Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Le retour de la clé au cou?

    23 mai 2015 | André Lavoie - Collaborateur | Éducation
    Manifestation de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) dans les rues de Québec, le 21 mai 2015
    Photo: FPSS-CSQ Manifestation de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) dans les rues de Québec, le 21 mai 2015
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    En 2013-2014, plus de 220 000 élèves québécois fréquentaient les services de garde en milieu scolaire sur une base régulière et près de 85 000, de façon sporadique. Cette clientèle importante, diversifiée, âgée de 5 à 12 ans, passe ainsi beaucoup de temps à l’école primaire, et en dehors des heures de classe. Alors, pourquoi certains considèrent-ils encore ce service comme « une affaire à côté » ou « un parking pour enfants » ?

     

    Les temps sont durs et l’avenir ne s’annonce guère radieux pour les services de garde en milieu scolaire. C’est du moins l’analyse que font diverses intervenantes du monde syndical, préoccupées par les grands vents de l’austérité qui soufflent fort depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Philippe Couillard, affectant au passage les crédits du ministère de l’Éducation. Les nouvelles les plus récentes dévoilées vendredi dans La Presse n’ont rien pour les rassurer. On évoque d’importantes coupes de subventions selon la taille du service, oscillant entre 9 % (99 élèves et moins), 20 % (100 à 199 élèves) et jusqu’à 43 % (200 et plus).

     

    Un service de garde défavorisé

     

    Le phénomène des restrictions budgétaires n’est pas nouveau, mais les services de garde en milieu scolaire ne bénéficient pas des mêmes conditions de financement que les centres de la petite enfance (CPE) ou d’autres services offerts par les commissions scolaires, comme l’aide au devoir. Ils doivent absolument s’autofinancer, et la contribution parentale peut aller jusqu’à 60 % du coût total, contrairement à une place en CPE. À 7,30 $ par jour, et bientôt 8 $, sans compter les coupes dans les activités spéciales lors des journées pédagogiques, les parents devront puiser davantage dans leurs poches. Ou faire le choix de retirer leurs enfants.

     

    « Notre plus grande crainte, c’est le retour du phénomène des enfants laissés à la maison avec la clé au cou », se désole Johanne Plourde, présidente du Conseil national du soutien scolaire du Syndicat des employées et employés professionnels et de bureau. Selon leurs estimations, de 15 à 20 % des enfants pourraient déserter le service de garde en milieu scolaire, ce qui aurait aussi un impact important sur le travail des éducatrices puisque des groupes moins nombreux signifient moins de postes à pourvoir, elles qui sont déjà forcées de composer avec des horaires brisés en trois plages distinctes : le matin, le midi et la fin des classes jusqu’à 18 h.

     

    Ce contexte difficile constitue également un révélateur de la perception de ce service parmi tous ceux offerts à l’école primaire. « C’est encore considéré comme “une affaire à côté” », dénonce Danielle Beaulieu, présidente du secteur scolaire de la Fédération des employées et employés de services publics. Pourtant, c’est une tâche énorme que de s’occuper d’enfants de 6 à 12 ans. Les éducatrices doivent jongler entre les gamins qui ne savent pas attacher leurs souliers, les préados, les élèves handicapés, ceux en difficulté d’apprentissage ou qui ont des troubles de comportement. »

     

    Son avis est entièrement partagé par Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec. « Si les commissions scolaires et le gouvernement voient la mission des services de garde en milieu scolaire comme un parking pour enfants avant ou après les classes, on se trompe de cible. » Elle rêve que ce service soit enfin partie prenante du « projet école », car oui, « l’école se termine à 15 h, mais le service de garde est situé dans l’école. Cela devrait faire partie d’un continuum, celui du parcours pédagogique de l’élève ».


    Après l’école ?

     

    Et après 15 h, précise Danielle Beaulieu, « il n’y a pas de guérisons miraculeuses » ! Les élèves avec des besoins particuliers, qui nécessiteraient par exemple les services d’éducatrices spécialisées, ne deviennent pas tout à coup des enfants modèles au moment de jouer avec leurs camarades ou de faire leurs devoirs. D’où l’importance de valoriser l’apport des éducatrices maintenant tenues d’obtenir une attestation d’études professionnelles pour exercer le métier.

     

    N’empêche qu’« elles sont encore moins bien payées que les gardiens de zoo », s’exclame Danielle Beaulieu, qui ne comprend pas pourquoi les directions d’école ne voient pas ce service comme « une plus value ». Après tout, précise-t-elle, « quand un élève fréquente matin, midi et soir, toute l’année, le service de garde, il a reçu autant de services de l’éducatrice que de l’enseignante ». Raison de plus pour les intégrer davantage dans ce fameux « continuum » qu’évoquait Louise Chabot.

     

    La chose semble plus facile à dire qu’à faire dans le contexte actuel, celui de la rareté croissante des ressources financières. « Le seul endroit où l’on peut faire des économies, c’est sur le temps de préparation et de planification, constate Danielle Beaulieu. Pendant les journées pédagogiques, les éducatrices travaillent toute la journée, et avec tous les élèves du service. Alors, les périodes de formation continue et de collaboration avec les enseignants sont plutôt rares… »

     

    Les coupes dans les services de garde en milieu scolaire affectent principalement les femmes. « Il y a 90 % d’éducatrices dans ce secteur, précise Johanne Plourde. Elles sont les premières touchées, car c’est souvent un deuxième revenu, et parfois même le premier dans certaines familles. Les heures de travail sont d’ailleurs minimes : 10 ou 15 heures par semaine, ce n’est pas rare. Et quand arrive le mois de mai, on voit une diminution importante de la clientèle à cause du beau temps, et donc de postes. Si en plus on ajoute à ça des mesures d’austérité… »

     

    Pour Johanne Plourde, il est vraiment urgent de considérer toute l’importance du service de garde en milieu scolaire. « Disons-le : c’est un travail d’éducation et de soutien, pas juste de surveillance. » Louise Chabot partage cet avis, reconnaissant que « la qualité doit être améliorée », mais se demande « comment cela sera possible alors qu’il y a un effritement et un saccage importants des services publics ».













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.