La CREPUQ fourbit ses armes - Il manque 600 millions $ pour financer adéquatement le réseau universitaire québécois
«L'université est le seul niveau d'enseignement qui fait face à une compétition mondiale»
Ratio professeur/étudiants trop élevé, livres et ordinateurs en nombre insuffisant, infrastructures désuètes, rien ne va plus dans le réseau universitaire québécois. Pour Robert Lacroix, président de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), l'équation est simple. Jour après jour, l'écart se creuse entre les universités québécoises et les autres établissements comparables au pays. Une situation alarmante à laquelle il faut remédier. Mais encore faut-il convaincre les parlementaires et la population en général de son importance. La CREPUQ compte sur la prochaine commission parlementaire pour y arriver.
En novembre 2002, la CREPUQ, conjointement avec le ministère de l'Éducation, rendait publique une étude sur le niveau des ressources de fonctionnement des universités québécoises en comparaison avec les autres universités au pays. Constat: pour pouvoir concurrencer les autres établissements d'enseignement canadiens de même taille, le réseau universitaire québécois aurait besoin d'un budget de 600 millions $
de plus chaque année. La somme est énorme, la pression sur les finances publiques tout aussi importante.
Les résultats de l'étude mèneront tout de même à un réinvestissement de 300 millions $ récurrents. Un effort louable, mais insuffisant, selon Robert Lacroix. «L'argent investi était évidement bienvenu, mais il n'a pas permis de diminuer l'écart existant. Nous avons refait le même exercice de comparaison en 2003 et le fossé était de 375 millions $, soit 75 millions de plus que ce que nous avions établi en 2002. Non seulement notre évaluation de
600 millions était réaliste, mais l'écart continue de se creuser.»
Pour le président de la CREPUQ et recteur de l'Université de Montréal, le manque à gagner pèse d'ailleurs de plus en plus lourdement sur la réalité quotidienne des étudiants. «Les chiffres lancés en matière de financement universitaire impressionnent par leur ampleur, mais ce qui est plus important, c'est de voir au-delà de tout ça. Concrètement, chaque université québécoise fait face, à quelque part dans son budget, à un manque de ressources financières qui se traduit par un ratio professeur-étudiants trop élevé, et c'est la même chose pour les livres et les ordinateurs. Il y a aussi de nombreux problèmes d'infrastructures, un manque flagrant d'auxiliaires d'enseignement. Bref, tout ce qui nous permet de remplir notre mission est touché et c'est de plus en plus grave.»
Compétitivité et choix de société
Si la Conférence des recteurs insiste tant sur la gravité de la situation, c'est qu'à son avis, la santé d'un réseau universitaire se mesure plus que jamais à la qualité de ses diplômés plutôt qu'à leur quantité. Or, affirme Robert Lacroix, le manque de ressources peut hypothéquer la qualité de l'enseignement et de la formation reçue et, par conséquent, des diplômés. «Que ce soit pour le recrutement des professeurs, des étudiants ou encore en matière d'avancement des connaissances, l'université est le seul niveau d'enseignement qui fait face à une compétition mondiale. La vitesse d'avancement des connaissances dans le monde est déterminée par les meilleurs. Si on souhaite être du nombre, il faut être à la fine pointe et accepter de payer la facture. Si on choisit de ne pas embarquer, il faut voir quel sera l'impact de cette décision dans dix ans. Souhaitons-nous, comme société, faire partie des meilleurs? La réponse à cette question représente un choix collectif et non pas des enjeux corporatistes, comme on le laisse fréquemment sous-entendre. Il ne s'agit pas ici d'enrichir les universités. Il s'agit d'offrir un enseignement de qualité à des étudiants qui, sinon, iront voir ailleurs. Il s'agit de préparer la société de demain.»
