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    Commissions scolaires

    Le dépouillement

    Ce n’était pas une surprise que le ministre de l’Éducation François Blais réitère ce que le gouvernement libéral a énoncé de plus en plus clairement au fil des mois : à bas les élections scolaires, sus aux commissions scolaires ! Mais au profit de quoi, de qui, et de quel souci pour l’éducation ?


    La présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, ne décolérait pas vendredi, moins pour les propos tenus par le ministre de l’Éducation François Blais, qui, en plein congrès de la FCSQ, a confirmé ce que l’on savait déjà, soit que les commissions scolaires seront redessinées, que par la « désinvolture » avec laquelle il agit.

     

    Au congrès, il a refusé tout débat, n’acceptant de répondre qu’à une seule question d’un commissaire. En avril, il avait avisé Mme Bouchard que sa décision sur les élections scolaires (soit les éliminer) était prise en l’appelant tout simplement la veille de la publication d’une entrevue à ce propos. Et encore aujourd’hui, « aucun forum n’a été organisé ni même annoncé ».

     

    Pour en savoir davantage, il faut attendre un projet de loi prévu cet automne où il sera notamment question de fusions de commissions scolaires déjà annoncées dans certains coins du Québec, qui nagent depuis dans l’incertitude. Et qui parlera de taxation et de gouvernance, enjeux bien plus complexes que le gouvernement ne le laisse voir depuis que, sans en avoir parlé en campagne électorale, il s’est saisi du prétexte de la faible participation aux dernières élections scolaires pour décider de tout brasser.

     

    Mais le gouvernement comprend-il ce qu’il s’apprête à faire ? Il y a d’abord l’obstacle constitutionnel. La Charte canadienne des droits et libertés protège le droit de la minorité anglophone de gérer ses écoles, et les spécialistes du droit constitutionnel, notamment l’ancien ministre libéral Benoît Pelletier, expliquent que cela comprend le droit d’élire des commissaires. Le gouvernement libéral a beau ne pas voir les choses du même oeil, il y aura contestation. Il la résoudra comment : en faisant une distinction entre anglophones et francophones ? Oh le champ de mines politique !

     

    Autre écueil, bien terre à terre : le ministre Blais mise sur davantage de participation des parents dans ses futures-commissions-scolaires-qui-n’en-porteront-peut-être-pas-le-nom. Mais dans quel terreau les trouvera-t-il ? Les parents ne se précipitent pas aux assemblées générales de l’école de leur enfant, là où on élit qui va siéger au conseil d’établissement de ladite école avant d’envoyer l’un de ses membres au comité des parents de la commission scolaire, qui lui-même délègue des représentants au conseil des commissaires… En quoi ces parents choisis par une ultraminorité d’une école seront-ils plus représentatifs que des commissaires élus par une ultraminorité au suffrage universel ?

     

    Quant aux membres émanant de la communauté, dont parle aussi beaucoup M. Blais, seront-ils élus par un collège électoral, comme l’a déjà proposé le spécialiste de l’éducation Jean-Pierre Proulx, ou nommés, comme dit le ministre ? Il faudra nous expliquer, mais l’ombre des petits copains du parti menace…

     

    Et il y a le contexte. Outre la démocratie scolaire, le gouvernement actuel fait un lien entre le sort des commissions scolaires et l’atteinte des objectifs budgétaires qu’il leur a imposés, compressions telles qu’elles touchent les services offerts aux élèves. La présidente de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets, Brigitte Gagné, résumait très bien la situation cette semaine : « On est en train de réduire l’école à sa plus simple expression, soit un professeur devant des élèves. » Et quelques services administratifs pour les soutenir. Le fond de la question autour de l’avenir des commissions scolaires n’est-il pas ce dépouillement qui tue à petit feu tout ce qui au Québec s’appelle État ?













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