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    Faut-il craindre l’accès à Internet sans fil à l’école?

    22 août 2015 | Takwa Souissi - Collaboratrice | Éducation
    L’an dernier, la Direction de santé publique de Montréal s’est vu confier la mission de se pencher sur la question du danger du Wi-Fi en classe à la demande du conseil d’établissement d’une école primaire de Montréal.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’an dernier, la Direction de santé publique de Montréal s’est vu confier la mission de se pencher sur la question du danger du Wi-Fi en classe à la demande du conseil d’établissement d’une école primaire de Montréal.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    C’est désormais inéluctable : la technologie prend de plus en plus de place dans notre quotidien. À l’école, cela se traduit par la présence accrue de tableaux blancs interactifs, de tablettes obligatoires, de projecteurs intelligents, etc. Si ces avancées sont saluées par plusieurs, d’autres en redoutent les effets sur la santé, principalement à cause des craintes suscitées par les émissions de radiofréquences de type Wi-Fi.


    Depuis quelques années, on assiste à une certaine pression pour restreindre l’usage du Wi-Fi dans les établissements scolaires. En France, une toute nouvelle loi visant à encadrer l’exposition aux ondes électromagnétiques générées par les technologies sans fil a finalement été adoptée par le Parlement après plus de deux ans de tergiversations. Un des articles de la loi vise particulièrement les garderies, où il sera désormais interdit d’installer des boîtiers de Wi-Fi. Ce texte de loi est le premier en France à instituer une démarche de précaution devant les risques potentiels des radiofréquences.

     

    Plus près de chez nous, le syndicat de l’Ontario English Catholic Teachers Association réclamait il y a quelques années de mettre un frein à l’installation du sans-fil dans les quelque 1400 écoles catholiques de la province. Les enseignants souhaitaient plutôt que les ordinateurs des salles de classe soient câblés.

     

    Une solution que préconise également le Dr Paul Héroux, directeur du programme de santé au travail à la faculté de médecine de l’Université McGill et expert en effets sanitaires des ondes électromagnétiques. « On peut changer les choses de manière à limiter les effets sur la santé. Mon argument n’est pas d’arrêter l’utilisation des télécommunications, mais plutôt de se pencher sur des moyens économiques de modifier les manières de faire », dit-il.

     

    Pendant ce temps, au Québec

     

    L’an dernier, la Direction de santé publique de Montréal s’est vu confier la mission de se pencher sur la question du danger du Wi-Fi en classe à la demande du conseil d’établissement d’une école primaire de Montréal. Cette dernière prévoyant installer des bornes Wi-Fi, des parents inquiets avaient réclamé plus de clarté sur la question.

     

    Conclusion du rapport ? L’utilisation du Wi-Fi dans les écoles primaires ne constitue pas un risque pour la santé des enseignants ni celle des élèves, compte tenu des niveaux d’exposition aux radiofréquences liés à la technologie Wi-Fi et des résultats des milliers d’études scientifiques portant sur leurs effets sur la santé. « Nous ne sommes pas inquiets du tout », confirme Monique Beausoleil, toxicologue et auteure de l’étude. « Depuis les 15 dernières années, les organismes de santé mondialement reconnus considèrent qu’à l’heure actuelle on ne voit pas d’effet des radiofréquences sur la santé qui nous permettent de changer la norme », dit-elle. Elle affirme que si, à l’avenir, les études commençaient à démontrer un effet sur autre chose que la température du corps, les standards seraient modifiés. Ces standards sont basés sur le Code de sécurité 6 de Santé Canada, qui a pour but d’établir les limites d’exposition aux champs de radiofréquences.

     

    Du côté du ministère de la Santé, on soutient la même position, affirmant que celle-ci est en cohérence avec les avis émis par Santé Canada et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

     

    Reste que l’inquiétude n’est pas complètement infondée. En 2011, l’OMS a justement classé les radiofréquences comme étant des « cancérogènes possibles », ce qui a eu pour effet de semer un certain vent de panique. Monique Beausoleil tient à nuancer : « Il existe quatre catégories de substances cancérigènes déterminées par un processus très rigoureux, soit les produits probables, possibles, non classables et non cancérigènes, explique la toxicologue. Bien que la conclusion de l’OMS ait été que les radiofréquences ne causent pas le cancer, une certaine anormalité relevée chez les grands utilisateurs de téléphones cellulaires a mené à cette classification. » À noter que le café et les légumes marinés sont également classés dans cette catégorie de cancérigènes possibles…

     

    Cette banalisation de la situation ne plaît pas à tous. « Selon les études et à la lumière de mes recherches, les ondes électromagnétiques de manière générale sont clairement dangereuses. On ne va pas le sentir immédiatement, mais chroniquement les effets sont néfastes pour la santé humaine », affirme le professeur Paul Héroux. Selon lui, c’est carrément les standards des normes de sécurité qui doivent être revus en cette matière. « Les standards établis il y a plus d’un demi-siècle sont erronés et ont subi une influence plus importante de la part des ingénieurs que des physiciens… », se désole-t-il.

     

    Agir par précaution ?

     

    Quoi qu’il en soit, le gouvernement ne compte pas changer la donne de si tôt. Pour Santé Canada, rien ne justifie de mettre en place des mesures de précaution puisque les niveaux d’exposition aux ondes provenant du Wi-Fi sont généralement bien inférieurs aux limites de sécurité canadiennes et internationales. « Le principe de précaution, c’est quelque chose qu’on utilise en science au début de la recherche, quand on n’a pas suffisamment de données, ce qui n’est pas le cas pour le danger lié au Wi-Fi », souligne Monique Beausoleil. Selon elle, des lois comme celle adoptée en France relèvent donc de décisions politiques plutôt que de constats scientifiques.

     

    Cela n’empêche pas certains groupes de continuer à militer pour une transformation du modèle en place. C’est le cas de Jean Hudon, l’homme derrière la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique. D’abord mise sur pied pour protester contre la venue des compteurs intelligents d’Hydro-Québec, la coalition s’affaire désormais à partager de l’information sur différents enjeux liés aux dangers des radiofréquences électromagnétiques, y compris dans les écoles. « Il me paraît évident qu’il y a un manque de transparence sur la question au Québec et j’ai senti le besoin de combler ce vide », dit Jean Hudon.

     

    En attendant un consensus scientifique et politique, force est de constater que le sujet sème la confusion et l’inquiétude chez de nombreux parents, qui dans certains cas se sont même regroupés sur les réseaux sociaux afin de se mobiliser pour contrer l’entrée massive du Wi-Fi dans les écoles. « C’est justement la raison pour laquelle nous avons voulu nous pencher sur le sujet, puisque ça n’avait jamais été abordé au Québec. En espérant que notre recherche aura pu éclairer un peu la question ! » conclut Monique Beausoleil.













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