Le point de vue défendu par les représentants des milieux universitaires n'a, jusqu'à présent, trouvé que peu d'écho dans la communauté. En fait, mis à part quelques sorties médiatiques traduisant les difficultés rencontrées, rares sont les reportages mettant en lumière la situation universitaire actuelle. Résultat, soutient Robert Lacroix, la population est très peu sensibilisée à l'importance de la qualité de l'enseignement universitaire. «Quand une université est menacée de perdre son accréditation et son droit de former des professionnels dans un domaine, comme ce fut le cas en médecine vétérinaire, c'est toute la société qui est touchée parce que, du jour au lendemain, c'est l'ensemble des vétérinaires du Québec qui pourraient perdre leur droit de pratique. C'est un signal très clair. Combien d'autres programmes de formation ne sont plus "à niveau" en ce moment sans qu'on le sache parce qu'il n'y a pas d'accréditation en jeu? Le manque de ressources a des effets pernicieux qui peuvent prendre des années à se manifester. L'attitude de la population en général à l'égard des universités est très particulière. Si ce qui se passe en ce moment — manque de ressources, locaux inadéquats, etc. — touchait les niveaux primaire ou secondaire, il y a longtemps que tout le monde en parlerait. Pour l'université, c'est autre chose, comme si, à partir du moment où les jeunes entrent à l'université, ils étaient assez grands pour s'occuper d'eux et que ce ne soit plus notre problème.»
Sensibiliser la population
Pour briser le cercle de l'indifférence, la CREPUQ mise sur la prochaine commission parlementaire. Non seulement l'organisme y prendra position en faveur d'un réinvestissement marqué, mais il a aussi convié tous ses membres à venir y présenter leur situation particulière et leurs demandes. Beaucoup d'efforts seront notamment consacrés à illustrer l'impact réel du sous-financement. «Le manque de ressources ne se vit pas de la même façon si l'on est à Montréal, Rimouski ou Rouyn-
Noranda. Chaque établissement viendra dire comment le sous-financement l'a affecté, quels compromis ont été faits, parfois au détriment de la qualité de l'enseignement.»
L'organisme a aussi choisi de mettre ses partenaires à contribution. Depuis plusieurs mois déjà, la CREPUQ travaille à convaincre divers groupes de pression et regroupements — chambres de commerce, patronat, etc. — à parler eux aussi de l'importance de pouvoir compter sur une main-d'oeuvre bien formée et de qualité. Un pari gagné, selon Robert Lacroix. Reste maintenant à faire circuler le message. «Souvent on m'a demandé d'établir le montant d'argent dont les universités auront encore besoin pour arriver à faire leur travail convenablement. Nous avons évidemment des études bien documentées qui nous permettent d'estimer les sommes nécessaires au rattrapage. Mais pour le reste, pour l'avenir, pour se positionner à l'échelle mondiale, la question est bien relative. Il vient un moment où la question ne se pose plus de la même façon. Si l'on souhaite contribuer à l'économie du savoir, on parle de choix de société et non pas d'argent à investir. La santé occupe beaucoup de place dans l'opinion publique. Il faut en arriver à ce qu'il en soit de même pour l'éducation. C'est un cri d'alarme que nous lançons. Les gens doivent comprendre que, faute d'investissements, c'est notre futur que l'on dilapide.»
En novembre 2002, la CREPUQ, conjointement avec le ministère de l'Éducation, rendait publique une étude sur le niveau des ressources de fonctionnement des universités québécoises en comparaison avec les autres universités au pays. Constat: pour pouvoir concurrencer les autres établissements d'enseignement canadiens de même taille, le réseau universitaire québécois aurait besoin d'un budget de 600 millions $
de plus chaque année. La somme est énorme, la pression sur les finances publiques tout aussi importante.
Les résultats de l'étude mèneront tout de même à un réinvestissement de 300 millions $ récurrents. Un effort louable, mais insuffisant, selon Robert Lacroix. «L'argent investi était évidement bienvenu, mais il n'a pas permis de diminuer l'écart existant. Nous avons refait le même exercice de comparaison en 2003 et le fossé était de 375 millions $, soit 75 millions de plus que ce que nous avions établi en 2002. Non seulement notre évaluation de
600 millions était réaliste, mais l'écart continue de se creuser.»
Pour le président de la CREPUQ et recteur de l'Université de Montréal, le manque à gagner pèse d'ailleurs de plus en plus lourdement sur la réalité quotidienne des étudiants. «Les chiffres lancés en matière de financement universitaire impressionnent par leur ampleur, mais ce qui est plus important, c'est de voir au-delà de tout ça. Concrètement, chaque université québécoise fait face, à quelque part dans son budget, à un manque de ressources financières qui se traduit par un ratio professeur-étudiants trop élevé, et c'est la même chose pour les livres et les ordinateurs. Il y a aussi de nombreux problèmes d'infrastructures, un manque flagrant d'auxiliaires d'enseignement. Bref, tout ce qui nous permet de remplir notre mission est touché et c'est de plus en plus grave.»
