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    Les employés de soutien ne se sentent pas considérés

    14 février 2015 | Alexandre Lampron - Collaborateur | Éducation
    Une certaine démoralisation est observée chez les travailleurs du milieu scolaire.
    Photo: ThinkStock Une certaine démoralisation est observée chez les travailleurs du milieu scolaire.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le contexte des compressions budgétaires conjuguées aux négociations actuelles touche de plein fouet les employés de soutien du réseau scolaire, notamment avec les départs à la retraite qui ne sont systématiquement pas ou très peu remplacés. En plus de constater une inquiétude accrue chez leurs membres, les centrales syndicales dénoncent l’invisibilité du personnel scolaire aux yeux du ministre de l’Éducation, Yves Bolduc.


    C’est dans cette ligne de pensée que la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS), affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), a mené, le 21 janvier dernier, une action devant l’édifice du Complexe G, à Québec, visant à rappeler au ministre qu’il doit « voir » le rôle important que le personnel de soutien joue au quotidien dans le réseau scolaire.

     

    De toute évidence, selon Éric Pronovost, président de la FPSS-CSQ, le ministre semble prendre des décisions « sans connaître ce que nous faisons ». M. Pronovost croit que les membres ne se sentent pas considérés, même si les élèves d’un établissement peuvent rencontrer de 20 à 25 personnes issues du personnel de soutien scolaire dans une journée.

     

    « Les employés de soutien scolaire font partie de la grande roue de l’éducation, car ce sont des gens qui sont aux premières lignes, mais nous n’avons aucune reconnaissance de la part du ministre Bolduc, avance M. Pronovost. Ce qui est doublement plus frustrant pour nos gens, c’est que nous n’avons aucune écoute. Nous voulons une rencontre en tête à tête pour bien lui faire comprendre ce que nos gens vivent au quotidien. »

     

    Plus de mobilité et de flexibilité

     

    La fédération, qui regroupe à elle seule près de 27 000 membres répartis dans plus de 81 corps d’emploi, croit que le projet de loi gouvernemental à l’étude sur la fusion des commissions scolaires vient aussi créer un climat « lourd » dans les milieux scolaires. M. Pronovost cite, par exemple, les inquiétudes relatives aux dispositions liées à la mobilité obligatoire, qui pourrait passer de 50 km à 100 km.

     

    « Les employés de soutien dans le réseau scolaire gagnent en moyenne un salaire annuel de 27 000 ou 28 000 $, ajoute le président de la FPSS-CSQ. Entre 40 et 42 % des gens dans nos rangs vivent la précarité d’emploi. Avec les fusions qui nous pendent au bout du nez et la création des mégastructures, le gouvernement demande aussi davantage de mobilité et de flexibilité. Cela n’a aucun sens, d’autant plus que nous faisons face à un gel des salaires. »

     

    Éric Pronovost craint que cette situation, si elle se matérialise, n’ouvre la porte toute grande à une sous-traitance qui n’est pas du tout souhaitée, d’autant plus que le réseau vit depuis quelques années des moments troubles en raison d’un problème majeur de rétention du personnel.

     

    « Nos gens sont plus que mobilisés et veulent faire du bruit, s’embarquer pour mettre de la pression sur le gouvernement, croit-il. Nos actions vont toujours aller en augmentant parce que ce gouvernement prend des décisions sans consulter. Nous invitons le ministre Yves Bolduc à mettre un arrêt au projet de loi et à venir rencontrer les gens du milieu. »

     

    Une méconnaissance du public

     

    Le sentiment d’inquiétude habite également les membres affiliés du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Selon Liette Garceau, conseillère syndicale et coordonnatrice du secteur de l’éducation au SCFP, le contexte de compressions et de négociations actuel vient démontrer de son côté l’ignorance du grand public quant au rôle que peuvent jouer les employés de soutien dans le réseau scolaire.

     

    « C’est d’autant plus démotivant pour les gens de ce secteur qu’ils ont l’impression que leur travail n’est pas du tout considéré, déclare Mme Garceau. Les employés de soutien sont pourtant essentiels. Leur travail au quotidien en est un qui est très important et qui est souvent dans l’ombre. Quand un professionnel se voit offrir de meilleures conditions de travail ailleurs, c’est sûr qu’il n’hésitera pas à saisir l’occasion qui se présente à lui. »

     

    Le SCFP dit ne pas croire le gouvernement quand celui-ci lui affirme que la décision de ne pas remplacer un employé de soutien qui part en congé de maladie ou à la retraite n’aura aucune incidence sur les services offerts aux élèves. Cette situation fait, du coup, craindre le pire à Liette Garceau.

     

    « Nous ne voyons pas le jour où ce gouvernement va comprendre ce qui est en train d’arriver, ajoute-t-elle. Quand nous regardons les chiffres qui sont sur la table et l’inflation au cours des dernières années, nous voyons clairement que le pouvoir d’achat diminue, déjà qu’il existe un écart situé entre 9 et 10 %. Cela fera en sorte qu’il va devenir de plus en plus difficile de former des gens pour aller dans ces secteurs d’activité. Il n’existe pas non plus d’incitatifs à l’emploi et nous ne semblons pas vouloir changer cette manière de faire du côté du gouvernement. Nous devons nous demander si, dans certains milieux, nous avons vraiment besoin d’autant de chefs pour le nombre d’Indiens. C’est, pour nous, une situation très préoccupante. »

     

    Des travailleurs démoralisés

     

    Pierre Gérin-Roze, conseiller syndical au SEPB-Québec, une organisation syndicale comprenant 20 000 membres, majoritairement des employées et employés de bureau, des employées et employés techniques et des employées et employés professionnels, affirme également que le contexte actuel mine le travail des travailleurs parce qu’une sérieuse dégradation des conditions de travail y est constatée.

     

    « Les travailleurs sont démoralisés de voir la réduction du nombre d’heures pour leur poste, précise M. Gérin-Roze. C’est devenu, au fil des années, un contexte difficile et qui devient de plus en plus difficile avec ce qui s’en vient. Ce sont davantage les gens à statut pour le moins précaire qui travaillent auprès des élèves, notamment ceux qui travaillent aux services de garde, par exemple, qui sont visés. Ils travaillent en moyenne 22 heures par semaine, parfois sur trois périodes différentes, et on les contrôle à la minute près. »

     

    M. Gérin-Roze soutient enfin que le contexte des compressions et des négociations fait en sorte que le sentiment d’appartenance dans les organisations en prend également pour son rhume.













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