Syndicalisme au collégial - Après la refonte, le forum
«Il faut se pencher sur la question d'un enseignement de qualité sur l'ensemble du territoire»
Photo : Jacques Nadeau
Les trois syndicats d’enseignants du niveau collégial voient venir avec appréhension le forum sur l’avenir des cégeps.
Au programme: un forum sur l'avenir des cégeps et des négociations dans le secteur public. Et ce n'est pas tout. Quel est le projet universitaire face au secteur de l'enseignement collégial? Qu'en est-il de l'idée de voir les commissions scolaires étendre la durée du secondaire? Et le gouvernement dans tout ça? Les syndicats du niveau collégial expriment leurs inquiétudes.
Trois syndicats sont présents sur le terrain collégial. Ils vivront sous peu un forum sur l'avenir des cégeps et des négociations dans le secteur public. D'entrée de jeu, ceux-ci s'entendent pour rejeter carrément la proposition de la Fédération des commissions scolaires de chambouler les structures du système d'éducation au détriment des cégeps. Ils envisagent tous les trois avec une certaine appréhension la tenue d'un débat public sur l'avenir du collégial orchestré par le ministère.
Réginald Sorel, président de la Fédération des enseignants de cégep de la CSQ, nage dans l'incertitude face à la position gouvernementale: «Un des problèmes que nous avons en ce moment, c'est que nous avons peu d'information quant à la forme du forum, quant aux questions qui seront soulevées. Le ministre a annoncé celui-ci mais on n'en connaît même pas encore la date de façon précise. Quel est l'ordre du jour de cet événement? Quels sont les sujets qui nous seront proposés? Tout cela reste à venir et, en soi, c'est inquiétant.»
Nonobstant cette zone d'incertitude, le président prend position en ce qui concerne certains dossiers. La remise en question du réseau collégial l'interpelle: «On a bien hâte de voir ce que les universités vont dire. On manifeste des appréhensions par rapport aux visées des universités sur le préuniversitaire.» Il se pose quelques questions à ce propos tout en se montrant ouvert à des changements: «Par exemple, on sait que, par rapport à la formation technique, il y a peut-être des ajustements à apporter; il en va peut-être de même au niveau du contenu, de la durée des programmes et de la formation générale. Dans tout cela, j'insiste sur le "peut-être".» La Fédération est prête à s'engager dans ce genre de débat.
D'autres sujets préoccupent M. Sorel, comme le financement et la façon de le faire, ainsi que la décentralisation. Il pose des hypothèses inspirées de ces courants majeurs dans le réseau collégial mais, au bout du compte, ne peut que répondre: «Est-ce que ces sujets seront là? Sous quelle forme on va discuter de cela? Il y a là tout un menu et on suppose que celui-ci va comprendre tous ces éléments, mais personne ne nous l'a confirmé encore.»
Les points majeurs de la négociation
Selon le président, tout indique que le gouvernement déposera ses offres sectorielles autour de la fin janvier ou de la mi-février dans le cadre des négociations dans le secteur public. Pour la table centrale, aucune date n'a été avancée mais certains signaux laissent présager que le gouvernement est également disposé à se lancer dans cette ronde de négociation.
Dans le secteur de la formation continue, la Fédération axera ses demandes sur les salaires, la précarité d'emploi et la reconnaissance professionnelle: «On vise à fournir à ces professeurs des conditions de travail semblables ou même pareilles à celles des enseignants du régulier.» Dans ce cas, le manque d'effectifs sera à l'ordre du jour; les professeurs faisant face à une charge de travail accrue, en sciences humaines notamment, en raison des classes surpeuplées.
