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    Les commissions scolaires ont-elles un avenir?

    L’élection des commissaires au suffrage universel était à l’origine un gage de rapprochement avec la population. Mettre fin à ce système n’est pas anodin.

    8 octobre 2014 | Marie Malavoy - Ex-ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport dans le gouvernement Marois | Éducation
    Marie Malavoy
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Marie Malavoy

    Le Devoir titrait samedi « Des élections en forme d’ultimatum ». Si l’on en croit en effet les allusions faites par le ministre de l’Éducation Yves Bolduc, les commissions scolaires jouent leur avenir le 2 novembre prochain. Ce jour d’élection devient une sorte de rendez-vous fatidique. Si le taux de participation de la population est trop faible (on ne sait d’ailleurs pas à quelle hauteur est placée la barre), la porte sera ouverte à une remise en question de leur existence. Convenons tout d’abord qu’il n’y a rien là pour stimuler l’envie d’aller voter. Si le gouvernement n’y croit pas lui-même, comment peut-on demander aux gens de se mobiliser soudainement ?

     

    Il est vrai que les commissions scolaires n’ont pas la cote ces temps-ci. Elles apparaissent comme des institutions lourdes, gérant sans transparence les millions qu’on leur confie. Elles ont adopté depuis plusieurs années le ton de la réclamation : on ne peut leur en demander plus, car elles ont fait tous les efforts possibles pour assainir leurs finances. Les enjeux de l’éducation qui sont au coeur de leur mission sont dissimulés derrière des raisonnements administratifs. Le commun des mortels ne s’y retrouve pas, ne s’y intéresse pas. Le principe démocratique sacré du « pas de taxation sans représentation » a maintenu le système dans une certaine torpeur. On taxe, oui (et Dieu sait que la taxe scolaire fait l’objet de débats), on a donc le droit de voter, oui ; mais voilà, on ne l’exerce pas. Parce qu’on ne se sent pas concerné.

     

    La tentation est grande et le choix facile d’en profiter pour faire disparaître les commissions scolaires. Or, quelles en seraient les conséquences ? Tout simplement une plus grande centralisation de l’État québécois. Ce qui depuis des décennies est du ressort d’un gouvernement local deviendrait sous le contrôle direct du ministre. Qui se souvient que les commissions scolaires furent créées en 1845 pour offrir une institution politique dédiée à l’organisation de services éducatifs sur leur territoire ? L’élection des commissaires au suffrage universel était à l’origine un gage de rapprochement avec la population. Mettre fin à ce système n’est pas anodin. Les décisions prises localement, en fonction des caractéristiques et des besoins locaux, passeraient sous le pouvoir du gouvernement central. Des choses aussi concrètes que la planification des services éducatifs et la répartition des ressources enseignantes et matérielles seraient décidées par Québec, de loin, en fonction des priorités du parti au pouvoir. Pour l’État, ce serait bien plus facile de prendre les décisions. Pas de palier intermédiaire, pas d’élus qui revendiquent leur pouvoir, en s’appuyant sur leur légitimité de représentants de la population. Mais que gagnerait-on à prendre un tel virage ?

     

    Le gouvernement libéral a un penchant pour la centralisation. C’est ce qui se passe actuellement dans le domaine de la santé, avec la restructuration proposée par le ministre Barrette. C’est ce qui risque de se produire également en éducation si, en s’appuyant sur le désintérêt de la population pour les élections scolaires, on en profitait pour sabrer l’institution des commissions scolaires. On évoque une formule de remplacement qui veillerait à regrouper des services administratifs dans chaque région. Mais ne nous y trompons pas : ces genres de secrétariats ne seraient qu’une extension du ministère de l’Éducation, laissant peu de place aux pouvoirs locaux.

     

    Au lieu de détruire le modèle existant sous prétexte qu’il n’a pas rempli ses promesses, mieux vaut travailler à le transformer. Des réformes importantes s’imposent, mais de l’intérieur ,et non sous la férule d’un État qui dicte le bien commun. Déjà, certains changements sont en place dans le processus électoral en vigueur cette année : élection de la présidence au suffrage universel (et non par les pairs), réduction du nombre de commissaires, apparition de plateformes électorales dans certaines régions. L’actualité par ailleurs a mis sur la sellette les relations entre le ministre et les commissions scolaires sur des sujets qui importent beaucoup aux parents : aide aux devoirs, qualité des bibliothèques, soutien aux jeunes en difficulté, aide alimentaire pour les enfants issus de milieux défavorisés. Souhaitons que cela donne envie aux gens de se mêler des élections du 2 novembre. Il en va de la santé de l’éducation et de la démocratie.













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