L’expertise pédagogique menacée à la CSDM

Ces compressions auront, indirectement du moins, un impact sur les services offerts aux élèves du primaire et du secondaire.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Ces compressions auront, indirectement du moins, un impact sur les services offerts aux élèves du primaire et du secondaire.

Québec l’avait interdit, mais la Commission scolaire de Montréal (CSDM) affirme qu’elle n’a plus le choix. Pour respecter ses cibles budgétaires, elle s’apprêterait à supprimer 30 des 65 postes de conseillers pédagogiques de son réseau, a appris Le Devoir.

En tout, ce sont 49 postes de professionnels qui pourraient être abolis au cours des prochains mois à la CSDM, selon nos informations. En plus des postes de conseillers pédagogiques, des emplois de conseillers en communication ou encore d’archivistes seraient dans la mire de la commission scolaire, de plus en plus désespérée dans sa quête d’économies.

Le président du Syndicat des professionnelles et professionnels du milieu de l’éducation de Montréal (SPPMEM), Michel Mayrand, craint même que le bilan atteigne une centaine de postes de professionnels, à terme. Dans l’immédiat, c’est toutefois la situation des conseillers pédagogiques qui le préoccupe le plus. « Les conseillers pédagogiques vont être de plus en plus éloignés des écoles, alors que les besoins pour leur expertise se font de plus en plus sentir », dit-il.

À raison de deux jours par semaine, chaque école compte actuellement sur l’appui de ces spécialistes de l’éducation, dont le travail consiste à fournir outils et conseils aux enseignants du primaire et du secondaire en ce qui a trait aux différentes méthodes d’enseignement. « Déjà, deux jours, ce n’est pas beaucoup », souligne la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Hélène Bourdages. « Leur travail est important, car ils accompagnent les profs dans la [transmission] du programme. Ils soutiennent les enfants en difficulté, parce qu’ils aident à trouver les bons moyens pour leur “traduire” la matière. »

Aux yeux de Mme Bourdages, il s’agit ni plus ni moins d’une « catastrophe pédagogique », car ces compressions auront, indirectement du moins, un impact sur les services offerts aux élèves du primaire et du secondaire. Et ce, même si le gouvernement Couillard répète depuis des mois aux commissions scolaires d’économiser, mais sans que cela touche les élèves.

Elle craint par ailleurs que ce soit les directeurs d’école qui héritent des responsabilités dont s’occupent actuellement les conseillers pédagogiques. Les conseillers pédagogiques disposent d’une expertise particulière, et la réduction de leur nombre se fera sentir dans les salles de classe, déplore-t-elle. « C’est au siège social de la CSDM qu’il faut couper, pas dans nos écoles. Couper les conseillers pédagogiques, c’est tout simplement monstrueux, pour les profs, pour les élèves. »

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, confirme qu’il y aura des abolitions de postes chez les conseillers pédagogiques, mais soutient que l’organisation évalue actuellement différentes possibilités en lien avec son plan d’effectifs. « On est très inquiets, parce qu’on n’est pas sûrs que le gouvernement comprenne à quel point on est rendus à l’os. Du gras, il n’y en a plus à couper », dit-elle.

Du côté du gouvernement libéral, on soutient que la CSDM doit faire ses propres choix pour en arriver à l’équilibre budgétaire. À couteaux tirés avec Catherine Harel Bourdon, le ministre de l’Éducation, François Blais, a réitéré par l’entremise de son attachée de presse que ces compressions doivent « se faire sans affecter le service aux élèves ». Ce qui n’est tout simplement plus possible, selon la présidente de la CSDM.

Elle se demande aussi pourquoi le cabinet de M. Blais tarde à lui remettre une copie du rapport commandé par Québec à une firme de vérificateurs externes, au sujet de la situation financière de la CSDM, et dont il détiendrait copie depuis le mois de janvier.

Mme Harel Bourdon affirme avoir demandé à de multiples reprises un exemplaire du rapport. « C’est très difficile de faire un plan budgétaire et un plan d’effectifs sans avoir copie du document, sans connaître les recommandations. »

Postes abolis, emplois conservés ?

