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    Commissions scolaires en région

    Entre inquiétude et résignation

    14 février 2015 | Etienne Plamondon Emond - Collaborateur | Éducation
    L’un des principaux défis des commissions scolaires en région est qu’elles doivent gérer des écoles qui sont parfois très éloignées les unes des autres.
    Photo: iStock L’un des principaux défis des commissions scolaires en région est qu’elles doivent gérer des écoles qui sont parfois très éloignées les unes des autres.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le projet de fusion mis de l’avant par Québec inquiète et préoccupe plusieurs commissions scolaires situées en région. Le Devoir a pris le pouls de certaines d’entre elles.


    Gaétan Gilbert, président de la Commission scolaire de l’Or-et-des-bois, située en Abitibi-Témiscamingue, a vécu les fusions des commissions scolaires réalisées sous le gouvernement Bouchard, en 1998. « Si on se base sur les paramètres qui ont été utilisés à ce moment-là, on peut penser que les régions auront des pertes de financement importantes, qui seront associées directement aux services offerts aux élèves », prévient-il.

     

    Le découpage présenté par Québec l’automne dernier propose de passer de cinq commissions scolaires à deux sur le vaste territoire de l’Abitibi-Témiscamingue. « On demande plutôt de former trois commissions scolaires sur le territoire de la région », déclare M. Gilbert. Le remaniement de la carte des commissions scolaires qu’envisage Québec aurait, selon lui, des effets sur les services aux élèves, les services éducatifs et la mobilisation des parents.

     

    « Ce sont des défis importants en matière d’organisation des services, précise-t-il. Pour les psychologues qui devront se promener d’une ville à l’autre dans un territoire aussi grand, par exemple, il y aura des pertes de temps et de services. »

     

    Vastes territoires

     

    Roxanne Thibault, présidente de la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean, s’inquiète aussi de l’étendue du territoire qui sera couvert par une nouvelle entité après une fusion. « On a une gouvernance de proximité avec notre personnel et avec nos élèves, indique-t-elle. Ça va être difficile à gérer, que ce soit pour les cadres ou les autres membres du personnel. La participation de nos parents à certains comités aussi. Comment les parents vont-ils pouvoir se concerter sur certains sujets et avoir une aussi grande présence dans leur participation au sein de nos organismes ? Est-ce qu’ils vont avoir la possibilité de se concerter régionalement ? Ça va être difficile. »

     

    Reste que Mme Thibault s’est résignée à une fusion avec la commission scolaire voisine, pourvu que cette dernière ne soit pas rattachée à celles du Saguenay. « Si ce sont deux commissions scolaires, une au Saguenay et une au Lac-Saint-Jean, c’est correct. J’aurais préféré ma petite commission scolaire, avec mon personnel et ma clientèle, mais on va travailler pour faire une grande commission scolaire. On est condamné à s’entendre d’une manière ou d’une autre. »

     

    Des réalités différentes

     

    Au-delà du problème posé par les distances, les réalités qu’affrontent les commissions scolaires du Lac-Saint-Jean et du Saguenay se distinguent. Il en va de même dans les différentes commissions scolaires de l’Abitibi-Témiscamingue. Certains territoires y sont davantage ruraux, alors que d’autres se concentrent autour d’une économie industrielle. Ce facteur économique change la dynamique sociale dans laquelle les écoles évoluent. « Lorsque les parents ont, pour travailler, un diplôme universitaire ou une 2e secondaire, l’éveil à l’éducation est différent et le soutien donné aux élèves dans le milieu familial n’est pas le même », explique Gaétan Gilbert.

     

    Les enjeux distincts en milieu rural se retrouvent aussi au coeur des préoccupations de la Commission scolaire de Charlevoix. Les fusions déposées sur la table l’automne dernier auraient pour effet de la rattacher à la Commission scolaire des Premières-Seigneuries. « On est une région exclusivement rurale, alors que les quatre autres commissions scolaires [du territoire de la Capitale-Nationale] sont beaucoup plus urbaines, souligne Pierre Girard, président de la Commission scolaire de Charlevoix. On fait face à des réalités fort différentes. » Par exemple, une dizaine de ces écoles primaires accueillent moins de 90 élèves. De plus, « on a neuf écoles qui sont en milieu défavorisé », affirme M. Girard, alors que le portrait est tout autre dans la région de la Capitale-Nationale, où règne le plein-emploi.

     

    Aux yeux de M. Girard, la fusion de sa commission scolaire relèverait davantage d’« une annexion ». La clientèle de la Commission scolaire de Charlevoix comprend à environ 3000 élèves, alors que la fusion prévue les intégrerait dans une commission scolaire de plus de 30 000 personnes. Le nombre des commissaires représentant la région de Charlevoix chuterait ainsi de 13 élus à un seul.

     

    Représentation des régions

     

    M. Girard craint aussi que l’addition d’une fusion de sa commission scolaire à plusieurs autres réformes, dont la diminution du financement destiné aux Centres locaux de développement (CLD), la restructuration des établissements de santé et l’abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ), ne soit « catastrophique pour Charlevoix ».

     

    Les craintes sont similaires en Abitibi-Témiscamingue. « Tout ça vient réduire de façon importante le pouvoir politique des régions par rapport aux grands centres », juge Gaétan Gilbert.

     

    « Réduire le taux de décrochage et amener le plus de jeunes possible à réussir, c’est notre grand défi, notre objectif en tant que commissions scolaires, ajoute M. Gilbert. Pour y arriver, il faut avoir les ressources nécessaires. Et, pour avoir les ressources nécessaires, il faut aussi avoir une représentation politique (auprès du ministère). Avec une réduction du nombre des commissions scolaires, la représentation de la région en prend pour son rhume. »

     

    Réussite

     

    Si les pertes de ressources engendrent des conséquences pour les services donnés aux élèves, M. Gilbert craint « des impacts importants sur le développement économique, social et culturel de la région. Si nos jeunes ne terminent pas leur 5e secondaire, ils auront un salaire moindre que celui de ceux qui ont une formation universitaire. »

     

    Car, en Abitibi-Témiscamingue, le taux de diplomation demeure préoccupant. « Quand on regarde le portrait de la réussite chez les jeunes, alerte M. Gilbert, il y a moins de diplômes et moins de jeunes qui terminent leur 5e secondaire que dans le reste du Québec. »

     

    À l’inverse, dans la Commission scolaire du Fleuve-et-des-lacs, située dans la région du Bas-Saint-Laurent, les résultats des élèves et leur réussite se comparent avantageusement à ceux du reste de la province. « Pourquoi on fusionnerait ? », s’interroge donc Guilmont Pelletier, président de cette commission scolaire, qui affiche d’ailleurs des surplus budgétaires. Plutôt que de réaliser une fusion, M. Pelletier propose de conserver la gouvernance actuelle et de conclure des ententes avec la Commission scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup sur différents aspects de la gestion ou de l’organisation des services. « C’est comme ça qu’on peut économiser un peu d’argent, et non en faisant une fusion », juge-t-il.













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