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    Abracadabra: une porte ouverte sur la lecture

    5 septembre 2015 | André Lavoie - Collaborateur | Éducation
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Égide Royer, psychologue, professeur en adaptation scolaire à l’Université Laval et auteur de plusieurs livres sur la réussite scolaire, a déclaré qu’il est « plus facile de construire des enfants forts que de réparer des adultes brisés ». Ses propos font écho à l’engagement indéfectible de Line Laplante en faveur de l’alphabétisation des enfants d’âge scolaire, elle qui est impliquée depuis quelques années dans l’élaboration d’un logiciel à la fois ludique et pédagogique pour insuffler le goût de la lecture.

     

    Abracadabra, c’est beaucoup plus qu’un mot magique pour la directrice des cycles supérieurs et professeure de didactique des langues de l’UQAM. Cet outil Web, d’abord élaboré en anglais par des chercheurs du Centre d’études sur l’apprentissage et la performance de l’Université Concordia, possède enfin son pendant francophone grâce à Line Laplante et à son équipe, tous se préparant au lancement officiel de cette ressource gratuite le 8 septembre prochain, événement coïncidant avec la Journée internationale de l’alphabétisation.

     

    Le choix de cette date est hautement symbolique pour Line Laplante, autrefois orthopédagogue et dont l’expérience professionnelle l’a amenée à côtoyer des jeunes dont les carences en lecture les ont marqués au fer rouge. « J’ai travaillé avec des élèves âgés de 12-13 ans qui fonctionnaient avec un niveau de lecture équivalent à la première année du primaire, se souvient la professeure avec amertume. J’ai vite compris qu’il fallait des outils qui soutiennent ces élèves-là dès le début de leur apprentissage scolaire. Car ces enfants ne restent pas longtemps des enfants… »

     

    Elle n’hésite pas à remodeler à sa manière la métaphore d’Égide Royer : « Quand on essaie de construire une maison et que les fondations ne sont pas solides, tout se fissure à mesure qu’on rajoute des structures. » Dans une salle de classe, la consolidation des apprentissages nécessite plusieurs ingrédients. « Quand un enseignant présente une notion, l’explique, il est démontré que la majorité des élèves ont besoin de la mettre en pratique à de nombreuses reprises pour qu’elle soit intégrée. À cette étape, la littérature scientifique l’a clairement démontré, les premières années d’apprentissage sont fondamentales et ont un impact majeur sur toute leur scolarité. S’ils accumulent du retard pendant ces années-là, ils ne le récupèrent à peu près jamais. » Visiblement, pour nombre d’élèves sortant du secondaire sans diplôme et les 19 % de Québécois considérés comme analphabètes complets, les fissures sont nombreuses.

     

    Abracadabra ne cherchera pas à se substituer au travail des enseignants, mais bien à les soutenir, la ressource visant d’abord les élèves de maternelle, de première et de deuxième année du primaire. « C’est surtout une occasion de mettre en pratique des notions de lecture. Et l’ordinateur fournit un grand avantage : la rétroaction. L’enseignant ne peut pas être systématiquement assis à côté de tous les élèves de sa classe. Lorsque l’élève ne comprend pas certaines notions, c’est moins gênant de recevoir des explications et de reprendre l’activité seul devant son ordinateur. Et il faut aussi parler du plaisir de lire, pas juste de sa dimension utilitaire. C’est pourquoi Abracadabra combine des approches pédagogiques reconnues et efficaces avec un côté ludique. »

     

    Cette ressource s’adresse bien sûr aux enseignants et à leurs élèves, mais les parents peuvent eux aussi participer à la magie d’Abracadabra. « Plusieurs parents éprouvent un sentiment d’impuissance devant leurs enfants qui entrent à l’école », déplore Line Laplante. Car, parmi eux, on compte des adultes pour qui le parcours scolaire fut semé d’embûches, écorchant au passage leur estime personnelle et plaçant certains d’entre eux dans cette vaste catégorie des analphabètes fonctionnels. Selon la Fondation pour l’alphabétisation, 39 % des Québécois âgés de 26 à 46 ans, et donc en âge d’être parents, éprouvent de sérieuses difficultés en lecture et en écriture.

     

    Les artisans d’Abracadabra connaissent bien cette réalité, et ils en ont tenu compte dans l’élaboration de la ressource. « Le module parental s’adresse non seulement aux parents qui savent lire et qui considèrent que la lecture est importante, mais aussi aux parents qui peuvent se sentir démunis. Toutes les explications ont été bâties en tenant compte du fait qu’on ne s’adresse pas à des experts. Celui qui ne veut pas lire, qui ne se sent pas compétent, peut avoir accès à des capsules audio et vidéo. D’ailleurs, nous rêvons d’élaborer une version d’Abracadabra pour les adultes. » Lise Laplante souligne que l’éducation des adultes se retrouve parfois devant une clientèle qui pose de grands défis aux enseignants. « Certaines personnes qui intègrent ce secteur n’ont pas les compétences minimales en lecture et en écriture. »

     

    On en revient ainsi à la nécessité d’offrir, dès le plus jeune âge, les meilleures conditions d’apprentissage pour assurer à tous de bonnes chances de réussite, « une dimension importante de l’école publique, précise Line Laplante, qui doit permettre à chacun de développer son plein potentiel ». Consciente que chaque enfant n’arrive pas à la maternelle avec le même bagage intellectuel et les mêmes ressources familiales (« Les disparités commencent même avant la naissance, quand par exemple la mère se nourrit moins bien pendant la grossesse »), elle estime que ce n’est pas une raison pour abandonner les plus faibles à une période cruciale de leur développement. « Il faut que tous comprennent que la lecture, c’est d’abord une matière et un objet d’apprentissage, mais que très rapidement ça devient un outil… pour apprendre. Alors si on ne maîtrise pas cet outil, tout le reste s’effondre. »

     

    On connaît déjà l’ampleur des coûts sociaux et économiques de cette triste réalité, et ceux qui construisent des maisons savent à quel point les vices cachés peuvent causer bien des maux de tête, en plus de plomber les finances personnelles. Ça nécessitera plus qu’une baguette magique pour régler le problème, mais Line Laplante n’entend pas baisser les bras, et laisser les enseignants seuls au combat.

     

    Il est « plus facile de construire des enfants forts que de réparer des adultes brisés ».













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