Tous détenteurs de brevets d’enseignement et ayant pour la plupart déjà enseigné au primaire, les 30 conseillers pédagogiques de la CSDM dont le poste serait aboli sont des employés permanents, et leur mise à pied n’est pas possible en vertu de leur convention collective, souligne M. Mayrand, du syndicat des professionnels. « Certains pourraient opter pour la pré-retraite. D’autres vont peut-être retourner à l’enseignement, mais c’est quelque chose qui va être très compliqué [à réaliser]. »

De plus, la CSDM songe ouvertement à éliminer de 25 à 40 postes de direction d’école dans sa quête de l’équilibre budgétaire. Une décision doit être prise lors du conseil des commissaires de mardi.

La CSDM, qui est la plus grosse commission scolaire du Québec avec un budget de près de 1 milliard de dollars, serait la seule à tenir tête au gouvernement et à refuser d’effectuer la totalité (9 millions) des compressions qui lui sont imposées. Elle a toutefois consenti l’automne dernier à dégager des économies de 5,4 millions. De cette somme, 4 millions proviendraient de la vente d’immeubles excédentaires. Québec exige un effort budgétaire de 163 millions aux 72 commissions scolaires pour l’année 2014-2015, soit 10 % de leurs budgets respectifs.

22 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 avril 2015 06 h 35

    CéTaCé !

    « Du côté du gouvernement libéral, on soutient que la CSDM doit faire ses propres choix pour en arriver à l’équilibre budgétaire. » (Philippe Orfali, Le Devoir)

    Franchement, cé quoi ce genre de réaction de « déresponsabilisation » d’origine gouvernementale qui, tout en « exigeant » des efforts de collaboration de la part de ses partenaires, leur refuse son soutien ?

    Si le Québec est gouverné ou « bâillonné » de cette façon, sans solidarité partenariale (ni populationnelle ?), il convient de réagir avec ingéniosité et rigueur, comme le fait cette Commission scolaire, sinon tout Québec risque d’opter pour de la désobéissance civile, ou de quelque chose de semblable !

    CéTaCé ! - 20 avril 2015 -

  • Robert Beauchamp - Abonné 20 avril 2015 07 h 52

    Dixit Bolduc

    «Les élèves n'ont mourront pas».

  • François Dugal - Inscrit 20 avril 2015 08 h 00

    La tradition

    La médiocrité est une tradition au MELS : ça continue, pourquoi être surpris ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 avril 2015 13 h 14

      Évidemment, si le ministère pouvait choisir ses élèves, comme dans le bon vieux temps, les résultats officiels serient bien meilleurs.

    • François Dugal - Inscrit 20 avril 2015 15 h 49

      Dans le "bon vieux temps" (mon temps), il n'y avait pas de ministre de l'éducation parce qu'il n'y avait pas de ministère de l'éducation, juste le "département de l'Instruction Publique.
      C'était le clergé catholique qui choisissait les "meilleurs élèves", monsieur Auclair.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 avril 2015 14 h 11

      C'est ce que je dis. Et c'est encore ce qui arrive dans le privé. Les écoles des commissions scolaires se retrouvent avec les restes.

  • Gilles Théberge - Abonné 20 avril 2015 08 h 02

    Qu'est-ce qu'ils veulent les lib's?

    ils veulent de bons ouvriers sur des chaînes de montage. Ils ne veulent rien d'autre ni rien de plus, par ce qu'ils ne prennent aucun moyen pour atteindre d'autres objectifs.

    Et il va s'en trouver à la pelle dans les médias sociaux pour se féliciter de voir aller le gouvernement Couillard vers une réduction radicale des institutions.

    Il y a beaucoup de lemmings au Québec.

  • Patrick Boulanger - Abonné 20 avril 2015 08 h 27

    L'effet libéral commence a se faire sentir!

    • François Dugal - Inscrit 20 avril 2015 15 h 49

      En effet, monsieur Boulanger.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 avril 2015 17 h 54

      Et il ne sent pas bon, c'est le moins qu'on puisse dire...