Blais accuse les parents d’instrumentaliser leurs enfants

Plus de 260 écoles et près de 20 000 personnes avaient confirmé leur participation au mouvement lancé par le collectif Je protège mon école publique (JPMEP).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plus de 260 écoles et près de 20 000 personnes avaient confirmé leur participation au mouvement lancé par le collectif Je protège mon école publique (JPMEP).

François Blais ne digère pas que des enfants aient été mêlés mardi à une vague de manifestations sans précédent en faveur des écoles publiques du Québec. Tandis que le ministre de l’Éducation dénonce l’instrumentalisation d’écoliers par leurs parents, ces derniers promettent de rappliquer le mois prochain afin de forcer le gouvernement Couillard à faire marche arrière avec les compressions en éducation.

 

« Pro-té-geons ! Mon école publique ! » Ils étaient près de 20 000, mardi, à scander ces paroles à l’échelle du Québec : des milliers de parents, mais aussi d’enfants, d’enseignants et d’élus scolaires, qui se sont portés à la défense de leur maison d’enseignement, formant des chaînes humaines autour de leur école de quartier.

 

Une école québécoise sur dix a ainsi été « protégée » en guise de protestation quant aux compressions budgétaires dont le système de l’éducation fait l’objet depuis quelques années.

 

Plus de 270 écoles dans 16 des 17 régions administratives du Québec ont répondu àl’appel lancé par le collectif Je protège mon école publique (JPMEP). Les rassemblements du 1er septembre dépassaient même les prévisions optimistes des organisateurs.

 

« Cette mobilisation nationale démontre hors de tout doute l’indignation générale suscitée par les compressions du gouvernement Couillard en éducation. Le message est clair : le gouvernement doit réinvestir sans délai en éducation », a déclaré Pascale Grignon, porte-parole de JPMEP. Comme 250 autres personnes, dès 7 h, elle a formé une longue chaîne humaine le long de la rue Beaubien Est, dans le secteur Rosemont, entre les écoles primaires Rose-des-Vents (située à l’angle de la 25e Avenue) et Marie-Rollet (coin 30e), en collaboration avec les parents de l’école Saint-Jean-Vianney, située tout près. « Je suis ici par solidarité pour les parents, les enseignants et les enfants qui subissent les contrecoups de tout ça. Il y a une espèce d’insouciance des gouvernements qui me préoccupe beaucoup », a souligné Marie-Claude Trudel, mère de deux enfants, de 8 et 10 ans. « J’ai de la chance d’avoir des enfants qui vont bien, qui n’ont pas de besoins spéciaux. Mes amis avec des enfants avec des besoins particuliers mangent une solide claque. Nos enseignants sont à bout de souffle », dit-elle.

 

Les enfants d’abord

 

Au même moment, François Blais visitait lui-même un établissement de sa circonscription, où le retour en classe s’est déroulé dans le calme. Il n’a pas caché son agacement quant aux protestations ayant cours ailleurs. « Le rôle que jouent les enfants à certains endroits, ça m’inquiète, a-t-il dit. Les enfants ne devraient pas être mêlés à la politique. […] Ce qui me déçoit, c’est l’utilisation des enfants pour tirer des slogans qu’ils ne comprennent pas, pour reproduire des demi-vérités qu’ils ne peuvent comprendre. »

 

Pascale Grignon se dit estomaquée et rappelle que ce sont d’abord les enfants qui sont visés par les changements découlant des compressions budgétaires imposées aux commissions scolaires par Québec. « Les enfants étaient contents de voir que leurs parents font tout ce qui est en leur pouvoir pour les aider, estime-t-elle. Le mouvement dérange à Québec, et le ministre attaque là où il peut pour s’en prendre au mouvement. Mais M. Blais ne peut nier ces compressions. Il doit dire quand et comment il va agir pour [restaurer] ces services. »

 

Les manifestations du 1er septembre faisaient suite à des activités de moindre ampleur tenues à Montréal en mai et juin dernier. Pascale Grignon promet qu’il ne s’agira pas de la dernière. Les parents et tous ceux qui ont à coeur la « protection » de l’école publique ont rendez-vous de nouveau le 1er octobre.

Une autre chaîne humaine, cette fois à l’école Maisonneuve.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir
  • Daniel Le Blanc - Inscrit 1 septembre 2015 11 h 06

    Bravo!

    Bravo François, Hélène et Camille et tous les autres parents et enfants du Québec qui savent mesurer l'importance de l'école dans notre société, qui montent aux barricades du savoir et de la culture. Merci!