Compétitivité et choix de société
Si la Conférence des recteurs insiste tant sur la gravité de la situation, c'est qu'à son avis, la santé d'un réseau universitaire se mesure plus que jamais à la qualité de ses diplômés plutôt qu'à leur quantité. Or, affirme Robert Lacroix, le manque de ressources peut hypothéquer la qualité de l'enseignement et de la formation reçue et, par conséquent, des diplômés. «Que ce soit pour le recrutement des professeurs, des étudiants ou encore en matière d'avancement des connaissances, l'université est le seul niveau d'enseignement qui fait face à une compétition mondiale. La vitesse d'avancement des connaissances dans le monde est déterminée par les meilleurs. Si on souhaite être du nombre, il faut être à la fine pointe et accepter de payer la facture. Si on choisit de ne pas embarquer, il faut voir quel sera l'impact de cette décision dans dix ans. Souhaitons-nous, comme société, faire partie des meilleurs? La réponse à cette question représente un choix collectif et non pas des enjeux corporatistes, comme on le laisse fréquemment sous-entendre. Il ne s'agit pas ici d'enrichir les universités. Il s'agit d'offrir un enseignement de qualité à des étudiants qui, sinon, iront voir ailleurs. Il s'agit de préparer la société de demain.»
Le point de vue défendu par les représentants des milieux universitaires n'a, jusqu'à présent, trouvé que peu d'écho dans la communauté. En fait, mis à part quelques sorties médiatiques traduisant les difficultés rencontrées, rares sont les reportages mettant en lumière la situation universitaire actuelle. Résultat, soutient Robert Lacroix, la population est très peu sensibilisée à l'importance de la qualité de l'enseignement universitaire. «Quand une université est menacée de perdre son accréditation et son droit de former des professionnels dans un domaine, comme ce fut le cas en médecine vétérinaire, c'est toute la société qui est touchée parce que, du jour au lendemain, c'est l'ensemble des vétérinaires du Québec qui pourraient perdre leur droit de pratique. C'est un signal très clair. Combien d'autres programmes de formation ne sont plus "à niveau" en ce moment sans qu'on le sache parce qu'il n'y a pas d'accréditation en jeu? Le manque de ressources a des effets pernicieux qui peuvent prendre des années à se manifester. L'attitude de la population en général à l'égard des universités est très particulière. Si ce qui se passe en ce moment — manque de ressources, locaux inadéquats, etc. — touchait les niveaux primaire ou secondaire, il y a longtemps que tout le monde en parlerait. Pour l'université, c'est autre chose, comme si, à partir du moment où les jeunes entrent à l'université, ils étaient assez grands pour s'occuper d'eux et que ce ne soit plus notre problème.»
Sensibiliser la population
Pour briser le cercle de l'indifférence, la CREPUQ mise sur la prochaine commission parlementaire. Non seulement l'organisme y prendra position en faveur d'un réinvestissement marqué, mais il a aussi convié tous ses membres à venir y présenter leur situation particulière et leurs demandes. Beaucoup d'efforts seront notamment consacrés à illustrer l'impact réel du sous-financement. «Le manque de ressources ne se vit pas de la même façon si l'on est à Montréal, Rimouski ou Rouyn-
Noranda. Chaque établissement viendra dire comment le sous-financement l'a affecté, quels compromis ont été faits, parfois au détriment de la qualité de l'enseignement.»
L'organisme a aussi choisi de mettre ses partenaires à contribution. Depuis plusieurs mois déjà, la CREPUQ travaille à convaincre divers groupes de pression et regroupements — chambres de commerce, patronat, etc. — à parler eux aussi de l'importance de pouvoir compter sur une main-d'oeuvre bien formée et de qualité. Un pari gagné, selon Robert Lacroix. Reste maintenant à faire circuler le message. «Souvent on m'a demandé d'établir le montant d'argent dont les universités auront encore besoin pour arriver à faire leur travail convenablement. Nous avons évidemment des études bien documentées qui nous permettent d'estimer les sommes nécessaires au rattrapage. Mais pour le reste, pour l'avenir, pour se positionner à l'échelle mondiale, la question est bien relative. Il vient un moment où la question ne se pose plus de la même façon. Si l'on souhaite contribuer à l'économie du savoir, on parle de choix de société et non pas d'argent à investir. La santé occupe beaucoup de place dans l'opinion publique. Il faut en arriver à ce qu'il en soit de même pour l'éducation. C'est un cri d'alarme que nous lançons. Les gens doivent comprendre que, faute d'investissements, c'est notre futur que l'on dilapide.»
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