Les parents préparent leur riposte

Des parents du regroupement Je protège mon école publique, devant l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, à Montréal. À droite, la porte-parole Pascale Grignon.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des parents du regroupement Je protège mon école publique, devant l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, à Montréal. À droite, la porte-parole Pascale Grignon.

Philippe Couillard et François Blais leur racontent depuis des mois, sans broncher, que les compressions qui s’accumulent en éducation n’auront aucune répercussion sur leurs enfants, mais ils ne sont pas dupes : face à la menace qui plane sur les écoles du Québec, les parents préparent leur riposte.

C’est jour de rentrée scolaire et des milliers d’écoles accueillent leurs élèves, jeudi matin. Malgré la fébrilité des premiers jours, celle-ci s’annonce teintée d’inquiétude pour de nombreux parents dont les enfants s’apprêtent à composer, pour la première fois, avec les compressions de 350 millions de dollars imposées au réseau québécois de l’éducation au cours des derniers mois par le gouvernement Couillard.

Moins de psychoéducateurs, de conseillers pédagogiques, de psychologues, d’orthopédagogues. Plus d’élèves en difficulté dans les classes ordinaires sans reconnaissance ni soutien pour les accompagner. Des journées pédagogiques au service de garde qui coûteront nettement plus cher. Et des réductions de budget, partout. Si ces préoccupations ont été relayées sans cesse sur la place publique par les syndicats et les commissions scolaires depuis l’hiver, les parents n’ont plus l’intention de demeurer les bras croisés, jure Pascale Grignon, porte-parole du regroupement Je protège mon école publique (JPMEP).

Mobilisation du 1er septembre

Ils seront des milliers, le 1er septembre, à ériger une chaîne humaine autour de « leur » école publique, dans 15 des 17 régions administratives de la province, fruit d’une concertation sans précédent entre JPMEP et deux autres organisations citoyennes, la Coalition des parents pour l’école publique et la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers. Une manifestation d’appui toute simple au modèle éducatif québécois, menacé, selon eux, par le gouvernement Couillard.

Le tout a vu le jour devant l’école Saint-Jean-de-Brébeuf en mai dernier. Une poignée de parents souhaitait faire un coup d’éclat pour attirer l’attention sur la situation préoccupante qui prévalait dans cette école du quartier Rosemont. Quelques mois plus tard à peine, des centaines d’écoles se sont jointes au mouvement, à Montréal, mais aussi à Laval, Québec, en Outaouais, dans Launaudière, Chaudière-Appalaches, le Bas-Saint-Laurent, les Laurentides, la Montérégie et la Gaspésie-Îles-de-la Madeleine…

« C’est un ras-le-bol, un constat, une prise de conscience. On a atteint les limites extrêmes des compressions budgétaires. Le gouvernement prétend qu’il reste encore du gras à couper, mais c’est faux : on est à l’os. Chaque compression supplémentaire a un impact sur les élèves, et non pas sur des éléments administratifs », tonne Mme Grignon.

JPMEP et les deux coalitions se donnent comme objectif de mieux renseigner les parents du Québec, en toute objectivité, sur l’impact des compressions budgétaires. Les exemples sont nombreux : augmentation du nombre d’élèves par groupe à partir de la 3e année, abolition de postes de direction adjointe, diminution du soutien offert aux enseignants des classes accueillant de jeunes immigrants ne parlant pas français, surpopulation généralisée, énumère Mme Grignon.

Un front commun « historique »

Jamais, dans l’histoire récente du Québec, les parents n’ont-ils été aussi soudés autour de la cause de l’école publique, ajoute Ève Kirlin, de la Coalition des parents pour l’école publique, qui regroupe des dizaines de comités de parents. Un fait exceptionnel qui illustre toute l’urgence de la situation, selon elle.

Alors que la Fédération des comités de parents du Québec se retrouve parfois coincée entre l’arbre et l’écorce dans le présent débat sur l’avenir de l’école publique, forcée de coopérer avec le gouvernement dans d’autres dossiers, cette coalition ne doit rien à personne ni à aucune institution, souligne la porte-parole. Elle a donc toute la liberté d’agir. « La Coalition se veut un outil plus politique pour rejoindre le gouvernement, explique-t-elle. Il s’agit de mettre un visage sur chacune de ces compressions. Québec traite ça comme des colonnes de chiffres. On leur demande de voir ça pour ce que c’est : des enfants qui n’ont plus les ressources dont ils ont besoin. » Outre les chaînes humaines, la Coalition promet d’inonder de cartes postales les députés du gouvernement afin d’illustrer clairement l’effet de leurs décisions.

