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    Réussir malgré une dyslexie non diagnostiquée

    Le parcours d’un combattant

    25 octobre 2014 | Martine Letarte - Collaboratrice | Éducation
    Justin Charbonneau avait de grandes difficultés à l’école et, à la suite d’un isolement organisé par sa professeure, ses notes ont encore chuté. Il a finalement dû recommencer sa 2e année. Il ne comprend toujours pas pourquoi elle a fait ça.
    Photo: Courtoisie Justin Charbonneau Justin Charbonneau avait de grandes difficultés à l’école et, à la suite d’un isolement organisé par sa professeure, ses notes ont encore chuté. Il a finalement dû recommencer sa 2e année. Il ne comprend toujours pas pourquoi elle a fait ça.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Les troubles d’apprentissage sont un sujet d’actualité, alors que plusieurs personnes atteintes réussissent maintenant à accéder au cégep et même à l’université. Mais à quel prix y arrivent-elles ? Justin Charbonneau, 22 ans, étudiant au diplôme d’études collégiales (DEC) en gestion de commerce au Cégep de Saint-Hyacinthe, a accepté de témoigner.


    Lorsqu’il était en 2e année à son école de quartier, Justin Charbonneau se souvient que l’enseignante l’avait isolé du reste du groupe. Elle l’avait collé sur un mur de la classe et avait installé un paravent entre lui et les autres élèves.

     

    « Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi elle avait fait ça, raconte-t-il. J’ai ensuite été montré du doigt par les autres élèves, rejeté, et j’ai eu des séquelles de ça. »

     

    Justin Charbonneau avait de grandes difficultés à l’école et, à la suite de cet isolement, ses notes ont encore chuté. Il a finalement dû recommencer sa 2e année.

     

    « Mes parents ne comprenaient pas ce que j’avais ; nous nous posions plein de questions », dit-il.

     

    Aujourd’hui, Justin et sa famille comprennent enfin pourquoi il a toujours eu autant de difficulté à l’école.

     

    « Je viens d’avoir un diagnostic de dyslexie de surface avec difficultés d’apprentissage, explique-t-il. Je peux avoir besoin de lire un texte trois ou quatre fois pour le comprendre. »

     

    Changement d’école salutaire

     

    Les parents de Justin faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour le soutenir au quotidien et lui permettre de réussir.

     

    « Ils avaient entre autres rencontré le directeur de l’école primaire, mais la situation ne s’était pas améliorée, affirme Justin. Je n’avais pas le suivi dont j’avais besoin. »

     

    Ses parents ont donc décidé de le changer d’école.

     

    « J’ai fait ma 5e et ma 6e années du primaire à l’Académie des sacrés-coeurs, une école privée de Saint-Bruno. Ç’a été la meilleure décision que mes parents ont prise pour ma réussite ! Sans savoir vraiment ce que j’avais et sans avoir d’outils technologiques pour m’aider, les professeurs étaient conscients de mes difficultés et ils me donnaient beaucoup de suivi. Je travaillais fort, par contre. Je restais toujours après l’école pour faire des travaux avec un professeur, puis j’avais un professeur privé le soir à la maison. Je devais faire environ trois fois plus de devoirs qu’un élève normal pour réussir. »

     

    Les défis du secondaire

     

    Heureux d’avoir terminé son primaire, Justin devait trouver une école secondaire. C’était tout un défi.

     

    « Les écoles ne voulaient pas de moi, compte tenu de mon dossier scolaire ; elles ne voulaient pas s’encombrer d’un élève en difficulté. Finalement, l’école secondaire Saint-Joseph, à Saint-Hyacinthe, qui offre un programme d’appui aux jeunes en difficulté, m’a accepté. »

     

    Il faisait matin et soir le trajet en autobus de Sainte-Julie à Saint-Hyacinthe. Dans ce programme particulier, plus de temps était accordé aux matières de base, comme les mathématiques. Toutefois, Justin continuait d’avoir de grandes difficultés. Lorsqu’il était en 3e secondaire, il a été convoqué en cours d’année, avec ses parents, à une rencontre avec l’enseignante de mathématiques, puisque sa note était de 35 %.

     

    « Elle était presque convaincue que je ne pourrais pas passer mon année en mathématiques, raconte-t-il. Mes parents ne savaient plus où donner de la tête. J’ai décidé de travailler encore plus fort. Je restais toujours à l’école pour étudier après les cours et j’avais l’aide d’un professeur privé. Je travaillais comme un fou pour essayer de comprendre, de faire des liens ! J’ai finalement obtenu 95 % à l’examen de mathématiques. »

     

    Pourquoi avoir travaillé si fort ?

     

    « Mes parents m’ont beaucoup soutenu et ils m’ont toujours dit que, si je voulais quelque chose, je devais aller le chercher, répond Justin. Par contre, ils étaient découragés parfois de voir tout ce que je devais affronter. C’est extrêmement difficile de se lever chaque matin en se disant qu’on ne réussira pas. Mes parents ont vraiment tout fait pour que je réussisse et ça n’aurait jamais été possible sans eux. »

     

    Il a continué avec l’aide d’un professeur privé en 4e secondaire, puis, en 5e secondaire, il a tenté de se débrouiller seul.

     

    « Les professeurs privés coûtent cher, et aussi j’avais eu déjà beaucoup d’aide de leur part dans le passé, de même que de la part d’orthopédagogues, alors j’étais capable de mettre leurs trucs en application », explique Justin.

     

    Il a finalement réussi son secondaire et il a été admis au cégep.

     

    Diagnostic au cégep

     

    En arrivant au cégep, toutefois, le choc a été brutal.

     

    « Le programme comprend de la matière pointue et j’arrivais à passer de justesse ou j’échouais », dit-il, joint au cégep alors qu’il était en train d’étudier en pleine semaine de lecture.

     

    Rapidement, ses échecs le menaçaient d’être mis à la porte du cégep. Découragé, il a appelé Annie Parenteau, orthopédagogue.

     

    « Elle m’avait déjà beaucoup aidé par le passé et je lui ai expliqué que, même si j’écoutais en classe et que je travaillais très fort, ça ne fonctionnait pas, explique Justin. Elle m’a envoyé voir un orthophoniste et j’ai finalement obtenu un diagnostic. »

     

    Grâce à son diagnostic, il a maintenant accès à des mesures de soutien au cégep.

     

    « J’attends en ce moment de recevoir un ordinateur portable équipé de logiciels pour m’aider, indique Justin. Je suis aussi allé chercher de l’aide auprès de tuteurs au cégep, qui sont en fait des étudiants ayant bien réussi. »

     

    Bref, le combat se poursuit pour Justin Charbonneau, mais cela ne l’empêche pas d’avoir des rêves et des projets plein la tête.

     

    « Je travaille sur mon projet d’entreprise de vêtement depuis que j’ai 18 ans et je souhaite terminer mon DEC, avant de me lancer officiellement en affaires, raconte celui dont le père est entrepreneur dans le domaine de la coiffure. Je suis conscient que c’est un gros défi, mais j’aime repousser mes limites. »













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