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    Éthique et culture religieuse

    Des enseignants peu consultés et mal préparés

    14 septembre 2015 |Philippe Orfali | Éducation

    Trop peu formés, trop mal outillés : les enseignants chargés du cours d’Éthique et de culture religieuse se sentent toujours mal préparés et encadrés pour transmettre cette matière à leurs élèves, près de sept ans après son implantation dans la controverse, révèlent les résultats d’une étude obtenue par Le Devoir.

     

    Ex-enseignante et doctorante en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, la chercheuse Anne-Marie Duclos consacre sa thèse à la réception du programme Éthique et culture religieuse (ECR) chez les enseignants du primaire de la région montréalaise. Son analyse porte sur l’implantation et la mise en oeuvre de ce cours en contexte de controverse, en 2008. La publication imminente de ces recherches coïncide avec la mise sur pied d’une autre matière controversée, cette année : le nouveau programme d’éducation sexuelle.

     

    Parmi les enseignants du primaire ayant obtenu leur baccalauréat en enseignement avant l’implantation du cours d’ECR, c’est-à-dire la majorité des enseignants du Québec, près de 60 % ont reconnu n’avoir reçu aucune formation pour transmettre la matière à leurs élèves, tandis que 17 % avaient reçu cinq heures de formation, et 25 % plus de six heures. Des données qui étonnent Mme Duclos.

     

    « Six heures pour enseigner toutes les grandes religions et philosophies du monde, ce n’est pas beaucoup, lance-t-elle avec une pointe d’ironie dans la voix. Même si la formation à elle seule n’est pas garante de la réussite ou de l’échec du programme, on peut se demander si cela est suffisant. »

     

    Dans bien des cas, la formation liée au programme d’ECR était offerte lors des journées pédagogiques prévues au calendrier scolaire, précise-t-elle, ajoutant que plusieurs facteurs peuvent expliquer que des enseignants n'aient pas reçu cette formation, notamment la courte période pendant laquelle celle-ci fut offerte.

     

    « À l’époque, il fallait former 23 000 enseignants du primaire, et 2400 spécialistes au secondaire. Ça fait beaucoup de monde, d’autant plus que le gouvernement a coupé le financement de la formation ECR dès 2009 », dit-elle. Cette annulation aussi rapide, qui n’était pas prévue à l’origine, a pu contribuer au faible taux de certification pour l’enseignement d’ECR.

     

    Le sondage mené auprès de 114 enseignants du primaire d’une commission scolaire francophone de Montréal chargés de donner le cours d’Éthique et de culture religieuse montre aussi que la plupart d’entre eux n’ont pas été consultés, ni dans l’implantation ni dans la mise en oeuvre du programme d’ECR. Ils n’ont été que 3 % à juger avoir été suffisamment sollicités lors de cette étape de la mise en place du programme.

     

    Implantation controversée

     

    Mis sur pied en 2008, le cours d’ECR présente un aperçu global des différents rites et religions du monde d’un point de vue « neutre et objectif », en y apportant une perspective historique. Il encourage également l’élève à réfléchir aux questions éthiques et sociales.

     

    Enseigné dans toutes les écoles de la province, il a une optique strictement « laïque et culturelle ». La loi permet toutefois d’exempter une école privée du programme si le cours de remplacement est jugé « équivalent », ce qui est par exemple le cas au collège Loyola, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal.

     

    Plusieurs parents avaient exprimé leur mécontentement lorsque Québec avait choisi de mettre fin à l’enseignement religieux traditionnel pour le remplacer par le cours d’ECR en 2008. Les enseignants avaient pour leur part fait entendre leurs réserves sur l’élaboration du nouveau cours ainsi que sur sa méthode d’implantation.

     

    Encore aujourd’hui, une majorité d’enseignants (63 %) se demande comment améliorer le programme, même si celui-ci n’est en place que depuis quelques années, ce qui laisse Mme Duclos songeuse. « Peut-être aurait-il mieux fallu consulter les enseignants dès le départ. »

     

    « Le problème ne semble pas être la réforme elle-même, les programmes ou les enseignants, mais les contraintes avec lesquelles ils ont dû gérer leur mise en oeuvre et les contextes dans lesquels ils doivent continuer de les enseigner », ajoute-t-elle.

     

    Mme Duclos dit craindre que le gouvernement du Québec ne répète ces erreurs avec la création d’un nouveau programme d’éducation sexuelle, à l’étape du projet-pilote depuis la rentrée scolaire.

     

    Ce projet pilote se déroule depuis la rentrée dans une quinzaine d’écoles accueillant quelque 8200 élèves, et durera deux ans. Il devrait par la suite être intégré au programme de tous les élèves dès 2017.

     

    Le ministère de l’Éducation, qui encadre le projet, s’est fait avare de commentaires sur le détail des apprentissages prévus, mais le programme offrirait un certain niveau de latitude aux enseignants ou autres intervenants appelés à transmettre la matière aux élèves.













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