Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Éducation

    L’été de tous les dangers

    4 octobre 2014 | Marie-Hélène Alarie - Collaboratrice | Éducation
    Depuis la présentation du nouveau budget du ministre des Finances, Carlos Leitao, en juin dernier, tous les secteurs subissent des coupes. L’éducation n’en est pas exempte.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis la présentation du nouveau budget du ministre des Finances, Carlos Leitao, en juin dernier, tous les secteurs subissent des coupes. L’éducation n’en est pas exempte.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le couperet tombe le 4 juin dernier, lors de la présentation du premier budget de Carlos Leitao, ministre des Finances du gouvernement du Québec : les commissions scolaires subiront des coupes de plus de 150 millions. Depuis, rien ne va plus, on va d’annonces officielles en rumeurs et d’inquiétude en colère. Au coeur du débat, des enfants pris dans la tourmente.


    Les services de garde sont les derniers en date à écoper des compressions imposées par le gouvernement Couillard aux commissions scolaires. Effectivement, depuis le 1er octobre, les tarifs journaliers sont passés de 7 $ à 7,30 $. Cette augmentation a permis un recalcul du financement des services de garde, qui dorénavant variera en fonction du nombre d’enfants qui fréquentent ces services. Ce sont les grandes commissions scolaires qui sont le plus touchées par ces nouvelles règles, puisqu’elles accueillent de nombreux enfants. Pour la Commission scolaire de Montréal (CSDM), ce sont des coupes de 1,1 million, alors que, pour la Commission scolaire Marie-Victorin sur la Rive-Sud de Montréal, on parle de réductions d’un demi-million. Au lendemain du dépôt du budget, les commissions scolaires devaient ajouter les nouvelles coupes de 150 millions aux 640 millions déjà consentis depuis quatre ans. Toutefois, Yves Bolduc, le ministre de l’Éducation, souhaite que ces coupes n’affectent pas les services aux élèves. Est-ce rêver en couleur ?

     

    Ces restrictions budgétaires font mal. Mais, ce qui risque de blesser plus encore, c’est cette affirmation faite le 29 septembre par le ministre Bolduc, qui admet que le réseau subira « des transformations au cours des prochaines années ». Il a fait cette déclaration à la suite de rumeurs voulant que son gouvernement songe à la fusion ou encore à l’abolition pure et simple des commissions scolaires, ce que le ministre n’a pas voulu confirmer, attendant les résultats des élections scolaires du 2 novembre prochain pour annoncer les nouvelles mesures. Toutefois, abolition ou pas, ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que les commissions scolaires souffrent, mais plus encore la CSDM, qui, elle, est complètement étranglée.

     

    C’est en juillet que tombe la nouvelle d’un scénario catastrophe à la CSDM : la commission scolaire est confrontée à un déficit de 29,3 millions de dollars. Il faut rappeler que, sur les coupes de 150 millions, le budget de la CSDM est à lui seul amputé de 15 millions.

     

    C’est une somme colossale pour une commission scolaire qui doit répondre aux besoins de plus de 112 000 élèves, dont la moitié n’ont pas le français pour langue maternelle et dont 40 % vivent sous le seuil de la pauvreté. C’est sans compter le fait que le programme pour lutter contre les moisissures dans les écoles, qui ne reçoit aucun financement de Québec, coûte trois millions et que les écoles à mandat régional accueillant les handicapés engendrent des coûts excédentaires de 10 millions. Catherine Harel-Bourdon, la présidente de la CSDM, le répète de toutes les manières possibles : « On a un sous-financement et des besoins accrus. » Mais, selon Yves Bolduc, « malgré la main que nous lui avons tendue à maintes reprises », le ministre de l’Éducation déplore le manque de volonté « évident » de la CSDM et son entêtement à ne pas vouloir faire un budget qui respecte les balises. Pour cette raison, afin d’avoir la « juste mesure de [sa] situation financière », il n’exclut pas la mise sous tutelle.

     

    Au mois d’août dernier, on apprend que les bibliothèques scolaires risquent de voir leur budget d’achat de livres diminuer de moitié pour l’année 2014-2015. En fait, c’est une conséquence directe des coupes, puisque dorénavant les commissions scolaires ne seront plus obligées d’investir les 7 $ par élève exigés antérieurement par le ministère de l’Éducation pour l’acquisition de livres. Cette mesure fera dire au ministre Bolduc, en entrevue au Devoir, cette malheureuse phrase : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques]. J’aime mieux que les commissions scolaires achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées. » À la suite de cette déclaration, le premier ministre a corrigé le tir et a même contredit son ministre en soulignant que « c’est vrai que les commissions scolaires doivent faire leurs choix. Mais, entre nous, je pense qu’il y a d’autres choix à faire. […] L’important, c’est qu’il y ait de nouveaux livres disponibles », a-t-il noté, en insistant pour dire que « la base de notre éducation est la qualité de notre langue, qui s’obtient notamment par la lecture ». Puis viendront les propos nuancés du principal intéressé, qui précisera qu’il n’y « a jamais assez de livres » dans les bibliothèques, et finalement les excuses arriveront accompagnées d’une promesse d’exiger que les commissions scolaires rétablissent les budgets des bibliothèques pour l’achat de livres.

     

    Après les libraires, c’est au tour des artistes et des écrivains d’être inquiets, puisque le programme « La culture à l’école »est en situation précaire, vu qu’il revient à chaque commission scolaire de décider d’adhérer ou non à ce programme. « La culture à l’école » profite depuis 2009 de fonds stables de 3,2 millions, dont deux millions proviennent du ministère de l’Éducation et le reste du ministère de la Culture et des Communications. C’est ce programme qui permet de recevoir en classe des artistes professionnels de toutes les disciplines ou d’organiser des sorties culturelles. À Montréal et sur la Rive-Sud, on tient à ce programme, mais, pour ce qui est de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, par exemple, rien n’a encore été décidé.

     

    Récemment, il a été question de la fermeture des conservatoires d’art dramatique et de musique en région, mais c’est un autre dossier, et celui-ci ne relève pas du ministère de l’Éducation, mais bien du ministère de la Culture…













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.