  • Jean-François Laferté - Abonné 1 septembre 2015 11 h 08

    Bravo!

    Ne baissons pas les bras:il faut saisir cette occasion où tous les acteurs sont au rendez-vous!
    Parents,éducateurs,personnalités,directions d'école tous pour un même idéal:une école en santé.
    Jean-François Laferté
    retraité de l'éducation
    Terrebonne

  • Richard Lupien - Abonné 1 septembre 2015 12 h 23

    Le pédagogue.

    À la radio ce midi, le ministre de l'éducation a affirmé que les enfants ne devraient pas être partie prenante aux manifestations.

    Les choix qui resteraient alors aux parents: soit faire garder leurs enfants à ce moment-là, en spécifiant aux gardiennes de fermer radio et télévision pour ne pas que les petits soient renseignés sur le mauvais comportement de leurs pro-créateurs.

    Et une fois revenus à la maison au soir, interdiction de parler du sujet à la table au souper.

    Voilà comment faire pour que les futurs citoyens deviennent tous adeptes d'un système où on ne réfléchit plus parce que l'information est bloquée des le plus jeune âge.

    Richard Lupien
    Ormstown

    • Bernard Plante - Abonné 1 septembre 2015 14 h 05

      Évidemment, il est plus difficile de demander aux policiers d'intervenir dans une horde d'enfants et de parents que dans une horde d'étudiants. Pauvre ministre. Il devra revoir sa stratégie.

    • Patrick Daganaud - Abonné 2 septembre 2015 09 h 17

      Oui, profonde récolte, Monsieur Lupien : après un ministre qui n'aimait pas les livres, nous voici pris avec un ministre de l'Éducation qui croit que les écoliers ne devraient pas penser...

      Cela dit tout de l'espace que ce gouvernement libéral octroie à la manipulation de masse.

    • Richard Bérubé - Inscrit 3 septembre 2015 06 h 57

      Bernard Plante, quel rapport entre une manifestation qui se passe dans le calme, et l'attitude des polciers lorsqu'il y a du grabuge....je pense encore une fois que votre commentaire démontre un manque total d'imagination et d'incompréhension...vous devriez retourner regarder Bobino et ses bandes dessinées c'est de votre temps....

  • Benoit Toupin - Abonné 1 septembre 2015 13 h 20

    Un ministre qui s'esquive

    La réaction du ministre qui s'inquiète de la participation des enfants n'est rien d'autre qu'une esquive pour éviter de prendre note des demandes des parents et du milieu scolaire. Les enfants ne sont pas en danger au milieu des chaines humaines en présence de leurs parents, amis et professeurs; cela me semble évident. Mais le message des manifestants est simple et le ministre n'y accorde pas de réactions acceptables. Les enfants de niveau primaire comprennent l'inquiétude de leurs parents et savent qu'ils peuvent se fier à eux; malheureusement on ne peut en dire autant du ministre...

    Si le ministre n'a pas comme priorité d'améliorer l'éducation publique et d'y investir plus, il manque à la dignité du poste de ministre de l'éducation. Il serait temps pour lui de donner un signe d'écoute et de montrer que la mission de protection et d'amélioration de l'éducation publique est plus important que son titre et sa limousine. On en arrive à penser que le geste le plus productif de sa part serait de démissionner s'il ne peut disposer de la possibilité d'investir en éducation.

    • François Masseau - Abonné 1 septembre 2015 14 h 22

      Le ministre ne trouve rien de plus original à dire, en parlant des enfants présents à la manifestation, que les inepties des radios-poubelles lors de celle de juin dernier. Où vont-ils les mettre leurs enfants ? Je ne sais pas ce que cet homme, supposément de gauche dans une autre vie, fait dans ce gouvernement conservateur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 septembre 2015 15 h 46

      « Mais le message des manifestants est simple et le ministre... »