Brigitte Dubé, de la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers, promet elle aussi un automne chaud aux élus du gouvernement libéral. Les chaînes humaines ne sont que le début des actions menées par le front commun, explique la mère d’un enfant autiste âgé de 8 ans, aujourd’hui à la tête d’un organisme comptant près de 1000 parents et professionnels du secteur de l’éducation spécialisée. « Les enfants avec des besoins particuliers, ce sont les premiers à voir les conséquences des coupes. Ce n’est pas à moyen ou à long terme qu’on voit les effets, c’est tout de suite, maintenant, au premier jour de l’année scolaire. »

« Ces compressions-là, ces diminutions de services ont un effet sur tout, incluant notre vie familiale. On ne peut pas les laisser faire sans rien faire. »

Mobilisés pour les élèves sans papiers

Même si le Québec adhère depuis 1991 à la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies qui garantit l’accès à l’éducation gratuite pour tous, sans égard aux origines ou au statut, des centaines d’enfants n’iront pas en classe jeudi, parce que le gouvernement tarde à modifier la Loi sur l’instruction publique afin de garantir à des centaines d’enfants d’immigrants sans statut le droit à l’éducation. Pendant que les collectifs Éducation sans frontières et Solidarité sans frontières manifestaient devant la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, le ministre de l’Éducation, François Blais, reconnaissait la nécessité d’agir. « Ça nécessite une intervention législative, un outil législatif pour leur permettre de régulariser leur situation », a-t-il dit, sans offrir davantage de détails.

Frais scolaires en hausse: Québec n’est pas prêt à agir

Québec — Le gouvernement s’inquiète des hausses de facturation de toutes sortes imposées aux parents pour la rentrée par les commissions scolaires, mais n’est pas prêt à agir. Le ministre de l’Éducation, François Blais, a réagi, mercredi, aux reportages sur la rentrée qui font état de l’augmentation des frais exigés des parents. Oui, il dit être préoccupé, mais n’annonce pas de changements « pour le moment ».

En point de presse, M. Blais a fait part de ses soupçons quant aux manœuvres de certaines commissions scolaires. Mais c’est aussi la disparité entre les frais exigés d’une commission scolaire à l’autre qui inquiète le ministre, qui cherche une façon de mieux les encadrer, selon son attachée de presse, Julie White. Le ministre a demandé à ce qu’on fasse des vérifications, afin de resserrer les mailles, au besoin, selon ses mots. Cependant, il faudra plusieurs semaines pour terminer ces vérifications, et les parents ne peuvent s’attendre à un allégement des frais dans les prochains jours.

Actuellement, la Loi sur l’instruction publique est claire : l’école est gratuite jusqu’à 16 ans. Les manuels et le matériel scolaires sont gratuits. Toutefois, tout ce qui n’est pas réutilisable, comme les ouvrages et cahiers d’exercices dans lesquels l’élève écrit, n’est pas gratuit.
La Presse canadienne
4 commentaires
  • Daniel Le Blanc - Inscrit 27 août 2015 06 h 39

    32 heures

    Nous sommes payés pour 32 heures de travail, pas plus. Alors pourquoi devrions-nous travailler bénévolement de nombreuses heures supplémentaires pour la préparation du bal et la conception de l'album des finissants, les tournois de socccer, les marathons d'écriture, les galas meritas? Nous aimons enseigner et nous portons l'école à bout de bras, mais l'État néo-libéral écrase notre bonne volonté!

  • François Dugal - Inscrit 27 août 2015 09 h 24

    Ça prend un lobbyiste

    Si les parents n'ont pas de lobbyiste à leur service afin de faire des pressions "là où ça compte", leurs actions seront totalement inutiles et improductives.

  • André Côté - Abonné 27 août 2015 09 h 45

    Des comptables

    Nos dirigeants actuels ne sont pas des hommes et des femmes de vision mais des comptables idéologiques. Pour eux, quand les chiffres s'alignent, c'est que tout va pour le mieux. Les mises en garde qui fusent de toutes parts ne les atteignent pas. Les coupures drastiques en éducation et en santé c'est comme si on vous coupait un repas par jour tout en vous assurant que cela n'aura aucun impact sur votre santé.

  • Daniel Gagnon - Abonné 27 août 2015 14 h 23

    Comment soutenir notre économie sans investir dans notre jeunesse?

    Les libéraux se targuent d’économie, mais par leurs coupes aveugles, ils nous empêchent de développer nos ressources humaines!

    On ne peut pas oublier la gaffe abrupte de l'ex-ministre libéral de l'Éducation Yves Bolduc (« Nos bibliothèques sont déjà bien équipées, j’aime mieux qu’elles achètent moins de livres, il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça! »), on ne peut pas oublier cette bourde grossière, tant elle est encore révélatrice de la philosophie brutale de la politique de ce gouvernement libéral obtus et inculte.

    On ne peut pas oublier cette bêtise de l’ex-ministre, parce qu'elle était si cruelle à entendre, si dure quand on se soucie de notre avenir, si ahurissante quand on est le moindrement conscient que le futur de notre société passe par l'éducation.

    Le drame c’est qu'il n'y a pas eu de correctifs, la tragédie c’est qu’il n'y pas dans la politique abêtie du gouvernement Couillard d’ouverture ou même de regret ou de repentir.

    Non, au contraire ce gouvernement Couillard persiste dans l’abêtissement, il se complaît dans la coupe aveugle des bibliothèques, à la sinistre manière abrutie de Monsieur Harper qui jette les livres au dépotoir sans sourciller.

    On voit que le but du gouvernement Couillard est tout simplement de se consacrer tous les jours à l’abrutissement programmé de la population.

    Les libéraux s’enorgueillissent d’économie, mais par leurs coupes sauvages, ils nous empêchent de développer nos forces humaines, de faire fructifier nos talents en vue de créer une économie florissante, dynamique, écologique et égalitaire!