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    Hausse des tarifs des services de garde en milieu scolaire

    On craint le retour des enfants avec la clé dans le cou

    14 février 2015 | Marie-Hélène Alarie - Collaboratrice | Éducation
    Ce que l’on craint le plus, c’est que des enfants soient laissés à eux-mêmes en dehors des cours.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce que l’on craint le plus, c’est que des enfants soient laissés à eux-mêmes en dehors des cours.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    C’est maintenant officiel. À compter du 1er avril prochain, les services de garde en milieu scolaire verront leurs tarifs quotidiens passer de 7,30 $ à 8 $. Pour les parents, ces services sont indispensables, mais comment faire, dans le contexte actuel, pour y maintenir l’offre de qualité à laquelle ils s’attendent ?


    « Les enfants avec la clé dans le cou. » Cette expression, disparue de notre réalité depuis les années 1980, risque bien de refaire surface. Le retour de ces enfants est anticipé par les représentants syndicaux lorsqu’on leur demande d’évoquer l’impact possible de la hausse des tarifs des services de garde en milieu scolaire. Cette hausse, qui arrive dans la foulée de celle des services de garde à la petite enfance, risque d’exaspérer les parents et de finir de leur vider les poches.

     

    La nouvelle en a pris plus d’un par surprise ; pas d’annonce officielle, pas de communiqué de presse, mais seulement deux petites lignes coincées à la page 209 d’un document qui en compte près de 350 et est intitulé Point sur la situation économique et financière du Québec de l’automne 2014, où l’on peut lire que la contribution financière pour les services de garde en milieu scolaire passera à 8,00 $ le 1er avril 2015. Elle passera à 8,15 $ à partir du 1er janvier 2016.

     

    Même à la Fédération des commissions scolaires du Québec, on nous a affirmé n’avoir eu la confirmation du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) que la semaine dernière. Sans toutefois vouloir commenter la nouvelle, la Fédération ajoute : « Par contre, cette mesure n’[aura] aucun impact sur le budget des commissions scolaires, puisque la subvention du MELS attribuable aux services de garde est diminuée du montant équivalent. »

     

    À l’Association des services de garde en milieu scolaire au Québec (ASGEMSQ), on est inquiet : « Quand le premier ministre et la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, ont fait l’annonce concernant les services de garde à la petite enfance, on avait mentionné que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, ferait une annonce officielle concernant la garde en milieu scolaire. On a dû faire quelques allers-retours au bureau du ministre en janvier dernier, parce qu’on n’avait toujours pas de nouvelles, et finalement on nous a confirmé la semaine dernière que la hausse serait à 8 $ », nous explique Diane Miron, la présidente de l’Association.

     

    Au Québec, les services de garde en milieu scolaire complètent les services éducatifs fournis par l’école. Il y a autant de places disponibles que d’élèves qui fréquentent les classes de maternelle jusqu’à la sixième année du primaire. Les services sont offerts en dehors des heures d’enseignement, que ce soit le matin, le midi ou l’après-midi, pendant les journées pédagogiques, les jours de congé et la semaine de relâche. Le personnel oeuvrant dans ces services est syndiqué. Toutefois, les emplois y sont, pour la plupart, à temps partiel et on y rencontre même des employés dont le poste ne compte que huit heures par semaine, réparties souvent en heures brisées.

     

    Ce que redoutent le plus les syndicats, c’est que la hausse des tarifs s’accompagne d’une baisse de la fréquentation des services de garde. « On va se retrouver avec plus d’enfants dans les rues, tandis qu’on a du personnel qualifié pour s’occuper d’eux dans les écoles. Quel choix de société est-on en train de faire ? », se questionne Éric Pronovost, de la Fédération du personnel de soutien scolaire de la Centrale des syndicats du Québec. L’équation est simple : les enfants qui ne sont plus au service de garde se retrouvent seuls à la maison. Ce qui fait dire à Véronique Desèves, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux : « Je crois qu’il faut réfléchir au niveau de la sécurité de ce que représentent les enfants avec la clé dans le cou. » Même son de cloche de la part de Pierre Gérin-Roze, du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec : « On est préoccupé comme citoyens de revoir les élèves avec la clé dans le cou. C’est souvent le cas dès que le printemps arrive, les plus vieux ne viennent plus au service de garde, mais, avec l’augmentation des tarifs, ce chiffre augmentera sûrement. »

     

    En quête de reconnaissance

     

    Depuis quelques années, c’est de plus en plus difficile pour les parents dont les enfants fréquentent les services de garde en milieu scolaire. En 2004, on a vu les tarifs augmenter de 2 $ par jour pour passer de 5 $ à 7 $. Pour l’année 2014-2015, ce n’est pas une, mais bien deux hausses qu’ils devront absorber, puisque, déjà en octobre dernier, les tarifs sont passés de 7 $ à 7,30 $. À première vue, ces chiffres sont sensiblement les mêmes que ceux des services de garde à la petite enfance, à la différence que, pour un même montant, les parents financent les services de garde à la petite enfance à hauteur de 15,5 % à 21,1 %, alors que, pour les services de garde en milieu scolaire, le financement des parents monte à 49 %. Ce qui fait dire à Diane Miron : « Ça nous inquiète, parce que le message que le gouvernement Couillard envoie, c’est que les services de garde en milieu scolaire ne sont pas importants. On met beaucoup l’accent sur la petite enfance et très peu sur le scolaire, alors que 56 % des enfants du primaire fréquentent un service de garde de façon sporadique ou régulière, et c’est sans parler des dîneurs qui sont souvent sous le chapeau des services de garde. »

     

    Une baisse de la fréquentation signifie aussi, pour les travailleurs, une potentielle perte d’emplois ou, à tout le moins, une diminution des heures travaillées, mais jusqu’où peut-on aller ? « Quelque 42 % de nos membres vivent de la précarité, on a même des exemples de postes qui comptent 8 heures de travail par semaine, et ce, à coups de 2 heures par jour ! », rappelle Éric Pronovost.

     

    « Les services de garde ne sont pas reconnus à la hauteur de ce qu’ils apportent aux enfants en matière de développement. C’est ça, leur mission : le développement global des enfants. Avec tout ce qu’on réalise dans les services de garde en milieu scolaire, je crois qu’on remplit bien notre mission, mais si on ne nous donne pas le soutien et suffisamment de fonds pour le faire, où est-ce qu’on s’en va ? », conclut Diane Miron.













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