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    Centennial academy / école Félix-Antoine

    Un enseignement sur mesure

    10 octobre 2015 | Laurie Vanhoorne - Collaboratrice | Éducation
    Chez Centennial, neuf élèves sur dix sont aux prises avec un trouble du déficit de l’attention, l’autisme, la dyslexie ou encore la dyscalculie, des diagnostics qui se traduisent souvent par un manque d’organisation, de structure et de méthode de travail.
    Photo: Courtoisie Centennial Academy Chez Centennial, neuf élèves sur dix sont aux prises avec un trouble du déficit de l’attention, l’autisme, la dyslexie ou encore la dyscalculie, des diagnostics qui se traduisent souvent par un manque d’organisation, de structure et de méthode de travail.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Devant l’explosion des diagnostics de troubles d’apprentissage, un enseignement adapté s’impose de plus en plus comme la voie à suivre. Encore peu nombreuses, les écoles qui ont sauté le pas démontrent tout l’intérêt de varier les formations.

     

    « De plus en plus d’élèves ont des besoins qui ne sont pas comblés dans un système scolaire traditionnel, qu’ils aient eu un diagnostic de trouble d’apprentissage ou pas, note Angela Burgos, directrice de Centennial Academy. Ils ont accès à une panoplie d’informations, et ils ont besoin de l’école pour les aider à structurer, analyser et comprendre cette masse d’informations. »

     

    Chez Centennial, neuf élèves sur dix sont aux prises avec un trouble du déficit de l’attention, l’autisme, la dyslexie ou encore la dyscalculie, des diagnostics qui se traduisent souvent par un manque d’organisation, de structure et de méthode de travail. Ils sont pourtant plus de 95 % à obtenir leur diplôme d’études secondaires au bout de cinq ans. Derrière ce succès, la conception universelle de l’apprentissage (CUA), que l’établissement est le seul au Québec à avoir adoptée.

     

    L’approche consiste grosso modo à offrir un cadre d’apprentissage bienveillant, exempt d’obstacles et qui favorise l’autonomie. Cela implique une conception de l’enseignement quelque peu différente de celle à laquelle on est habitués. « L’enseignant devient un coach qui se concentre sur l’élève plutôt qu’un transmetteur de connaissances, explique Mme Burgos. On veut que les élèves sachent qu’ils peuvent demander de l’aide, qu’ils ne seront pas jugés. »

     

    Les élèves ne changent jamais de salle de classe ; ce sont les professeurs qui le font. De la 1re jusqu’à la 5e secondaire, leur matériel scolaire respecte un code de couleurs : un cartable noir pour les mathématiques, orange pour les cours d’art. Davantage que les notes, ce sont les compétences qui sont valorisées. L’horaire des cours est réparti de façon à ce que chaque journée de la semaine se déroule toujours de la même manière. Une portion de l’horaire quotidien est consacrée aux devoirs, si bien que les élèves peuvent s’attaquer aux travaux les plus complexes à l’école et garder les tâches les plus simples pour la maison.

     

    Cet ensemble de mesures et beaucoup d’autres s’inscrivent dans une routine bien ficelée qui permet de réduire le stress des étudiants. « La routine et la prévisibilité sont la clé pour un environnement propice à l’apprentissage des élèves », avance Mme Burgos. Pour les enseignants, le défi devient de s’assurer que les méthodes employées répondent toujours aux besoins de leurs étudiants ; ils collectent en ce sens des données tous les jours et s’ajustent en conséquence.

     

    Pour Mme Burgos, l’efficacité du modèle en vigueur dans son école ne fait aucun doute. Elle estime qu’il serait non seulement faisable, mais aussi souhaitable d’appliquer la conception universelle de l’apprentissage à l’ensemble du réseau scolaire. « Si ces méthodes sont bonnes pour les apprenants avec des difficultés, imaginez l’impact positif qu’elles auraient sur les jeunes qui n’ont pas de barrières à l’apprentissage ! Plusieurs États américains, provinces canadiennes et universités du Québec reconnaissent que la CUA est la voie à suivre. »

     

    Ranger les cahiers d’exercices

     

    Située dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, l’école Félix-Antoine accueille une quarantaine d’élèves, âgés de 18 à 58 ans. Contrairement aux écoles des adultes traditionnelles, où les élèves travaillent surtout avec des cahiers d’exercices, l’établissement ouvert depuis bientôt vingt ans prodigue un enseignement magistral. Mais ce qu’il offre de plus précieux, c’est la souplesse, un élément essentiel dans l’itinéraire qui doit mener ceux qui le fréquentent à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

     

    La majorité d’entre eux ont abandonné l’école. Certains sont passés par une formation professionnelle. À leur parcours souvent atypique viennent parfois s’ajouter des difficultés d’apprentissage ou de langue.

     

    Pour ces élèves, qui vivent souvent en situation de précarité, le simple fait d’arriver à l’école représente une victoire quotidienne. « Il est difficile pour eux de refuser des heures de travail, explique Denyse Mayano, directrice de l’établissement. Certains sont travailleurs saisonniers, il y en a également qui sont aidants naturels auprès de leurs proches. Malgré toute leur bonne volonté, plusieurs d’entre eux doivent à l’occasion s’absenter. C’est entre autres à ce niveau-là que ça coince dans le système traditionnel. On s’est dotés d’une structure qui peut absorber ce genre de situation, qui est à la fois professionnelle et souple. »

     

    Parmi la trentaine de bénévoles qui permet à l’école d’exister, on retrouve de jeunes retraités, des travailleurs qui viennent donner de leur temps. Ils sont enseignants, intervenants psychosociaux, orthopédagogues. Et si l’offre n’a pas toujours été coordonnée à la demande, Mme Mayano se considère aujourd’hui comme gâtée : du français aux mathématiques en passant par la géographie, tout le spectre des matières est couvert par son équipe. Des coachs de vie personnelle et professionnelle font également profiter les élèves de leur expertise, notamment dans la création de leur CV. D’autres bénévoles se relaient en cuisine, où des repas sont préparés tous les jours grâce à des dons de Moisson Montréal.

     

    Assurer la survie de cette école qui ne reçoit aucune subvention gouvernementale demeure cependant un défi au quotidien. « J’ai de quoi poursuivre mes activités jusqu’en novembre, mais après ça, rien n’est acquis, confie Mme Mayano. Je dois constamment trouver des sous. » Une situation qui ne saurait toutefois la détourner de son objectif premier. « Notre but, c’est d’outiller nos élèves pour qu’ils soient capables de se prendre en main et de réussir non seulement ici, mais aussi ailleurs. Notre critère, c’est le diplôme suivant. »













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