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    Réinventer le modèle pour se rapprocher des élèves

    1 novembre 2014 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

    Elles ont été critiquées, menacées de mise sous tutelle ou carrément d’abolition. Alors qu’autour des élections de dimanche se joue sans doute leur survie si les taux de participation stagnent autour des 7 %, les commissions scolaires bataillent depuis un moment pour regagner la confiance des autorités et de la population. Mais certaines ont une longueur d’avance et ont déjà changé leur modèle de gouvernance.

    À la commission scolaire Val-des-Cerfs, à Granby (CSVC), chaque séance du conseil des commissaires se termine, non pas par une prière, mais bien par une question : « En quoi les décisions prises ce soir ont-elles un impact sur la réussite des élèves ? » Depuis deux ans, cette sorte de credo est un point à l’ordre du jour et les commissaires se prêtent au jeu en y répondant. « C’est un examen de conscience. Ça peut paraître puéril, mais à 23 autour de la table, c’est important que tout le monde se parle des vraies affaires », souligne André Messier, le directeur général.

     

    Ce fait, quoiqu’anecdotique, est une petite illustration de ce qui a changé à la CSVC. Une petite révolution dont M. Messier se dit fier. « Et savez-vous quoi ? On n’a pas fait de voyage en Finlande », lance-t-il dans un sourire.

     

    Désormais, les élus prennent des décisions pour le bien des élèves et la direction générale gère et fait les choix qui s’imposent. Fini le temps où les élus perdaient du temps à siéger à des comités de sélection du personnel, fini celui où ils étaient consultés pour l’aménagement des planchers dans un gymnase. « Les commissaires ont constaté qu’ils étaient constamment détournés de la réussite des élèves. Le calendrier scolaire, les conflits des employés, tous ces éléments de l’ordre des opérations complexifiaient le processus de décisions et allongeaient les séances inutilement. »

     

    Ce coup de barre dans la gouvernance a fait en sorte que le directeur général (DG) s’est retrouvé avec beaucoup plus de pouvoirs. Les commissaires mettent encore le nez dans les questions budgétaires mais se concentrent davantage sur les objectifs de réussite qu’ils veulent atteindre. Au DG de s’arranger pour qu’ils se réalisent. « Le conseil qui, par exemple, souhaite augmenter le taux de réussite des élèves en français me donne ensuite la marge de manoeuvre et les budgets pour y parvenir », explique-t-il. « On ne me dit pas : “ Prends 100 000 $ et va acheter des livres ”, on me dit : “ Prends 100 000 $ et choisis les moyens pour arriver aux résultats ”. »

     

    La contrepartie de ces pouvoirs accrus, c’est que le directeur général est davantage imputable. « Il faut que j’accepte que ce soit le conseil qui donne les orientations et les cibles. Et que moi, comme DG, je doive rendre des comptes. Je ne peux plus dire que ce n’est pas de ma faute. »

     

    Un modèle ontarien

     

    Le modèle de gouvernance qui leur a servi d’inspiration n’est donc pas scandinave, mais bel et bien ontarien. Quelques visites et échanges avec le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, une commission scolaire d’Ottawa, ont suffi. Celle-ci fait une grande place au modèle très populaire en management de John Carver, soit la « gouvernance par politiques » (policy governance model). Plus connu ailleurs au Canada, ce modèle distingue les « moyens » des « fins » et accorde une plus grande importance à ces derniers. Il permet au conseil de se concentrer sur les grandes questions, de déléguer de façon claire et précise et d’évaluer rapidement les progrès d’une organisation.

     

    À l’instar de son homologue ontarienne, la CSVC a plongé. Elle a implanté des structures aux noms peu sexy, mais qui n’en demeurent pas moins en vogue, telles que les Communautés d’apprentissage professionnel (CAP) et le Leadership intégrateur axé sur les résultats scolaires (LIRS). Les premières sont des comités où les enseignants d’une école se réunissent afin de trouver des stratégies pour améliorer la réussite des élèves sur un thème donné. Le LIRS permet d’accompagner les directions d’école pour les aider à mieux diriger.

     

    Selon André Messier, les commissions scolaires, surtout francophones, gagneraient à s’inspirer de la recherche en éducation de sommités telles que Michael Fullan, John Hattie, Richard DuFour, qui ont contribué et enrichi ces façons de voir. « On est très axés sur la littérature scientifique de la francophonie, mais on se rend compte que notre culture éducative est plus près de celle d’Amérique du Nord. »

     

    Un modèle pratico-pratique

     

    À Montréal, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) se revendique également d’une culture de gouvernance différente. Voilà près de cinq ans qu’elle a revu son modèle de gestion. Il comprend une réorientation en profondeur — comme la réorganisation de la commission en territoires et non plus en « réseaux » —, mais aussi beaucoup de petits changements qui font toute la différence.

     

    Des GPS ont été installés dans les camions de livraison pour contrôler les itinéraires des chauffeurs, un chariot contenant les mêmes produits pour chacun des concierges permet des économies d’échelle dans les achats, le recours à la suppléance est plus sévèrement contrôlé, de même que les congés de maladie. Ces petites actions finissent par se traduire par des économies de plusieurs millions, assure Diane Lamarche-Venne, présidente sortante de la CSMB qui brigue un autre mandat.

     

    « La situation est différente d’une commission scolaire à l’autre. Je ne peux pas juger, mais force est de constater qu’on n’a pas tous la même ouverture », admet-elle. « Ça prend des gestionnaires de haut niveau pour faire face aux défis actuels. […] Et des fois, le problème, c’est pas toujours le modèle de gouvernance, mais les gens qui dirigent qui n’ont pas la compétence pour le faire. »













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