Mythe et réalité
Le Québec peut souffler: il ne se vide pas de ses cerveaux, il continue même d'en attirer de l'étranger et il ne manque pas de diplômés de haut niveau pour assumer, avec satisfaction, les nombreux postes de professeurs d'université qui s'ouvriront d'ici cinq ans.
Le constat, basé sur une recherche inédite, du Conseil supérieur de l'éducation met à mal les cris d'alarme lancés ces dernières années par les recteurs d'universités. Il a l'immense mérite de dépasser les «diagnostics globaux» pour faire état de la situation telle qu'elle est vécue sur le terrain de chaque département.
Les contraintes s'en trouvent «mieux cernées», pour reprendre le titre du rapport du Conseil («Renouveler le corps professoral à l'université: des défis importants à mieux cerner»): c'est en administration qu'on manque de doctorants, en médecine qu'on réclame de meilleures infrastructures de recherches, en sciences appliquées qu'on se plaint des salaires trop bas, en droit que la carrière de professeur séduit le moins... Chaque situation exige un effort particulier — notamment dans les universités de régions, où leur effet est multiplié. Mais leur addition ne sert qu'à fausser les perceptions pour une situation par ailleurs conjoncturelle, les postes à pourvoir étant d'abord attribuables aux prochains départs à la retraite.
C'est pourquoi le grand intérêt du rapport relève plutôt de son inquiétude face à une tendance, elle, très structurelle: l'obsession de la recherche, son immense valorisation, au détriment de l'enseignement. Comment fait-on, dans la vraie vie, pour recruter, ou garder!, un professeur en demande? On le relève de l'enseignement au premier cycle pour qu'il se consacre à la recherche et à l'encadrement des étudiants de maîtrise ou de doctorat; on lui fait miroiter une chaire de recherche; on lui alloue des fonds pour ses travaux; on l'aide dans ses demandes de subvention... Et ces mesures sont d'une grande efficacité, selon l'évaluation des directeurs de département.
D'autant que les professeurs sont d'abord recrutés sur la base de leurs publications et de leur capacité à obtenir des subventions; bien peu sur leur intérêt pédagogique. Après tout, n'y aura-t-il pas toujours des chargés de cours pour assumer le boulot d'enseigner aux nouveaux arrivants, la charge de cours étant par ailleurs perçue comme une voie de garage pour accéder au titre de professeur? Or l'enseignement n'a pas à être le parent pauvre du monde universitaire, insiste le Conseil.
L'appel est juste et il répond à bien des complaintes de profs agacés par le publish or perish et le tâtillonnement toujours plus grand des demandes de subventions. Mais il se heurte... au réel. Qui osera le premier, dans un monde si ce n'est de pénurie tout au moins de concurrence, attirer une recrue de prestige en lui offrant de se consacrer un an strictement à l'enseignement?
jboileau@ledevoir.ca
Le constat, basé sur une recherche inédite, du Conseil supérieur de l'éducation met à mal les cris d'alarme lancés ces dernières années par les recteurs d'universités. Il a l'immense mérite de dépasser les «diagnostics globaux» pour faire état de la situation telle qu'elle est vécue sur le terrain de chaque département.
Les contraintes s'en trouvent «mieux cernées», pour reprendre le titre du rapport du Conseil («Renouveler le corps professoral à l'université: des défis importants à mieux cerner»): c'est en administration qu'on manque de doctorants, en médecine qu'on réclame de meilleures infrastructures de recherches, en sciences appliquées qu'on se plaint des salaires trop bas, en droit que la carrière de professeur séduit le moins... Chaque situation exige un effort particulier — notamment dans les universités de régions, où leur effet est multiplié. Mais leur addition ne sert qu'à fausser les perceptions pour une situation par ailleurs conjoncturelle, les postes à pourvoir étant d'abord attribuables aux prochains départs à la retraite.
C'est pourquoi le grand intérêt du rapport relève plutôt de son inquiétude face à une tendance, elle, très structurelle: l'obsession de la recherche, son immense valorisation, au détriment de l'enseignement. Comment fait-on, dans la vraie vie, pour recruter, ou garder!, un professeur en demande? On le relève de l'enseignement au premier cycle pour qu'il se consacre à la recherche et à l'encadrement des étudiants de maîtrise ou de doctorat; on lui fait miroiter une chaire de recherche; on lui alloue des fonds pour ses travaux; on l'aide dans ses demandes de subvention... Et ces mesures sont d'une grande efficacité, selon l'évaluation des directeurs de département.
D'autant que les professeurs sont d'abord recrutés sur la base de leurs publications et de leur capacité à obtenir des subventions; bien peu sur leur intérêt pédagogique. Après tout, n'y aura-t-il pas toujours des chargés de cours pour assumer le boulot d'enseigner aux nouveaux arrivants, la charge de cours étant par ailleurs perçue comme une voie de garage pour accéder au titre de professeur? Or l'enseignement n'a pas à être le parent pauvre du monde universitaire, insiste le Conseil.
L'appel est juste et il répond à bien des complaintes de profs agacés par le publish or perish et le tâtillonnement toujours plus grand des demandes de subventions. Mais il se heurte... au réel. Qui osera le premier, dans un monde si ce n'est de pénurie tout au moins de concurrence, attirer une recrue de prestige en lui offrant de se consacrer un an strictement à l'enseignement?
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