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    Le développement et la prospérité d’une société passent par l’éducation

    4 octobre 2014 | Réginald Harvey - Collaborateur | Éducation
    Josée Scalabrini, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement
    Photo: Fédération des syndicats de l’enseignement Josée Scalabrini, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement

    La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ratisse très large en éducation : d’hier à aujourd’hui, elle rassemble sous sa bannière syndicale l’ensemble du personnel enseignant dans le secteur des jeunes ; elle réunit des personnels de la petite enfance jusqu’à l’université, tant dans le domaine de l’enseignement que dans celui des intervenants professionnels et de soutien.

     

    Il est question ici de 130 000 membres en éducation qui sont susceptibles d’être touchés directement ou autrement par les compressions en cours. Louise Chabot porte aujourd’hui le chapeau de présidente de la CSQ ; membre de l’exécutif depuis 14 ans, elle pose ce regard global sur les événements actuels : « Il est très attristant qu’on puisse penser que de sabrer ou de comprimer dans des budgets d’éducation, cela peut faire en sorte qu’on n’hypothéquera pas l’avenir d’une société et qu’on va réussir à la rendre, de cette manière, plus prospère et en meilleure santé. »

     

    Elle livre ce message : « S’il y a un déterminant majeur pour assurer la santé financière de l’État et la santé de la population, c’est bien celui de l’éducation. Le fait que les gouvernements s’acharnent à réduire la portée de son rôle essentiel soulève énormément de questions sur le choix de société qu’on veut donner aux gens. » Il y a 50 ans, le rapport Parent allait conduire à des progrès majeurs sur le plan de l’accessibilité aux études, tant pour les jeunes que pour les adultes : « On prônait l’égalité des chances pour tous par le savoir et les connaissances issus de l’éducation, ce qui relève de la démocratie même. Ma grande désolation aujourd’hui, c’est que cette éducation semble davantage être vue sous la lunette comptable que sous celle du développement d’une société. »

     

    Il y a incohérence entre le discours politique et la pratique à l’heure actuelle : « On est en présence d’un premier ministre qui arrive avec deux thèmes précis quand il laisse savoir que “ notre objectif, c’est l’emploi et la prospérité ”. Pour contribuer à l’atteindre, comme toutes les études le démontrent, il faut se donner les moyens d’avoir une éducation forte et solide ; et là, on fait tout le contraire. »

     

    Les cas se multiplient

     

    Louise Chabot entre dans le détail des compressions et fournit de nombreux exemples des coupes réduisant les services aux élèves : « Les enveloppes qui étaient dédiées pour leur venir en aide sur plusieurs plans ont été fusionnées pour en arriver à un seul montant, qui a été amputé de 70 millions de dollars au final. Voilà pourquoi se succèdent maintenant les annonces comme celles-ci : on ne pourra plus fournir l’aide aux devoirs, le soutien à l’alimentation des enfants ou l’achat des livres pour les bibliothèques scolaires. »

     

    Il en résulte que « tout cela fait partie des enveloppes qu’on qualifie d’aide à l’apprentissage, et on est là au coeur des services aux élèves et non pas dans le périphérique ou dans la bureaucratie. Il y a quelques années, on affirmait qu’il ne fallait pas que les compressions atteignent ces services-là, ce qui n’est plus vrai. » À la seule Commission scolaire de Jonquière, le quart du budget destiné au personnel professionnel, tels les orthophonistes, les psychologues et les psychoéducateurs, a été sacrifié ; 15 postes sur 69 ont disparu.

     

    Un jour ou l’autre, les effets pervers de ces mesures apparaîtront quelque part dans le temps : « Le plus crucial qu’on peut voir poindre est celui quise produira sur les élèves les plus démunis. Une autre coupe qui fera mal, ce sont les trois millions de dollars qui existaient pour les services éducatifs à la petite enfance, dont le but est de soutenir les enfants qui ont des problématiques ; trois millions, c’est peu, mais c’est ce qui faisait toute la différence pour eux. »

     

    Tout en se réjouissant des gains obtenus ici sur le plan de la persévérance et des performances scolaires des élèves québécois sur la scène internationale au cours des dernières années, Louise Chabot prévoit des lendemains difficiles : « Il y a des moyens qui ont été mis en place et qui ont fait la différence pour en arriver là ; les coupes pourraient anéantir ce qu’on a réussi à bâtir et on pourrait faire des reculs. » Et de conclure : « La courte vue de maintenant aura un impact à la fois sur la réussite des jeunes et sur le développement de notre société, à moyen et à long terme. »

     

    Austérité et personnel enseignant

     

    Josée Scalibrini, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), dont les membres enseignants sont à l’oeuvre auprès des élèves de 35 commissions scolaires, assure spontanément que les compressions minent les profs sur le plan de l’exercice de la profession : « On ressent encore une fois toute la dévalorisation dont on fait preuve envers celle-ci, ce qui vient jouer directement sur la motivation des gens. On vient une fois de plus leur demander de faire plus avec moins. »

     

    Elle s’explique et fait valoir leur point de vue : « Ce qui a joué dans la dévalorisation depuis quelques années, c’est que les enseignants ne se sentent plus comme des partenaires en éducation qui possèdent l’expertise indispensable ; ils sont considérés comme des exécutants : les décisions se prennent en haut lieu et on leur laisse savoir que, dans les milieux scolaires, “ c’est de cette façon que ça va se passer ”. Ils ne se sentent plus comme des associés. »

     

    Elle aborde la question sous cet angle dans le contexte actuel : « Le plus difficile et le plus pénible pour eux, c’est qu’ils ont toujours le sentiment que ce sont leurs élèves les plus vulnérables qui sont touchés, parce que les services disparaissent en même temps que l’aide qu’ils seraient en mesure de leur fournir. À cet égard, ils vivent un sentiment d’impuissance. »

     

    La présidente cerne les vrais problèmes : « Les gouvernements disaient : “ on veut couper dans le gras, dans l’administration des commissions scolaires ”. De notre côté, on disait : “ ce n’est pas vrai, on touche aux services aux élèves ”, ce qui est devenu encore plus vrai cette année parce qu’on a regroupé 39 mesures qui relevaient directement de ces services. » Elles n’existent plus et on a exigé encore davantage, selon elle : « Oui, c’est l’aide aux élèves en général et aux devoirs, oui, c’est le soutien alimentaire et pour le retour à l’école, qui ont écopé. On coupe dans les interventions des professionnels et on demande aux enseignants d’être des psychologues, des infirmières, etc. Et pourtant, on a des personnels qui pouvaient offrir ces soutiens et les aider dans l’accomplissement de leur tâche. »













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