Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    «Effort budgétaire»: un marché de dupes?

    4 octobre 2014 | Claude Lafleur - Collaborateur | Éducation
    « Ce sont les services aux étudiants ayant des besoins particuliers et ceux qui ont un handicap qui risquent d’être affectés », relate le président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), Mario Beauchemin.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir « Ce sont les services aux étudiants ayant des besoins particuliers et ceux qui ont un handicap qui risquent d’être affectés », relate le président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), Mario Beauchemin.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Ces dernières années, l’ensemble des cégeps et des universités ont été durement frappés par de sévères compressions budgétaires. C’est ainsi qu’un économiste de la CSQ estime que, depuis 2011, les coupes imposées par le gouvernement du Québec totalisent 300 millions de dollars. Cette année seulement, on demande un « effort budgétaire » de 21 millions aux cégeps et de 172 millions aux universités.

     

    Voilà qui aura des conséquences importantes, mais encore indéterminées, rapportent les représentants des trois fédérations syndicales qui représentent les professeurs de cégep et d’université, le personnel de soutien et d’aide spécialisée ainsi que les chargés de cours.

     

    « Je vous dirais que nous sommes en mode austérité, coupe, compression, restriction budgétaire, réingénierie… depuis aussi longtemps que je me souvienne, déclare Caroline Senneville, la présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN). Et, ce qui fait le plus mal, c’est l’effet cumulatif de toutes ces compressions. »

     

    « Nous ne savons pas trop où ils vont encore couper, indique Mario Beauchemin, le président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ). Mais, si on se fie aux années passées, c’est souvent le personnel de soutien — les techniciens en éducation spécialisée, les techniciens qui aident les profs dans les laboratoires, etc. — qui écoperont. »

     

    « À Concordia, on vient de nous annoncer la mise en place d’un programme de départ à la retraite volontaire, rapporte Michel Tremblay, président de Fédération des professionnels (CSN). Et, comme il manque déjà 1000 professeurs dans les cégeps et universités, ces coupes ne vont pas aider à remédier à la situation ! »

    (NDLR: l'Université Concordia a tenu à spécifier qu'il s'agit de départs volontaires et non de départs volontaires à la retraite, et que ce programme vise uniquement le personnel de soutien et d’administration et ne touchera pas les membres du corps professoral.)


    Entraver la réussite des étudiants?

     

    Caroline Senneville s’attend à ce que les universités soient tentées d’augmenter la tâche des professeurs et ainsi de priver de travail les chargés de cours. « Les profs risquent d’avoir plus d’étudiants dans leurs cours, ce qui aura un effet direct sur ceux-ci, dit-elle. Et il restera moins de cours pour les chargés de cours… »

     

    Quant aux cégeps, on risque de réduire les services de soutien professionnel, prévoit Mario Beauchemin. « Ce sont les services aux étudiants ayant des besoins particuliers et à ceux qui ont un handicap qui risquent d’être affectés », dit-il. Ces compressions risquent en effet d’affecter le personnel professionnel et de soutien dont les professeurs ont justement besoin pour encadrer ces étudiants. Il y a aussi une quantité de projets liés à la réussite qui vont peut-être être supprimés. « Voilà qui, en plus d’alourdir la charge de travail des profs, nuira à la réussite des étudiants. »

     

    Pourtant, M. Beauchemin indique que l’aide aux étudiants ayant des besoins particuliers et les projets liés à la réussite feront partie des priorités syndicales lors des négociations pour le renouvellement des conventions collectives qui débuteront l’an prochain.

     

    Le gouvernement imposera une «loi 3»!

     

    De son côté, Michel Tremblay rapporte que sa fédération vient de se faire dire que le gouvernement a l’intention d’imposer les mêmes contraintes aux régimes de retraite du personnel collégial et universitaire que celles qu’il veut imposer aux employés municipaux.

     

    « Dès le début d’une rencontre, la semaine dernière, avec le ministre Blais [ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale] et Denys Jean, le président de la Régie des rentes du Québec, on nous a dit que ce qui s’en vient dans les universités, c’est un projet de loi dans le sillage du projet de loi 3 », rapporte-t-il.

     

    Pourtant, rapporte M. Tremblay, lors d’une précédente rencontre avec M. Jean, celui-ci avait été surpris de constater qu’il y a harmonie entre les employeurs et les employés au sujet des régimes de retraite.

     

    « Ce que le gouvernement nous dit, c’est tout simplement qu’il veut exporter le modèle du projet de loi 3, alors que, dans les universités, ni les recteurs ni les employeurs ne constatent qu’il y a un problème avec les régimes de retraite », indique-t-il (il n’y a en fait qu’une université qui a un problème à ce chapitre : l’Université Laval). « Le gouvernement va donc imposer un modèle qui n’est souhaité par personne ! », lance, incrédule, le représentant syndical.

     

    Le jour où nos «infrastructures» céderont…

     

    « Tout cela a un effet cumulatif, observe Caroline Senneville. Prenons le simple exemple d’une année où on a un budget moindre pour renouveler les livres dans les écoles, dit-elle. L’année suivante, on n’a pas seulement les achats réguliers à faire, mais il faut aussi tenter de combler le retard… »

     

    « On nous dit que c’est une crise financière, poursuit-elle, que c’est un mauvais moment à passer, deux mauvaises années, mais qu’après on va pouvoir réinvestir. Mais, malheureusement, on aura peut-être creusé des trous qu’on ne pourra plus combler. »

     

    Il y a pire, relate-t-elle, puisqu’en réalité le gouvernement annonce que, lorsqu’on aura atteint l’équilibre budgétaire et qu’il y aura des surplus, ceux-ci seront affectés pour moitié à des baisses d’impôt et pour moitié au Fonds des générations (donc au remboursement de la dette).

     

    « C’est donc un marché de dupes !, lance-t-elle, puisqu’on nous dit qu’on n’augmentera pas nos impôts — on aura peut-être même des diminutions — alors qu’on va avoir moins de services. N’oublions pas que, avec nos impôts, on s’achète des services… dont une éducation et des soins de santé de qualité ! »

     

    Et nous sommes déjà passés par là, rappelle encore Mme Senneville. « C’est comme pour les infrastructures routières, énonce-t-elle. Durant des années, on a reporté les sommes qu’on devait débourser pour leur entretien… jusqu’au jour où des viaducs se sont écroulés. C’est seulement alors qu’on s’est rendu compte des conséquences. Le prix à payer pour toutes ces coupes est là… »

     

    De son côté, Michel Tremblay rappelle que, « lorsque, le printemps dernier, le Parti libéral nous disait que sa priorité serait l’économie, personne n’a compris que ce ne serait que pour faire des coupes ! On pensait plutôt que le nouveau gouvernement allait développer l’économie du Québec ! »

    Ce texte a été modifié après sa mise en ligne.

    « Ce sont les services aux étudiants ayant des besoins particuliers et ceux qui ont un handicap qui risquent d’être affectés », relate le président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), Mario Beauchemin. Caroline Senneville, la présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.