      Sans doute, en effet, le cri du coeur lancé par beaucoup de parents est-il suffisamment « simple » pour que leurs enfants le comprennent. Pas si sûr que l'enjeu soit aussi simple. Ce qui est en cause, ce sont aussi les conditions salariales des travailleurs et travailleuses de l'enseignement. Les sommes consenties aux commissions scolaires réflètent la détermination du gouvernement de geler les salaires pour l'an prochain. Quand certains parents par ailleurs officiers syndicaux nous présentent comme une « simple » évidence que le seul maintien des services exige une augmentation budgétaire annuelle de 3% au lieu du maigre 0,2% de cette année, ils dissimulent « simplement » que ceux qui en souffriront le plus amèrement, ce sont ces travailleurs et travailleuses, au plan de la rémunération. Qu'ils trouvent cela inacceptable, ils en ont le droit. Qu'ils cherchent à obtenir la sympathie du public en support à leurs revendications de négo, soit. Mais qu'ils ameutent les familles en leur présentant des scénarios aussi vagues qu'apocalyptiques en convoquant ici et là quelques cas exemplaires... Pour les gérants d'estrade, il est bien plus facile de vouer le ministre aux gémonies que de se donner la peine d'examiner la question pas mal moins « simple » de la façon dont chacune des CS (la sienne propre, déjà...) s'est effectivement accommodée des coupes de cette année, attendu que les règles budgétaires interdisent formellement (qui sait cela?) de toucher aux ressources financières dédiées à l’aide alimentaire, à la prévention et à la lutte contre l’intimidation et la violence, à l’aide individualisée et à l’acquisition de livres de fiction et documentaires, sous peine de suspension ou d'annulation des subventions.

    • Benoit Toupin - Abonné 1 septembre 2015 18 h 54

      Tout de même étonnant que ce ministre capaple de critiquer tout le monde (aujourd'hui les parents qui ont participé aux chaines humaines de "sauvons l'école publique") soit incapable d'honorer la dignité du poste de ministre de l'éducation en se comportant en défenseur de l'école publique.

      L'école publique est le rempart pour éviter une société de laisser pour compte. Développer le potentiel de nos enfants incluant ceux qui ont des besoins particuliers est exigeant et nécessaire. La discusson franche et respectueuse est attendue de la part du ministre; ses reporches à l'égard des manifestants sont inconvenants. Nombreux sont ceux qui s'inquiètent des conséquenses des politiques d'austérité sur l'école publique; souvent, ils ont, à partir de leur vécu de parents, de bonnes raisons de craindre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 septembre 2015 06 h 43

      « Pascale Grignon se dit estomaquée et rappelle que ce sont d’abord les enfants qui sont visés par les changements découlant des compressions budgétaires »

      Que les enfants risquent de faire les frais des coupures, c'est sans doute vrai, dans une mesure qu'il faudrait pouvoir établir dans chaque CS. Qu'ils soient « d'abord visés », non.

      Les contraintes budgétaires auront aussi un effet sur les structures administratives des CS (coupures de postes cadre et leur transformation en personnel technique moins couteux, abolition de poste de support à l'implantation des TNI (leur rôle étant rempli), suppression de postes d'animateur en vie spirituelle, par exemples. Que cela plaise ou non, il semble que certaines CS déploient beaucoup d'ingéniosité à sauvegarder leur butin, quitte à provoquer elles-mêmes les scénarios catastrophe pour se gagner des appuis dans la population. Elles doivent être moins proches de la famille libérale que d'autres, faut croire... Mais toutes sont en effet « visées » par le gouvernement, qui ne s'en cache même pas.

      Mais les grands perdants - qu'ils l'admettent : il n'y a pas de honte ! -, ce sont tous ces employés de l'État sur qui la section des règles budgétaires portant sur les salaires tombe comme une tonne de briques. Ils sont directement « visés » par la volonté du gouvernement de geler les salaires pour les deux premières années de la prochaine convention.

      Alors non : les enfants ne sont pas expressément visés par un gouvernement qui mettrait volontairement à mal leurs chères écoles. Les grands peuvent bien accorder leurs flûtes réthoriques en coupant les coins un peu ronds, mais de là à créer chez les enfants un sentiment d'urgence qu'ils n'ont pas les moyens de gérer autrement qu'à se dire que papa et maman ont sûrement raison, il y a effectivement apparence de manipulation.

  • Jacques Morissette - Abonné 2 septembre 2015 04 h 50

    Deux poids, deux mesures pour le ministre Blais??

    Le gouvernement de monsieur Couillard et ses acolytes instrumentalisent les futures gérérations en disant qu'ils font ces coupures pour eux. En réalité, ils affabulent, en laissant croire cela. Ils le font surtout pour des raisons idéologiques. Le ministre Blais peut-il dénoncer les parents d'instrumentaliser leurs enfants et ne pas dénoncer leur parti Libéral, qui se sert des futures générations, pour expliquer le massacre à la scie mécanique au gouvernement et dans les services publics?