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    Fédération des cégeps

    «On roule déjà sur le fer!»

    4 octobre 2014 | Claude Lafleur - Collaborateur | Éducation
    Jean Beauchesne est le président-directeur général de la Fédération des cégeps, l’organisme qui regroupe la direction des 48 cégeps publics.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Beauchesne est le président-directeur général de la Fédération des cégeps, l’organisme qui regroupe la direction des 48 cégeps publics.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    En quatre ans, les cégeps se sont vu imposer cinq compressions budgétaires — dont 21,5 millions de dollars en juin dernier — pour un total de 90 millions. « Voilà qui nous fait mal, très mal même, indique Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps, l’organisme qui regroupe la direction des 48 cégeps publics. Le problème, c’est l’effet cumulatif de ces coupes, année après année, poursuit-il. Chaque fois, nous nous demandons ce qu’on pourrait bien faire pour ne pas affecter les services que nous donnons à nos étudiants. »

     

    Jusqu’à présent, malgré les « efforts budgétaires » imposés par les gouvernements successifs de Jean Charest, de Pauline Marois et maintenant de Philippe Couillard, M. Beauchesne relate que les cégeps sont parvenus à ne pas toucher aux services aux étudiants. « Mais voilà qu’on y est presque », prévient-il.

     

    « Nous en sommes à notre cinquième compression budgétaire en quatre ans, insiste-t-il. Il y a deux ans, nous avons même vécu deux compressions la même année, du jamais vu dans l’histoire des cégeps ! Comment voulez-vous qu’on planifie la palette des services que nous devons offrir afin de remplir notre mission ? ! »

     

    Des citoyens de demain… handicapés ?

     

    Jean Beauchesne rappelle que la mission des cégeps ne se limite pas à enseigner et à former des étudiants, mais aussi à développer les citoyens de demain. À cette fin, leur mission est d’offrir plus qu’une gamme de programmes et de cours, mais également un éventail d’activités qui « forment » l’individu, notamment des activités socioculturelles et sportives. Il considère que celles-ci se situent à la périphérie immédiate de la formation collégiale, périphérie fort importante aux yeux de toutes les directions de cégep. « Jusqu’à présent, la plupart des cégeps sont parvenus à protéger ces activités de première périphérie, dit-il, mais, avec les plus récentes coupes, on est arrivé à cette limite. »

     

    Il rapporte que certains cégeps ont d’ailleurs commencé à sabrer dans certaines activités. « Au moins 17 des 48 cégeps ont maintenant annulé ou modifié leur participation à des activités comme Cégeps en spectacle ou des tournois de hockey », dit-il.

     

    De plus, l’une des missions des cégeps étant de favoriser la poursuite des études par le plus grand nombre possible de personnes, ils continuent d’offrir des services aux étudiants handicapés et de l’aide pédagogique individuelle à ceux et celles qui éprouvent des difficultés de cheminement. « Pour le moment, nous continuons de dispenser ces services », indique le p.-d.g. de la Fédération des cégeps.

     

    Il relate en outre qu’il y a belle lurette que les cégeps ont « fait le ménage » en sabrant partout dans l’administration où ils le pouvaient. « Comme ça fait longtemps qu’on nous impose des coupes, rappelle Jean Beauchesne, on a donc coupé partout où on pouvait le faire sans affecter les services aux étudiants. »

     

    C’est dire que bon nombre de cégeps ne peuvent plus sabrer dans leur administration, quand bien même ils le voudraient. « Nous n’avons vraiment pas de structure à couper, insiste Jean Beauchesne. Prenez l’exemple d’un cégep où il y a 800 ou 900 étudiants, comme celui d’Alma, pose-t-il. On y retrouve beaucoup de postes uniques, par exemple une personne à la paie. On ne pourrait donc pas procéder à de nouvelles réductions de poste ! »

     

    Il révèle même que les coupes commencent à affecter la formation des étudiants. C’est ainsi qu’il cite l’exemple des mannequins virtuels utilisés dans les programmes de soins infirmiers. « Tous les cégeps veulent se procurer de tels mannequins virtuels, dit-il, puisqu’on peut simuler, grâce à eux, toutes sortes de maladies et de problèmes de santé, ce qui est extrêmement formateur. Toutefois, ces mannequins coûtent si cher que je connais au moins trois cégeps qui ont dû y renoncer. »

     

    De même, nombre de cégeps cherchent à stimuler l’esprit entrepreneurial des jeunes. « Il y a beaucoup de projets parascolaires où on tente de développer leur intérêt de lancer des entreprises, indique M. Beauchesne, mais nombre de ces projets ont dû être mis sur la glace… Pour l’instant, nous sommes dans la périphérie de ce qu’on considère comme essentiel pour former des citoyens responsables. »

     

    En outre, rapporte-t-il, depuis six ou sept ans, les directions de cégep sont parvenues à « geler » l’augmentation des frais d’entretien et d’électricité. « Mais comme, en réalité, le coût de ces services a continué de croître, on utilise notre budget de fonctionnement pour compenser ces augmentations. »

     

    « C’est dire que, après cinq compressions successives, on commence à être sur le fer, poursuit-il. En fait, on roule déjà fer sur fer et, bientôt, on ne pourra plus maintenir tous les services aux étudiants… On a vraiment fait tout le ménage qu’on pensait être capable de faire sans affecter l’offre des services qu’on rend aux étudiants », insiste-t-il.

     

    Le p.-d.g. de la Fédération des cégeps révèle d’ailleurs que, selon une analyse réalisée à partir des rapports financiers que viennent de déposer les cégeps publics pour l’année 2013-2014, « au moins trente d’entre eux ont fini leur année financière dans le rouge ! Trente sur quarante-huit ! », lance-t-il.

     

    À la croisée des chemins

     

    Jean Beauchesne rappelle que le gouvernement a annoncé son intention de réduire la croissance des dépenses de l‘État à 1,8 % cette année et à seulement 0,7 % l’an prochain. « C’est dire que, si cette année, on a subi une coupe de 21 millions, ça n’augure rien de bon pour l’an prochain ! », lance-t-il, presque découragé.

     

    « On est toujours prêt à faire notre bout de chemin, on l’a fait et on le fait encore cette année, poursuit-il, et je comprends nos élus, mais nous, nous ne pouvons pas prétendre que d’autres coupes n’affecteront pas, d’aucune façon, notre prestation de services. Ce serait faux de dire cela ! »

     

    De fait, Jean Beauchesne estime que les directions de cégep sont maintenant confrontées à des choix cruciaux. « On est vraiment à la croisée des chemins, dit-il, où on va devoir faire le choix entre les services qu’on rend et ceux qu’on ne rend plus ! On n’a plus de marge de manoeuvre… »













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