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    Persévérance scolaire

    De réussites et de doutes

    16 février 2015 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Derek ne rêve pas au cégep ni à l’université. Mais à un travail comme celui qu’il a fait auprès des jeunes issus de milieux défavorisés.
    Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir Derek ne rêve pas au cégep ni à l’université. Mais à un travail comme celui qu’il a fait auprès des jeunes issus de milieux défavorisés.
    Christine, Derek et Gabrielle sont des raccrocheurs que Le Devoir avait rencontrés l’an dernier dans le cadre des Journées de la persévérance scolaire. Que font-ils aujourd’hui ? La suite de leur parcours du combattant, fait de doutes et de réussites.
     

    Un décrocheur qui raccroche, c’est déjà bien. Mais un raccrocheur qui reste à l’école et obtient son diplôme, c’est encore mieux. Gabrielle Provost Leblanc a finalement obtenu son diplôme d’études secondaires au printemps dernier, après un retour aux études. « J’ai fini haut la main. C’était un succès », lance-t-elle avec fierté. « J’étais contente d’avoir terminé, mais quand j’ai reçu mon diplôme par la poste trois mois plus tard, je me suis dit : “Ça y est, c’est officiel. J’ai réussi”. »

     

    Aujourd’hui dans la mi-vingtaine, Gabrielle a vécu beaucoup d’instabilité avant de s’accrocher pour de bon à l’école. Avec une mère toxicomane et un père absent, la jeune femme s’est promenée de famille d’accueil en famille d’accueil toute sa jeunesse, jouant le rôle de mère avec son petit frère, jusqu’à ce qu’elle devienne elle-même mère à l’âge de 19 ans.

     

    À l’adolescence, ses problèmes de consommation l’avaient amenée à travailler de plus en plus. C’est la spirale infernale qui a fait chuter ses résultats et l’a conduite à abandonner l’école à 15 ans. « J’aurais aimé ça qu’on me dise que ce n’était pas correct ce que je faisais », raconte-t-elle.

     

    Aussitôt son diplôme en poche, elle a passé une entrevue à la Financière Banque Nationale qui l’a engagée. Elle y travaille depuis dans le secteur des transferts de comptes. « Je sens que je peux m’approprier une carrière. C’est ça qui me rend fière. C’est valorisant de pouvoir dire à mon enfant que sa maman a un bon métier et qu’elle peut subvenir à ses besoins », raconte celle qui animera le lancement des Journées de la persévérance scolaire qui commencent aujourd’hui.

     

    Et que dire du salaire, le meilleur qu’elle ait jamais reçu. Il sert à rembourser ses dettes, à la faire rouler en voiture et à payer des activités parascolaires à son fils de 6 ans. Ce dernier pourra même profiter d’une maman complètement « à jour » sur la réforme qui saura l’aider dans ses devoirs. « Même si j’ai eu mon diplôme à 24 ans, ça ne fait pas de moi une personne poche. Ça fait juste de moi quelqu’un de persévérant ».

     

    Encore là, mais…

     

    Un an plus tard, Christine Robidoux est toujours inscrite à la Technique d’intervention en loisir au Collège du Vieux-Montréal, qu’elle fait à son rythme à raison de trois cours par session. Pourtant, ce n’est pas l’envie de lâcher qui manque. « Je suis toujours en réflexion », admet-elle. Au retour des vacances de Noël, des difficultés personnelles, dont la mort de son grand-père, l’ont profondément fait douter. Son réflexe a été de vouloir non pas tout abandonner, mais changer de programme, ce qui l’aurait néanmoins forcée à recommencer à zéro. Son « intervenante pivot », qui joue un grand rôle dans sa vie, l’a fait changer d’idée. D’autant que Christine, qui avait été suspendue du cégep une session pour inconduite, avait réussi à réintégrer sa technique sans problème. « Je voulais leur prouver que j’étais capable. » Rien n’est jamais facile, admet-elle. Et une réputation la précède.

     

    Christine Robidoux est en effet une «multipoquée» de la vie. Les diagnostics ? « Je les ai tous ! », se plaît-elle à dire. TDAH cliniquement sévère, trouble de personnalité limite sévère, dyslexie sévère et dysorthographie sévère — « Ado, je lisais comme un enfant de sept ans et j’écrivais comme un enfant de 3e année » —, doublée d’un problème de mémoire de travail. Sans compter ses divers troubles de comportement, ceux presque inévitables d’une petite fille issue d’une famille dysfonctionnelle, élevée dans la violence par une mère alcoolique et toxicomane. « À 16 ans, l’école m’a mise dehors. Elle n’avait plus d’espoir », avait-elle raconté.

     

    Après huit ans d’éducation aux adultes où une enseignante de français lui a redonné confiance, elle a fait son entrée au cégep en 2010. Si tout va bien, elle empochera son diplôme en 2018. « C’est un peu ironique avec tous les problèmes d’apprentissage que je sois restée accrochée. Mais j’aime apprendre. » Avec plus de 90 % dans toutes ses matières, elle « tape des scores », dit-elle fièrement. « Il me reste à peaufiner mes relations interpersonnelles, mieux travailler en équipe ».

     

    Sa motivation, elle la puise dans les encouragements des gens qui l’entourent, mais surtout dans un espoir qui ne la quitte jamais : celui de faire mieux que sa mère qui ne sait ni lire ni écrire. « Je veux que le monde fasse la différence entre elle et moi. Parce que je suis Christine Robidoux et je veux devenir quelqu’un dans la vie. »

     

    S’accrocher malgré tout

     

    Dyslexique et un peu dans la lune, Derek Myatte ne s’est jamais senti profondément à l’aise à l’école. Ses notes n’étant pas à la hauteur, on lui propose de suivre un programme axé sur l’emploi et l’été, il travaille auprès d’enfants dans un camp de jour. Il s’accroche et ses résultats scolaires s’améliorent. Mais il rechute après le décès de sa grand-mère, qui occupait une grande place dans sa vie, et décide de laisser l’école à 16 ans pour voyager aux États-Unis. Ayant toujours en tête de retourner à l’école, il a parcouru, l’an dernier, le Vermont, New York, Washington, Miami. « J’ai fait un trip à vélo. The best time of my life », raconte cet anglophone, qui parle aussi le français.

     

    Depuis l’automne, il étudie 32 heures par semaine pour finir ses cours de maths et d’anglais et mettre la main sur son diplôme d’études secondaires. « Je sens que je suis là où je dois être », raconte le jeune homme. « Je suis surtout content de le faire maintenant, pendant que je suis encore jeune. Je m’en serais voulu de ne pas finir mon secondaire », affirme-t-il. Pour lui, le diplôme d’études secondaires contribue à élargir les horizons. « C’est comme une clé qui ouvre des portes ».

     

    Derek ne rêve pas au cégep ni à l’université. Mais à un travail comme celui qu’il a fait auprès des jeunes issus de milieux défavorisés. « Je les initie à l’agriculture biologique. Je travaille la terre avec eux. Je les vois s’émerveiller. C’est fou la passion que j’ai pour les enfants, pour leurs sourires, dit-il, rayonnant. Je me reconnais en eux, et leur enseigner ce que je sais dans ce domaine ferait de moi la personne la plus heureuse du monde ».













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