La FNEEQ s'inquiète aussi
La Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) couvre un large pan du collégial par sa présence dans 35 cégeps. Son président Pierre Patry exprime lui aussi des réserves à propos du forum prévu par le ministère: «On l'appréhende avec beaucoup d'inquiétude. On ne l'a pas réclamé. Au niveau collégial, on ne peut faire abstraction de la sortie de la Fédération des commissions scolaires; on craint beaucoup que le forum soit le prétexte pour réviser de fond en comble le collégial alors que c'est un niveau d'enseignement qui a vécu une réforme majeure au milieu des années 1990. On veut plutôt profiter d'un peu de temps pour souffler et pour appliquer correctement cette réforme.»
En tout premier lieu, il souhaite que le sujet du financement soit abordé lors de ce forum en raison des compressions de 250 millions de dollars dont le réseau a souffert du milieu à la fin des années 1990, ce qui représente environ le quart du budget des cégeps. Malgré le Sommet de la jeunesse de 2000, qui lui a rapporté 60 millions, le secteur collégial demeure largement en déficit: «De plus, le dernier budget de juin du ministre Séguin a coupé un nouveau 30 millions dans le réseau. Il est donc clair que la priorité des priorités pour nous, c'est le financement», assure le président.
Il retient la présence des cégeps en région à titre de deuxième problématique à débattre: «Il y a de moins en moins de jeunes au secondaire et il en arrive en moindre quantité au collégial. Il faut lier la question des cégeps en région avec l'accessibilité aux études supérieures. Compte tenu du faible nombre d'étudiants et du fait que les régions se dépeuplent, on se retrouve avec beaucoup de programmes en difficulté dans ces endroits, en même temps que le mode de financement est peu adapté à ce genre de situation.» En troisième lieu, la Fédération prône l'harmonisation entre les divers ordres d'enseignement.
En termes de négociation, il considère que la balle est maintenant dans le camp du gouvernement à la suite du dépôt des demandes sectorielles de la FNEEQ en février 2003 et de la présentation des revendications de la table centrale en décembre dernier. La Fédération réclame un accroissement des ressources en enseignement. La précarité des emplois figure au nombre des sujets prioritaires, plus particulièrement dans le domaine de l'éducation des adultes: «Au régulier, la précarité représente 40 % des emplois et ce chiffre grimpe pratiquement à 100 % du côté de la formation continue. Le renouvellement du personnel enseignant et l'intégration du personnel font aussi partie de la liste des priorités.»
La FAC et la consolidation
Président de la Fédération autonome du collégial, Alain Dion envisage de la sorte le forum sur le collégial: «J'espère qu'il va nous servir pour réaffirmer l'importance du réseau collégial et des orientations qu'on s'est données au fil des ans, entre autres sur la cohabitation entre la formation pré-universitaire et technique. Ce devrait être aussi l'occasion pour réaffirmer le caractère d'enseignement supérieur des cégeps. On le voit dans une perspective où il nous sera possible de faire valoir à nouveau nos grands principes.»
La notion du financement revêt également un caractère de première importance pour la FAC: «Il faut se pencher sur la question d'un enseignement de qualité sur l'ensemble du territoire. On a souvent parlé des collèges comme des moteurs de développement économique, culturel et social; je crois que ce sont des éléments auxquels nous allons consacrer beaucoup d'énergie dans nos représentations.»
La Fédération défend le principe d'une formation générale qui soit commune à tout le monde: «Pour nous, c'est un point crucial dans nos pourparlers. Il faut remettre ce type de formation de l'avant, la valoriser et la consolider, parce qu'elle favorise le développement global du citoyen au-delà de la stricte formation du technicien.» Elle constitue une formation globale et universelle.
Le report de la négociation
La Fédération a été l'un des rares syndicats qui a refusé en 2002 le report de la convention collective pour un an et ses membres se retrouvent sans contrat de travail depuis décembre 2002, au moment où elle a complété le dépôt de ses demandes: «Le gouvernement est donc particulièrement en retard dans notre cas», laisse savoir Alain Dion.
