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Chargés de cours - Les «salariés de seconde zone»

Des syndicats ont déjà en main des mandats de grève

Réginald Harvey   24 janvier 2004  Éducation
Les chargés de cours en ont ras le bol. Depuis quelques années, ils manifestent leur impatience plus radicalement dans une conjoncture où ils accusent des écarts de salaire exorbitants avec les professeurs réguliers et obtiennent une reconnaissance professionnelle mitigée, sinon inexistante.

À l'heure actuelle, les chargés de cours de l'Abitibi, de l'Outaouais et de l'Université Laval ont obtenu des mandats de grève; ceux de Rimouski s'apprêtent à faire de même. François Cyr, vice-président de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), résume des revendications qui ont cours depuis 25 ans: «C'est la même bataille qui se poursuit depuis qu'il existe des chargés de cours syndiqués. C'est toujours cette espèce de quête pour une reconnaissance à l'intérieur de l'institution, cette recherche d'égalité par rapport à la portion enseignement du travail qui est accompli par ceux-ci. C'est une volonté d'intégration et de reconnaissance de ces derniers à la mesure de leur contribution aux universités.»

Selon lui, les chargé de cours ont collaboré étroitement à la démocratisation rapide et à l'élargissement des clientèles dans les universités: «Ils ont assuré majoritairement l'enseignement au premier cycle, où se retrouve une grande partie d'étudiants qui participent largement au financement des universités. Plusieurs d'entre eux ont un statut précaire et ils travaillent en première ligne; ils sont à l'oeuvre aussi bien le soir que durant la fin de semaine. Il serait temps que les dirigeants des institutions cessent de les considérer comme des salariés de seconde zone.»

Les demandes salariales syndicales

À la suite d'une première ronde de négociations il y a quatre ans, la Fédération a réussi à obtenir des gains de 20 % par rapport à un écart salarial évalué à 70 % dans une première phase de rattrapage. M. Cyr pose le problème dans son ensemble: «On est actuellement en négociation. Notre poids objectif dans l'université demeure toujours aussi important; il en va de même de notre contribution au moment où se déroule un renouvellement majeur du corps enseignant. On cogne à la porte des employeurs et on leur dit maintenant qu'il est temps de donner un deuxième bon coup de collier pour mettre fin aux iniquités.» Actuellement une charge de cours est rémunérée au taux de 6000 $, ce qui comprend la préparation, la prestation, l'encadrement et la correction. Les demandes syndicales se situent autour de 8000 $ alors que la partie patronale offre à ce jour 4,5 % d'augmentation pour la première année, ce à quoi elle joint les paramètres à venir et à établir selon les résultats de la négociation dans le secteur public pour les autres années.

Il déplore en outre en ces termes la situation des chargés de cours structurels qui sont des professionnels à plein temps de l'enseignement: «Bon nombre d'entre eux doivent se partager entre plusieurs universités et vivre durant certaines périodes sous le régime de l'assurance emploi pour joindre les deux bouts.» Il précise de plus que la Fédération s'est rendu compte en fouillant le dossier que le phénomène de la précarisation a pris de l'ampleur, notamment un peu partout dans les universités américaines et de l'Europe de l'Ouest: «C'est vraiment une réponse syndicale la plus concertée possible qu'on essaie d'apporter face à ce phénomène de précarisation.»
 
 
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