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    Le mouvement étudiant bat de l’aile

    L’ASSÉ appelle à la révision de sa stratégie et propose le report de la grève à l’automne

    Des chargés de cours de l’UQAM ont manifesté mardi, avant de se réunir pour adopter les orientations de négociation de leur convention collective échue.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des chargés de cours de l’UQAM ont manifesté mardi, avant de se réunir pour adopter les orientations de négociation de leur convention collective échue.

    La révolte étudiante a du plomb dans l’aile et la probabilité d’un printemps chaud est remise en question. À l’injonction réclamée lundi par l’UQAM s’ajoute maintenant un changement de cap proposé par les instances de l’ASSÉ, qui appellera ce week-end ses membres à songer à la pertinence de reporter sa grève « sociale » à l’automne prochain.

     

    Chose certaine, à quelques jours de votes prévus sur la reconduction des mandats de grève, le mouvement étudiant s’interroge et se déchire. Mardi, Camille Godbout, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), a confirmé qu’un repositionnement proposé par l’exécutif sera soumis au vote de l’assemblée générale de ses membres, représentant quelque 70 000 étudiants des cégeps et des universités.

     

    « On se demande quelle stratégie adopter pour l’avenir. Notre action ne doit pas se limiter au printemps. On veut réellement se faire entendre sur des enjeux de société importants comme l’atteinte aux services sociaux », a dit la porte-parole étudiante.

     

    Avec force diplomatie, la porte-parole de l’ASSÉ s’est refusée à parler d’une volte-face et d’un ralentissement du mouvement de protestations. Mais la proposition écrite, dévoilée par Radio-Canada, fait clairement référence à un repli rendu nécessaire par l’incertitude planant sur la reconduction des mandats de grève au sein des associations étudiantes à compter du 7 avril prochain.

     

    La proposition fait émerger au grand jour les dissensions qui divisent le milieu étudiant, certains se félicitant de ce réalignement, d’autres jugeant la stratégie de repli de l’ASSE précipitée.

     

    La proposition a notamment mis le feu aux poudres des membres de Printemps 2015, un regroupement qui réunit sous la même bannière différents comités de mobilisation étudiante qui publicisent les actions et manifestations à venir « pour lutter contre l’austérité et les hydrocarbures ».

     

    « En appelant à la fin de la grève sous prétexte de repli stratégique, l’exécutif cherche à museler une base qui tend de plus en plus à se dérober de sa mainmise », martèle la coalition, dans un billet intitulé « L’ASSÉ ne fait pas le printemps », publié sur son site Internet.

     

    En entrevue au Devoir, Fannie Poirier, membre de Printemps 2015, a soutenu que « les vraies prises de position collectives vont se faire les 4 et 5 [avril] par les membres. Les syndicats dans la santé et l’éducation se préparent à tenir des votes cette semaine, donc il est trop tôt pour dire comment vont évoluer les choses ».

     

    « Cette façon de faire n’est certainement pas représentative de la tradition de l’ASSÉ. C’est totalement prématuré », a-t-elle dénoncé.

     

    La ligne dure

     

    À l’inverse, d’autres étudiants, solidaires de l’exécutif de l’ASSÉ, saluent cet appel au recul stratégique, jugé indispensable pour s’assurer d’un appui sans équivoque de l’ensemble des groupes sociaux l’automne prochain. « Seul un front commun nous permettra d’atteindre nos objectifs. Préparons-nous à déployer l’automne prochain un mouvement de grève sans précédent qui s’adressera à chacun de nous en tant que citoyen.ne.s du Québec », affirment les signataires d’une lettre envoyée au Devoir.

     

    Après avoir proposé l’expulsion de neuf étudiants la semaine dernière, l’UQAM a pour sa part opté à nouveau pour la ligne dure lundi en présentant une demande d’injonction permanente visant à ce que « cessent les actes de perturbations illégaux » reprochés à cinq associations étudiantes, alléguant qu’il est « urgent de cesser de mettre en péril la sécurité et la santé des étudiants, professeurs, employés, administrateurs… »

     

    Sans appuyer l’injonction visant à mettre fin aux levées de cours, le ministre de l’Éducation, François Blais, s’est réjoui que l’UQAM mette ses « ressources » au service des étudiants qui veulent éviter la grève. « Je comprends qu’ils [les dirigeants de l’UQAM] essaient de trouver une solution à un problème qui devient de plus en plus lourd », a-t-il réagi mardi.

     

    Le ministre a expliqué aux journalistes qu’il s’oppose depuis 20 ans à la pratique permettant à des étudiants de bloquer la tenue de cours dans les cégeps et universités. En 22 ans de carrière à l’Université Laval, il dit avoir vu des étudiants abandonner leurs études après des grèves.

     

    « Les grands perdants des grèves étudiantes, c’est toujours les étudiants les plus faibles, ceux qui ont le plus de difficultés, ceux qui ont besoin de toutes les ressources, de tous leurs cours », a ajouté François Blais.

     

    Majorité silencieuse et radicalisation

     

    Le ministre a répété son souhait de voir la fameuse « majorité silencieuse » mettre fin au mouvement de grève. « Je ne veux pas me poser la question si la démocratie étudiante en ce moment est une véritable démocratie, mais je sais qu’elle fonctionne et que si les étudiants se lèvent et vont voter, je pense bien sûr à la majorité silencieuse, je crois qu’on va se sortir de cette spirale », a-t-il dit.

     

    La Fondation 1625, un mouvement antigrève qui avait menacé de poursuivre les cégeps et universités qui ne garantiraient pas l’accès aux cours aux étudiants en cas de perturbations, a applaudi cette prise de position.

     

    Mais la « radicalisation » de la direction de l’UQAM face au mouvement de grève a rapidement été décriée par les associations étudiantes et certains syndicats enseignants. En après-midi, le Syndicat des professeurs de l’UQAM d’ailleurs donné l’aval à deux journées de grève jeudi et vendredi, au terme d’un vote serré, à 173 voix contre 169.

     

    La présidente du Syndicat des chargés de cours de l’UQAM, Marie Blais, a pour sa part décrié ce « changement de climat » et la surveillance de ses membres par des gardiens de sécurité armés de caméra. « Des agents viennent prendre des notes à nos assemblées ! Il y a une radicalisation de la part de la direction qui pourrait jeter de l’huile sur le feu », croit-elle.

     

    « Il y a un climat de tension et de peur. L’UQAM a la mémoire courte, car l’institution est née d’un mouvement de contestation étudiant. On entend faire respecter notre droit de grève et il n’est pas question d’arrêter les levées de cours », insiste pour sa part Fannie Poirier, de Printemps 2015.

     

    Elle aussi croit que ce changement de cap pourrait attiser la colère étudiante. « Cette attitude pourrait au final renforcer la révolte. »

     

    Du côté de l’ASSÉ, la réflexion en cours ne signifie pas pour autant l’abandon du mouvement en marche. « Il y a 100 000 personnes qui sont attendues à la manifestation de jeudi, mais nous avons la volonté que ce combat ne soit pas seulement étudiant, mais une lutte sociale large et forte », assure Camille Godbout.

     

    Cette grande manifestation rassemblera les grandes centrales syndicales, la Ligue des droits et liberté, le FRAPRU, la Coalition Main rouge et plusieurs organismes communautaires.

     

    Même si son mouvement est autonome, l’ASSÉ reconnaît être déjà en discussion avec des syndicats et des groupes communautaires qui fourbissent leurs armes pour une révolte concertée plus tard cet automne contre les diverses mesures d’austérité.













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