Il s'inquiète des délais pressentis dans le cadre de la refonte des accréditations dans le milieu de la santé. La FAC a décidé de procéder de la sorte: «On a entrepris des démarches juridiques contre le gouvernement pour obtenir un dépôt patronal et une négociation sérieuse.» Au chapitre des revendications, la Fédération souhaite recentrer la tâche des professeurs sur l'enseignement et l'encadrement des étudiants. Elle formule également des demandes importantes en matière de financement. Enfin, la précarité représente aussi un enjeu de taille pour ce regroupement syndical collégial.
Trois syndicats sont présents sur le terrain collégial. Ils vivront sous peu un forum sur l'avenir des cégeps et des négociations dans le secteur public. D'entrée de jeu, ceux-ci s'entendent pour rejeter carrément la proposition de la Fédération des commissions scolaires de chambouler les structures du système d'éducation au détriment des cégeps. Ils envisagent tous les trois avec une certaine appréhension la tenue d'un débat public sur l'avenir du collégial orchestré par le ministère.
Réginald Sorel, président de la Fédération des enseignants de cégep de la CSQ, nage dans l'incertitude face à la position gouvernementale: «Un des problèmes que nous avons en ce moment, c'est que nous avons peu d'information quant à la forme du forum, quant aux questions qui seront soulevées. Le ministre a annoncé celui-ci mais on n'en connaît même pas encore la date de façon précise. Quel est l'ordre du jour de cet événement? Quels sont les sujets qui nous seront proposés? Tout cela reste à venir et, en soi, c'est inquiétant.»
Nonobstant cette zone d'incertitude, le président prend position en ce qui concerne certains dossiers. La remise en question du réseau collégial l'interpelle: «On a bien hâte de voir ce que les universités vont dire. On manifeste des appréhensions par rapport aux visées des universités sur le préuniversitaire.» Il se pose quelques questions à ce propos tout en se montrant ouvert à des changements: «Par exemple, on sait que, par rapport à la formation technique, il y a peut-être des ajustements à apporter; il en va peut-être de même au niveau du contenu, de la durée des programmes et de la formation générale. Dans tout cela, j'insiste sur le "peut-être".» La Fédération est prête à s'engager dans ce genre de débat.
D'autres sujets préoccupent M. Sorel, comme le financement et la façon de le faire, ainsi que la décentralisation. Il pose des hypothèses inspirées de ces courants majeurs dans le réseau collégial mais, au bout du compte, ne peut que répondre: «Est-ce que ces sujets seront là? Sous quelle forme on va discuter de cela? Il y a là tout un menu et on suppose que celui-ci va comprendre tous ces éléments, mais personne ne nous l'a confirmé encore.»
Les points majeurs de la négociation
Selon le président, tout indique que le gouvernement déposera ses offres sectorielles autour de la fin janvier ou de la mi-février dans le cadre des négociations dans le secteur public. Pour la table centrale, aucune date n'a été avancée mais certains signaux laissent présager que le gouvernement est également disposé à se lancer dans cette ronde de négociation.
Dans le secteur de la formation continue, la Fédération axera ses demandes sur les salaires, la précarité d'emploi et la reconnaissance professionnelle: «On vise à fournir à ces professeurs des conditions de travail semblables ou même pareilles à celles des enseignants du régulier.» Dans ce cas, le manque d'effectifs sera à l'ordre du jour; les professeurs faisant face à une charge de travail accrue, en sciences humaines notamment, en raison des classes surpeuplées.
La FNEEQ s'inquiète aussi
La Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) couvre un large pan du collégial par sa présence dans 35 cégeps. Son président Pierre Patry exprime lui aussi des réserves à propos du forum prévu par le ministère: «On l'appréhende avec beaucoup d'inquiétude. On ne l'a pas réclamé. Au niveau collégial, on ne peut faire abstraction de la sortie de la Fédération des commissions scolaires; on craint beaucoup que le forum soit le prétexte pour réviser de fond en comble le collégial alors que c'est un niveau d'enseignement qui a vécu une réforme majeure au milieu des années 1990. On veut plutôt profiter d'un peu de temps pour souffler et pour appliquer correctement cette réforme.»
