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    Leçons à mes enfants

    4 septembre 2015 | Céline Bellot - Mère de trois enfants dans des écoles publiques primaires et secondaires de Montréal | Éducation
    Le ministre de l'Éducation, François Blais
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Éducation, François Blais

    Mardi matin, nous sommes allés à l’école avec mes enfants plus tôt que d’habitude pour témoigner de notre attachement à l’école publique. Monsieur le Ministre de l’Éducation, vous nous avez accusés d’instrumentaliser nos enfants en les faisant participer à cette action.

     

    Pourtant, loin d’instrumentaliser mes enfants, j’ai bien au contraire le sentiment d’avoir assumé totalement mon rôle de parent, d’éducateur. Dire à ses enfants de participer à des activités qui visent à protéger leur école est pour moi, comme pour de nombreux autres parents rencontrés, une occasion de leur montrer que nous nous soucions de leur école, de la qualité de l’enseignement qu’ils reçoivent.

     

    Comme parents, nous avons la responsabilité de protéger et d’assurer la sécurité de nos enfants. Qu’il s’agisse de nous préoccuper de la sécurité routière aux alentours de l’école, des moisissures dans les murs des établissements, des effectifs des classes, de la reconnaissance de la qualité des enseignements, du soutien dans la réalisation des devoirs, de la présence de professionnels dans l’école, par nos gestes, nos actions, nos discours, comme parents, nous disons à nos enfants que nous avons à coeur leur réussite scolaire, que nous prenons au sérieux leur éducation et la qualité du milieu de vie dans lequel ils passent de nombreuses heures.

     

    Vous pouvez avoir fait d’autres choix comme père et je le respecte, mais laissons-nous, s’il vous plaît, le droit de choisir, comme parents, la manière dont nous souhaitons incarner la transmission de la valeur de l’éducation à nos enfants. Il y a quelques années, une enseignante avec sa classe de 3e année avait participé dans une émission d’Enjeux à une « leçon de discrimination ». Allez voir l’émission, vous verrez comment des enfants peuvent comprendre, appréhender les questions d’injustices.

     

    Eh bien, mardi matin, j’ai aussi donné une leçon de justice sociale à mes enfants en participant à cette chaîne humaine. Et oui, c’était une occasion de leur dire et de leur expliquer comment l’école publique devait assurer une égalité des chances pour tous. Que pour réaliser cette justice sociale dans la promotion de la réussite scolaire de TOUS les élèves, il faut des moyens, des ressources humaines, des locaux. Depuis la rentrée, j’entends seulement des récits de parents qui témoignent ici de la suppression du poste d’une psychoéducatrice, là d’un orthopédagogue, de bibliothécaires. Ailleurs, ce sont les effectifs qui se sont accrus malgré les difficultés des élèves accueillis. Et chaque fois, ce sont les élèves les plus vulnérables de notre société qui vont subir ces coupes, renforçant toujours un peu plus les injustices qu’ils vivent.

     

    C’est vrai qu’aujourd’hui, on ne voit que les conditions réduites pour assurer une éducation de qualité pour TOUS les élèves, les effets se verront plus tard. L’austérité est comme un virus qui s’infiltre petit à petit dans nos institutions, virus qui deviendra une maladie dans quelques années quand il sera trop tard pour agir. C’est avec cette comparaison que vous pouvez considérer comme boiteuse que j’ai expliqué à ma fille pourquoi nous allions nous réveiller plus tôt mardi matin. Et je lui ai rappelé que lorsqu’on veut une société juste et bonne pour tous, il faut combattre cette maladie, car si elle vit peut être dans des conditions privilégiées, tous ses amis ont le droit à la même réussite qu’elle, et pour cela, il faut que son école puisse avoir tout ce dont elle a besoin pour accompagner tout le monde vers la réussite. Je crois qu’elle a compris ma leçon. Elle s’est quand même interrogée sur un paradoxe. Maman, pourquoi, le « chef de l’éducation », lui, pourquoi lui, il ne trouve pas important que mon école soit bonne et juste pour tout le monde ?













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