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    Compressions en éducation

    Les syndicats craignent un retour en arrière

    4 octobre 2014 | Réginald Harvey - Collaborateur | Éducation
    L’école Saint-Gérard, dans Villeray, a dû fermer ses portes en janvier 2012 en raison de la présence de moisissures dans l’enceinte de l’établissement.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’école Saint-Gérard, dans Villeray, a dû fermer ses portes en janvier 2012 en raison de la présence de moisissures dans l’enceinte de l’établissement.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La Confédération des syndicats nationaux (CSN) s’insurge contre les récentes mesures administratives du gouvernement Couillard en éducation. Un autre regroupement syndical, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), juge sévèrement les présentes démarches politiques dans le secteur de l’éducation.


    En juin 2012, la CSN a rendu publique sa plateforme en éducation, intitulée Un droit humain, une responsabilité sociale : une étude exhaustive et une prise de position ferme sur le système d’éducation pilotées alors par sa première vice-présidente, Denise Boucher, qui est aujourd’hui à la retraite. Véronique De Sève assure la relève : « Ce dossier est très fondateur et, avec tout ce qui se passe aujourd’hui, il est aussi très pertinent. »

     

    Et comment réagit ce mouvement syndical aux compressions à l’heure actuelle ? « La centrale et les trois différentes fédérations qui travaillent en éducation se montrent très inquiètes. On est en présence d’un gouvernement qui est en train de saccager littéralement le programme et les filets sociaux que nous nous sommes donnés. On parle beaucoup de la santé, mais on oublie que l’éducation, c’est fondamental ; elle fait en sorte que les gens deviennent curieux, s’investissent dans leurs milieux et développent leur sens de la citoyenneté. » Elle sert à améliorer les conditions de vie et représente un moyen de lutter contre la pauvreté.

     

    Mme De Sève appartient à la génération des cégeps et a obtenu un bac en psychoéducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle n’en fait pas moins référence à la révolution en éducation qui a marqué le Québec au tournant des années 1960 : « Je n’ai pas connu cette période d’ébullition qui a fait en sorte qu’on a créé ces établissements-là en démocratisant le système d’éducation, ce qui a représenté une forme d’épanouissement pour le peuple québécois à cette époque ; il n’avait pas accès à de telles ressources parce que l’éducation était beaucoup plus élitiste. Aujourd’hui, je redoute énormément les changements qui sont en train de s’effectuer et qui risquent de nous retourner à ces temps-là. »

     

    Si la CSN occupe une place prépondérante en enseignement supérieur par le biais de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), elle chapeaute aussi un regroupement de 30 000 travailleurs, soit la Fédération des employés de services publics (FEESP) ; ils sont présents dans 31 commissions scolaires francophones et dans deux anglophones.

     

    Les personnels de soutien apportent leur contribution au bon fonctionnement de l’école et au déroulement efficace des activités du réseau de l’éducation. Véronique De Sève en témoigne à la suite d’une expérience de travail comme éducatrice en service de garde : « Le concierge ou le surveillant d’élèves sont en mesure de détecter certains problèmes chez ceux-ci et de servir d’amorce à leur règlement. »

     

    Elle ajoute, sur un autre registre : « À Montréal, les concierges sont ceux qui ont amorcé les grands dossiers par rapport à la moisissure. Si on n’avait pas des gens compétents de cet ordre pour amener une telle situation sur la place publique, les enfants seraient pénalisés au bout du compte. » Elle déplore que les compressions entraînent la perte d’heures de travail chez ces gens : « Ce sont eux qui, entre guillemets, font un bon ménage à l’école pour justement garder ces lieux-là sanitaires pour des enfants qui sont plus vulnérables à attraper des microbes parce qu’ils sont en train de forger leur système immunitaire. »

     

    Le statut particulier scolaire

     

    « L’idée même du réseau des écoles publiques est remise en question, parce qu’on ne donne pas à celui-ci les moyens d’assumer la mission qu’on lui a notamment confiée dans la Loi sur l’instruction publique » : voilà comment, de façon globale, Sylvain Mallette, président de la FAE, perçoit les compressions actuelles.

     

    Il entre dans les détails : « Dans les faits, ça se traduit par des coupes de services, par des prestations de services moins importantes que celles qui devraient être rendues pour répondre aux besoins des élèves et pour soutenir les profs qui doivent travailler auprès de ceux qui éprouvent des difficultés particulières. »

     

    Le président s’en prend particulièrement au double message véhiculé : « Pendant que le gouvernement nous incite à faire notre part de travail pour assainir les finances publiques, il continue à subventionner avec près d’un demi-milliard de dollars par année le réseau des écoles privées. Il demande au secteur public d’accomplir sa mission et il ne lui fournit pas les ressources nécessaires pour y arriver ; d’autre part, il continue de soutenir le réseau privé, qui mène une concurrence déloyale à l’endroit de l’école publique. »

     

    La FAE et ses dix syndicats affiliés couvrent un territoire en grande partie situé dans des milieux fortement urbanisés ; ses membres travaillent entre autres pour les trois commissions scolaires présentes sur toute l’île de Montréal. Sylvain Mallette reconnaît qu’il se pose en pareil cas des difficultés autres qu’ailleurs dans le réseau : « L’école montréalaise est appelée à relever des défis supplémentaires. On est ici dans des microsociétés où la pauvreté, une expression que je n’aime pas mais qui est utilisée, est la règle généralisée ; on est en présence d’une population, de parents d’élèves qui la vivent au quotidien. C’est un enjeu spécifique à cet endroit. »

     

    S’ajoute à cette réalité « cet autre défi que représente l’immigration. Sur l’île, il y a des classes où 90 % à 95 % des élèves sont issus de cette immigration et ils arrivent à l’école avec leur propre bagage culturel, mais aussi avec leurs difficultés inhérentes ; ça n’existe pas en banlieue ou en région. » Il s’ensuit donc que « Montréal vit des problèmes beaucoup plus criants à cause de son tissu socioéconomique et de sa clientèle multiethnique, ce dont le gouvernement ne tient pas compte dans les compressions qu’il impose ».

     

    Cela dit, il soutient que, partout dans le réseau, « les professeurs tiennent l’école à bout de bras. Et on leur dit qu’ils n’en font pas encore assez, qu’on va leur couper leurs moyens en exigeant qu’ils en accomplissent davantage avec moins de ressources. » Le gouvernement s’en lave les mains : « Les enseignants perçoivent la situation comme suit : le gouvernement ne leur fournit pas les moyens requis pour remplir adéquatement leurs fonctions et il les rend responsables des échecs dans le réseau. »













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