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    Pour une politique de recherche et d’innovation durable

    Il y a quatre conditions essentielles à remplir pour une activité de recherche universitaire de calibre mondial

    16 mars 2015 | Robert Lacroix - Fellow du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) Professeur et recteur émérite de l’Université de Montréal | Éducation
    Les résultats de la recherche universitaire sont des biens publics dont la quasi-totalité du financement ne peut provenir que des gouvernements et de la philanthropie désintéressée.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les résultats de la recherche universitaire sont des biens publics dont la quasi-totalité du financement ne peut provenir que des gouvernements et de la philanthropie désintéressée.

    Depuis quelque temps, certaines décisions de nos gouvernements en matière de recherche suscitent mon inquiétude, que ce soit celles portant sur le financement des universités, sur le caractère plus orienté de la recherche universitaire ou encore sur le soutien aux organismes de culture scientifique. On se doit de rappeler à nos gouvernements qu’il existe certains grands principes essentiels à une activité de recherche universitaire de calibre mondial dans nos pays développés.

     

    En premier lieu, rappelons que, dans tous les pays industrialisés, la recherche fondamentale est d’abord et avant tout essentiellement faite à l’intérieur des universités et qu’elle est financée par les gouvernements. S’il en est ainsi, c’est tout simplement parce qu’il ne peut en être autrement. En effet, du fait que la recherche universitaire est réalisée dans un contexte de formation de la relève scientifique, ses résultats doivent être rendus publics aussitôt qu’ils sont obtenus pour être évalués par la communauté des pairs et reconnus comme un avancement réel des connaissances. En somme, les résultats de la recherche universitaire sont des biens publics dont la quasi-totalité du financement ne peut provenir que des gouvernements et de la philanthropie désintéressée. Ce n’est pas un hasard si les universités privées américaines les plus reconnues, comme Harvard, Stanford et le MIT, dépendent essentiellement, pour ce qui est du financement de la recherche fondamentale, de fonds gouvernementaux et philanthropiques. Il n’y a pas en ce domaine de substituts au financement public.

     

    Deuxièmement, si nous désirons demeurer au sein des grandes sociétés du savoir, nos grandes universités de recherche doivent être de calibre mondial. Et pour qu’elles le soient, le financement de leur fonctionnement et de leurs activités de recherche doit être conséquent. Le Québec et le Canada n’ont donc pas le choix de financer la recherche universitaire et le fonctionnement des universités où elle se réalise à la hauteur des sommes investies par les pays les plus scientifiquement avancés. Ce sont ces pays, qu’on le veuille ou non, qui décident ce qu’il en coûte pour demeurer dans le train des leaders mondiaux de la recherche. Ce billet peut coûter cher, certes. Mais en refusant de le payer, nous risquons de perdre rapidement notre place parmi les meilleurs, et ce, dans tous les domaines d’expertise. Ce recul aurait à terme des conséquences graves sur la qualité de notre relève scientifique, sur le développement et le bien-être de notre société.

     

    En troisième lieu, non seulement nos gouvernements doivent mettre à la disposition des chercheurs le financement nécessaire pour qu’ils puissent êtres performants à l’échelle internationale, mais ils doivent aussi renverser cette tendance dangereuse, dont le rythme s’amplifie ici comme ailleurs, à orienter la recherche au point de décider les projets qui sont acceptables.

     

    De plus, le fait d’exiger des objectifs très spécifiques de recherche au moment d’accorder un financement et d’imposer des délais serrés de livraison de résultats démotive nos meilleurs chercheurs et engendre une baisse considérable de leur potentiel de créativité et d’innovation. En effet, comment serait-il possible pour eux d’énumérer les principaux résultats attendus et les applications futures de leurs travaux alors que, par définition, ces derniers ont comme objectif de produire une connaissance encore inconnue ? Les chercheurs peuvent faire un certain nombre de compromis pour rendre leurs travaux plus utiles à court terme, certes. Toutefois, passé un certain stade, on parle plutôt de recherche strictement orientée, grandement appliquée et démunie de cette quête libre de la connaissance nouvelle qui est le fondement même de la recherche universitaire et le seul contexte où s’épanouissent pleinement les esprits le plus brillants et les plus innovateurs.

     

    Enfin, et ce principe est au coeur même d’une recherche universitaire de qualité, l’attribution des fonds de recherche doit se faire sur une base concurrentielle, être exclusivement le résultat d’une évaluation par les pairs (idéalement de calibre mondial) et être obligatoirement indépendante des gouvernements. Cette façon traditionnelle de faire doit demeurer et même être renforcée, afin d’empêcher le financement de recherches de moindre qualité, supposément rentables ou pertinentes et potentiellement teintées d’un certain favoritisme politique.

     

    J’en appelle donc à nos deux gouvernements pour qu’ils intègrent ces quatre principes fondamentaux dans toute nouvelle politique de recherche et d’innovation. Ces conditions sont, à mon avis, fondamentales pour que nos meilleurs chercheurs s’épanouissent pleinement, que leurs travaux demeurent au niveau de ce qui se fait de mieux ailleurs dans le monde et que la relève scientifique qu’ils forment soit de calibre mondial. Au moment où les frontières du savoir sont sans cesse repoussées, nous devons être parmi les acteurs de premier plan de cette magnifique aventure.













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