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    La «grève sociale» débute dans l’affrontement

    La première journée de débrayage officielle a donné lieu à un choc entre policiers et manifestants, et à plusieurs arrestations à Montréal

    24 mars 2015 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    C’est à Montréal que le climat a été le plus «chaud», alors qu’une manifestation a été déclarée illégale d’emblée puisque les organisateurs n’avaient pas fourni d’itinéraire au service de police de la métropole.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’est à Montréal que le climat a été le plus «chaud», alors qu’une manifestation a été déclarée illégale d’emblée puisque les organisateurs n’avaient pas fourni d’itinéraire au service de police de la métropole.

    Relents du printemps 2012 : des affrontements entre la police et des manifestants étudiants au centre-ville de Montréal lundi ont rappelé l’atmosphère tendue qui a régné à pareille date il y a trois ans, alors que 300 000 étudiants débrayaient contre la hausse des droits de scolarité. Cette fois, ce sont 60 000 étudiants de divers campus qui ont amorcé lundi une grève sociale à plus large portée, soulevant des enjeux qui divisent toujours carrés verts et carrés rouges.

     

    Sur les divers campus, cette première journée de grève officielle s’est déroulée dans le calme, hormis à l’Université Laval, où des altercations entre des étudiants qui voulaient assister à leurs cours et d’autres qui voulaient faire respecter le mandat de grève ont nécessité l’intervention des policiers. Ceux-ci ont d’ailleurs été appelés à deux reprises sur le campus, où les étudiants semblaient profondément divisés sur le bien-fondé d’une grève. Les cours ont finalement été annulés.

     

    Mais c’est à Montréal que le climat a été le plus « chaud », alors qu’une manifestation, déclarée illégale d’emblée, car les organisateurs n’avaient pas fourni d’itinéraire, a été rapidement matée et dispersée par les policiers particulièrement nombreux. Elle s’est soldée par quelques blessés légers et 24 arrestations pour infraction à un règlement municipal et deux en vertu du Code criminel.

     

    Peu avant midi, au square Phillips au centre-ville de Montréal, des policiers se sont mêlés aux quelques centaines de manifestants qui s’étaient rassemblés, chargeant par moments la foule comme pour tester sa « réactivité ». « Ce n’est pas la première fois. On passe à l’intérieur de la foule et ça nous permet de voir si les gens ont des projectiles ou des gros bâtons », explique le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Ian Lafrenière. « On s’est fait reprocher de pénaliser tout le monde pour quelques esprits problématiques, alors on y va de façon chirurgicale. »

     

    Il reconnaît que ça n’a pas marché pour la manifestation de lundi. Le climat s’est plutôt envenimé. Le cortège s’est rapidement mis en branle avant de s’arrêter devant les bureaux de SNC-Lavalin, sur le boulevard René-Lévesque, où des échauffourées ont éclaté. Selon la police, des projectiles, un mélange de glace et de neige, ont été lancés et des individus ont tenté de s’introduire dans l’immeuble. C’est ce qui, d’après la police, aurait amené l’escouade antiémeute à faire usage de gaz lacrymogènes et à forcer les manifestants à bouger, en les repoussant de leurs boucliers et matraques.

     

    Organisée par des groupes étudiants, mais sans être chapeautée par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), cette « manif-action » a été dispersée vers 14 h, mais une vingtaine d’individus refusant de s’éloigner ont été encerclés puis arrêtés rue Clark, selon la police. Plusieurs étudiants ont jugé les tactiques de dispersion beaucoup trop violentes par rapport à la menace réelle.

     

    Deux poids deux mesures ?

     

    Julie Sarrasin, une étudiante de l’UQAM, s’est étonnée de l’ampleur de la répression et de la forte présence policière pour un si petit nombre de manifestants. « C’était exagéré comme réaction de la part des policiers », dit-elle. « Si on veut encore se mobiliser sur des questions sociales, ça va être quoi ? » Selon elle, les policiers répriment plus sévèrement les manifestations étudiantes que celles organisées par des syndicats, ce dont se défend le SPVM, disant y aller au « cas par cas ».

     

    « Dès que des gens sortent dans la rue, ça ne prend pas beaucoup de temps avant que les autorités policières décident de faire des arrestations massives et de réprimer. On va continuer de dénoncer ça », déplore pour sa part la porte-parole de l’ASSE, Camille Godbout. Elle note un manque de tolérance des policiers qui, selon elle, est le même qu’au printemps 2012. « On sent qu’ils ont gardé cette attitude-là de répression à l’égard du mouvement étudiant, comme faire usage des techniques de souricières et d’arrestation de masse. »

     

    À l’Université Laval à Québec, le climat est somme toute demeuré calme dans les pavillons où les étudiants avaient voté la grève, malgré quelques échanges verbaux musclés et des bousculades mineures. La police, qui a été appelée à intervenir sur les lieux, a davantage agi en médiateur de conflits entre carrés verts et carrés rouges et n’a procédé à aucune arrestation.

     

    L’étudiant en communication Jean-François Morasse, qui milite pour que les grèves n’empêchent pas la tenue des cours, s’est dit « déçu » de la façon dont a agi l’Université Laval. « Ils nous ont envoyé la sécurité et n’ont pas fait respecter le droit des étudiants d’avoir accès à leur salle de classe. C’est une provocation assez dure pour tous les étudiants qui veulent étudier. » Selon lui, le gouvernement a été tout aussi « frileux », ce qui n’est pas « bon signe ». « La sortie du ministre [de l’Éducation, François Blais], dans laquelle il ne faisait que des voeux pieux, montre qu’il n’a aucune intention de faire respecter les cours. Ça nous déçoit », a poursuivi M. Morasse, qui poursuit jusqu’en Cour suprême pour outrage au tribunal l’ex-leader du mouvement étudiant Gabriel Nadeau-Dubois.

     

    Comme il le faisait en 2012, il appelle les étudiants à continuer à avoir recours aux tribunaux pour faire respecter leurs droits. Selon lui, la mobilisation étudiante, cette fois contre les politiques d’austérité du gouvernement libéral, sera moins grande qu’en 2012, n’ayant pas l’appui populaire. « Mais pour les étudiants, les dommages vont être aussi grands qu’en 2012. »

     

    Pour certaines associations étudiantes, le mouvement de grève se poursuivra pour les deux prochaines semaines, assorti de diverses manifestations et activités de mobilisation. En plus d’un rassemblement ce jeudi, lors du dépôt du budget provincial, l’ASSE convie également la population à participer à une manifestation nationale le 2 avril. Mais certaines associations ayant voté la grève seulement pour quelques jours (parfois même un seul), le nombre d’étudiants en débrayage devrait varier. Environ 140 000 étudiants seront appelés à se prononcer sur la grève au cours des prochains jours.

    C’est à Montréal que le climat a été le plus «chaud», alors qu’une manifestation a été déclarée illégale d’emblée puisque les organisateurs n’avaient pas fourni d’itinéraire au service de police de la métropole. Quelques centaines de militants, des étudiants pour la plupart, ont manifesté. La police a procédé à plusieurs arrestations












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