les spéculations sur des scénarios hypothétiques.

4 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 25 novembre 2015 09 h 52

    Un dérapage magistral et un jeu de pouvoirs

    Expertise

    Nous assistons là aux collusions de 4 groupes d'intérêts.

    1-Le ministre Blais et le gouvernement. Sous le masque de la décentralisation, objectif ultime : le contrôle. Contraindre les dépenses de l'État en éducation, quitte à sacrifier les élèves les plus vulnérables : déjà en marche et amplifié. Obstacle : la Fédération des commissions scolaires (FCSQ) qui, en matière, d'emprise directe du MÉESR sur les établissements scolaires, représente un frein. Son allier, le groupe 3 : je vais y revenir. Son levier, le groupe 2 : la Fédération des comités de parents (FCP).

    2-La FCPQ espère récupérer et accroître (ce que lui font miroiter Blais et le groupe 3) le pouvoir des commissions scolaires vers les écoles : autonomie, meilleures réponses aux besoins locaux.

    3-Le groupe 3, allié du ministre, la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDEE). Objectif : modéliser la gestion des établissements d'enseignement publics sur les écoles privées. En d'autres termes, concentrer les pouvoirs locaux entre les mains d'une direction devenue, avec ou sans le titre, direction générale de son établissement. Problème : les directions d'établissements d'enseignement n'ont pas du tout fait la preuve, par les faits, qu'elles défendent bien le sort des écoliers les plus fragiles.

    4-La FCSQ qui est évidemment fâché de la place que va lui prendre la FCPQ et qui ne perçoit pas plus que la FCPQ qu'elles sont toutes les deux l'objet d'une manipulation du ministre avec la docile complicité de la FQDEE.

    5/6-Il existe des groupes 5 (personnel enseignant) et 6 (parents), absents de ce scénario. Seule véritable alliance sur le terrain, elle s'est révélée au fil du temps et le démontre avec force aujourd'hui.

    C'est, dans un modèle collégial décentralisé, aux groupes 5 et 6 que les pouvoirs sur et pour l'école doivent être confiés, pas au groupe 3.

    Patrick JJ Daganaud
    Chargé de cours.
    Université de Sherbrooke
    Doctorant
    46e année de ser

    • Patrick Daganaud - Abonné 25 novembre 2015 11 h 59

      Correction.

      Il faut lire au paragraphe 1: « Son allier, le groupe 3 (...) »
      Et ne pas se fier aveuglément à Antidote.

      Mes excuses.

    • Paul St-Pierre - Inscrit 25 novembre 2015 23 h 47

      Bonjour M. Daganaud,

      Vous mentionnez à juste titre que le groupe 3 (la FQDEE) "n'[a] pas du tout fait la preuve, par les faits, qu'elles défendent bien le sort des écoliers les plus fragiles." En fait, souvent, les directeurs d'écoles valorisent davantage les enjeux financiers et administratifs que les enjeux pédagogiques. Par conséquent, ils prennent des décisions qui mettent de l'avant leurs "qualités" d'administrateurs au détriment de l'apprentissage et du soutien aux élèves. Quand un directeur attribue à un enseignant un groupe d'élèves en difficulté dans l'intention de voir celui-ci quitter pour de l'épuisement professionnel, on se demande quelle place prend la pédagogie chez ce gestionnaire... Toute une vision pédagogique que celle-là, empreinte de bienveillance!

      Il faut donc s'inquiéter du projet de loi du ministre Blais qui donnerait davantage de pouvoir aux écoles. Les commissions scolaires ne sont peut-être pas des entités parfaites, mais elles ont au moins la qualité de servir de "chien de garde" face à certaines décisions plus que discutables; elles assurent aussi une répartition juste et équitable des ressources sur l'ensemble du territoire qu'elles desservent. Si le Québec trouve qu'il est actuellement difficile d'offrir des services aux élèves, il ne perd rien pour attendre. Quand 30 directions d'établissement tireront la couverture du chacun pour soi, dans une approche qui ressemble plus à de la confrontation que de la collaboration, soyons assurés que ce ne seront ni les élèves, ni les parents, ni le personnel scolaire, ni même la société qui en sortiont vainqueurs.

      Au plaisir de vous relire,

  • - Inscrit 25 novembre 2015 10 h 31

    Et les enseignants dans tout ça ?

    C'est désolant ce jeux de pouvoir, favorisé par le gouvernement Couillard entre les Commissions scolaires et les parents.

    Est-il normal que ces instances luttent pour contrôler l'enseignement ? Où est reconnue la compétence professionnelle des enseignants dans tout ça ? Ont-ils abdiqué leur responsabilité professionnelle ou sont-ils dépossédés par les petits jeux de pouvoir d'une poignée de parents qui veulent le contrôle idéologique de l'école et une bureaucratie qui veut garder le contrôle sur les enseignements.

    Que diraient les médecins de comités de patients et des höpitaux qui viendraient leur dirait comment pratiquer la médecine ?