En tout premier lieu, il souhaite que le sujet du financement soit abordé lors de ce forum en raison des compressions de 250 millions de dollars dont le réseau a souffert du milieu à la fin des années 1990, ce qui représente environ le quart du budget des cégeps. Malgré le Sommet de la jeunesse de 2000, qui lui a rapporté 60 millions, le secteur collégial demeure largement en déficit: «De plus, le dernier budget de juin du ministre Séguin a coupé un nouveau 30 millions dans le réseau. Il est donc clair que la priorité des priorités pour nous, c'est le financement», assure le président.
Il retient la présence des cégeps en région à titre de deuxième problématique à débattre: «Il y a de moins en moins de jeunes au secondaire et il en arrive en moindre quantité au collégial. Il faut lier la question des cégeps en région avec l'accessibilité aux études supérieures. Compte tenu du faible nombre d'étudiants et du fait que les régions se dépeuplent, on se retrouve avec beaucoup de programmes en difficulté dans ces endroits, en même temps que le mode de financement est peu adapté à ce genre de situation.» En troisième lieu, la Fédération prône l'harmonisation entre les divers ordres d'enseignement.
En termes de négociation, il considère que la balle est maintenant dans le camp du gouvernement à la suite du dépôt des demandes sectorielles de la FNEEQ en février 2003 et de la présentation des revendications de la table centrale en décembre dernier. La Fédération réclame un accroissement des ressources en enseignement. La précarité des emplois figure au nombre des sujets prioritaires, plus particulièrement dans le domaine de l'éducation des adultes: «Au régulier, la précarité représente 40 % des emplois et ce chiffre grimpe pratiquement à 100 % du côté de la formation continue. Le renouvellement du personnel enseignant et l'intégration du personnel font aussi partie de la liste des priorités.»
La FAC et la consolidation
Président de la Fédération autonome du collégial, Alain Dion envisage de la sorte le forum sur le collégial: «J'espère qu'il va nous servir pour réaffirmer l'importance du réseau collégial et des orientations qu'on s'est données au fil des ans, entre autres sur la cohabitation entre la formation pré-universitaire et technique. Ce devrait être aussi l'occasion pour réaffirmer le caractère d'enseignement supérieur des cégeps. On le voit dans une perspective où il nous sera possible de faire valoir à nouveau nos grands principes.»
La notion du financement revêt également un caractère de première importance pour la FAC: «Il faut se pencher sur la question d'un enseignement de qualité sur l'ensemble du territoire. On a souvent parlé des collèges comme des moteurs de développement économique, culturel et social; je crois que ce sont des éléments auxquels nous allons consacrer beaucoup d'énergie dans nos représentations.»
La Fédération défend le principe d'une formation générale qui soit commune à tout le monde: «Pour nous, c'est un point crucial dans nos pourparlers. Il faut remettre ce type de formation de l'avant, la valoriser et la consolider, parce qu'elle favorise le développement global du citoyen au-delà de la stricte formation du technicien.» Elle constitue une formation globale et universelle.
Le report de la négociation
La Fédération a été l'un des rares syndicats qui a refusé en 2002 le report de la convention collective pour un an et ses membres se retrouvent sans contrat de travail depuis décembre 2002, au moment où elle a complété le dépôt de ses demandes: «Le gouvernement est donc particulièrement en retard dans notre cas», laisse savoir Alain Dion.
Il s'inquiète des délais pressentis dans le cadre de la refonte des accréditations dans le milieu de la santé. La FAC a décidé de procéder de la sorte: «On a entrepris des démarches juridiques contre le gouvernement pour obtenir un dépôt patronal et une négociation sérieuse.» Au chapitre des revendications, la Fédération souhaite recentrer la tâche des professeurs sur l'enseignement et l'encadrement des étudiants. Elle formule également des demandes importantes en matière de financement. Enfin, la précarité représente aussi un enjeu de taille pour ce regroupement syndical collégial.
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