Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    L’équité du système d’éducation est en jeu

    4 octobre 2014 | Réginald Harvey - Collaborateur | Éducation
    « Ce n’est pas la structure qui fait fausse route, c’est la façon dont on finance l’éducation publique au Québec, dont il faut trouver une façon d’assurer la pérennité », remarque la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard.
    Photo: Archives Le Devoir « Ce n’est pas la structure qui fait fausse route, c’est la façon dont on finance l’éducation publique au Québec, dont il faut trouver une façon d’assurer la pérennité », remarque la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) milite résolument en faveur de la démocratie scolaire, à l’approche des élections prévues le 2 novembre, en ces jours où plane le projet politique d’une réforme en éducation : leur statut serait susceptible d’être modifié et il serait même envisagé de les rayer de la carte. La Fédération dénonce plutôt un manque de vision à plus long terme en éducation, qui prend la forme de compressions à l’aveugle.

     

    Ethnologue de profession, Josée Bouchard, la présidente de la FCSQ, s’est tournée vers la politique scolaire en 1994 à titre de mère désireuse de se mêler de la gouvernance en éducation ; elle devient successivement commissaire et présidente de la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean, avant d’accéder à la présidence de la Fédération en 2009. Elle évalue à 800 millions de dollars les compressions budgétaires que le réseau a été contraint d’absorber depuis 2010 ; cette année, les allocations regroupées dans trois enveloppes pour un total de 1,2 milliard ont été amputées de 150 millions : après les efforts consentis précédemment pour réduire les coûts administratifs, les services aux élèves écopent à leur tour.

     

    Elle invite à la réflexion sur les chambardements envisagés : « Ce n’est pas la structure qui fait fausse route, c’est la façon dont on finance l’éducation publique au Québec, dont il faut trouver une façon d’assurer la pérennité. » À ceux qui scandent qu’il y a encore du gras à enlever dans l’administration, elle rétorque : « Sur 100 pour cent de l’enveloppe budgétaire, la moyenne provinciale des coûts qui sont alloués à la gestion est de 4,6 % actuellement, ce qui est trois fois moins que dans les municipalités, les cégeps ou les agences de la santé. »

     

    Les mesures préconisées

     

    Les commissions scolaires avaient jusqu’au 15 septembre pour soumettre au ministère leur plan de redressement relatif à l’austérité financière qu’il préconise : « Les gens ont obtempéré pour ne pas aller à l’encontre de la loi, à l’exception de la Commission scolaire de Montréal(CSDM), qui a en quelque sorte lancé un signal d’alarme en agissant de la sorte ; il est porté par l’ensemble des commissions scolaires, dans le sens qu’on dit que le temps est venu de s’asseoir et de réviser la situation pour en arriver à un nouveau pacte fiscal avec le gouvernement en matière d’éducation publique. » Il est urgent d’examiner le financement des commissions qui multiplient les déficits depuis déjà quelques années : « L’an dernier, 75 % d’entre elles se sont retrouvées dans le rouge et cette année 34 ou 35 ont eu à réaliser des plans de redressement, ce qui est du jamais vu. »

     

    En présence d’un manque à gagner d’une telle ampleur, la présidente a tendu la main au ministre Bolduc lors d’une rencontre tenue il y a quelques jours : « Soutenue par une résolution unanime de mon conseil d’administration représentant tous les présidents des commissions scolaires, j’ai mis sur la table une proposition allant dans ce sens-là : c’est très clair, il y a une situation qui est intenable et il y aurait peut-être encore des sommes à aller chercher du côté administratif. S’il y a certains de nos membres qui sont intéressés à faire des regroupements de la taxe sur le plan régional et sur le plan de la formation professionnelle ou encore qui le sont par le partage de services, la Fédération est prête à les accompagner avec le gouvernement dans cette direction ; à condition que, analyse financière à l’appui, il y ait des économies à générer dans une pareille démarche. »

     

    La porte reste aussi ouverte sur les regroupements des territoires, dans cette même optique de la possibilité d’économiser des sous : « On veut travailler avec le gouvernement mais travailler intelligemment avec lui. Il faut préserver au Québec la valeur fondamentale de notre réseau d’éducation public en s’assurant de l’équité des services à la grandeur du territoire. » Pour l’heure, l’appareil gouvernemental s’en tient à présenter le sombre portrait des finances publiques de l’État.

     

    Josée Bouchard signale encore que le redressement amorcé entraîne présentement une diminution des services à l’élève sur plusieurs fronts, sans entrer dans les détails. Elle pose principalement le constat qu’il y a des mesures majeures qui ont été appliquées en matière de persévérance scolaire au cours des 15 dernières années ; les résultats ont suivi et sont probants : « Tout le monde met l’épaule à la roue dans cette direction pour réaliser le plan stratégique de lutte contre le décrochage des commissions scolaires, qui se déploie en harmonie avec celui du ministère de l’Éducation. À l’heure actuelle, à la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean et dans bien d’autres, on fait tomber des pans de mur de ce plan stratégique dans l’application du plan de redressement. » L’argent qui servait au développement pédagogique à titre de valeur ajoutée, pour conduire des projets dans des écoles et des milieux ciblés auprès de clientèles vulnérables, est de moins en moins disponible.

     

    Il y aura des élections

     

    Dans le but de faire contrepoids à la morosité qui enveloppe la démocratie scolaire et qui se traduit par une participation anémique des électeurs lors du déroulement des élections, la présidente de la FCSQ la définit comme suit : « Dans le fond, c’est de donner à la population la possibilité et le pouvoir de décider en matière d’éducation, en fonction des besoins et des valeurs de son milieu. » Elle trace ce portrait des élus : « Oublions la perception qu’il s’agit de vieux monde qui s’endort pendant les réunions. Un sondage réalisé au cours des dernières années montre que ce sont des gens très scolarisés, qui sont issus de divers milieux comme les mondes professionnel ou des affaires ; et il y a de plus en plus de jeunes parents qui militent en politique scolaire. »

     

    Il va de soi qu’elle défend ses couleurs : « Il faudra toujours des commissions scolaires pour organiser toute la vie scolaire au cours d’une année. Grâce à la présence d’un gouvernement local entièrement dédié à l’éducation, on s’assure que l’argent va en éducation. Dans toutes les autres provinces du Canada comme aux États-Unis, il existe des conseils scolaires et on ne remet pas en question leur existence. On a compris en Amérique du Nord que, pour coordonner l’ensemble des services en éducation et leur qualité, pour assurer leur rapprochement avec la population en les décentralisant, il nous faut un gouvernement local qui s’appelle une commission ou un conseil scolaires. » Elle invite, bien sûr, les gens à voter en grand nombre le 2 novembre.

    « Ce n’est pas la structure qui fait fausse route, c’est la façon dont on finance l’éducation publique au Québec, dont il faut trouver une façon d’assurer la pérennité », remarque la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard. Josée Bouchard, la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.