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    Examens d’entrée payants

    Quand l’école publique imite le privé

    Des établissements offrant des programmes particuliers profitent d’un « flou » dans la loi

    1 octobre 2014 |Lisa-Marie Gervais | Éducation

    Le bal des examens d’admission pour le secondaire commence en fin de semaine pour des milliers d’élèves partout au Québec. À l’instar du réseau privé, les écoles publiques tenues à la gratuité des services ont pourtant elles aussi exigé des frais, parfois plus élevés, pour passer ces tests. Est-ce seulement légal ?

     

    Le ministère de l’Éducation n’a pas été en mesure de répondre au Devoir. Mais selon l’article 3 de la Loi sur l’instruction publique, les services éducatifs, prévus par la loi et par le régime pédagogique établi par le gouvernement, doivent être gratuits. Or, les programmes particuliers sont des programmes qui ont justement demandé à déroger au régime pédagogique, a expliqué David D’Arrisso, professeur adjoint à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. « De par ce fait, les commissions scolaires et les établissements ont tendance à dire qu’elles ont le droit de charger pour ces programmes car ce sont des services hors régime pédagogique ». Un « flou » existe toutefois dans la loi et les établissements et les commissions scolaires « ont tendance à étirer l’élastique », constate-t-il. Toutefois, envoyer son enfant dans un tel programme particulier (musique, sport, programme international) demeure le choix des parents… qui ont aussi d’autres avenues possibles et entièrement gratuites dans le réseau public.

     

    À la Commission scolaire de Montréal, parmi le lot d’écoles qui sélectionnent les élèves, une dizaine font passer des examens d’admission payants, le coût allant de 25 $ à 60 $. À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, sur 12 écoles secondaires, 9 sélectionnent uniquement ou en partie sur la base d’un examen d’admission et les frais d’examen sont au maximum de 60 $. Seule l’école secondaire Saint-Louis a l’autorisation de facturer 75 $ étant donné le nombre élevé de jeunes qui passent le test. Pendant ce temps, au privé, le montant maximal des frais autorisé par la Loi sur l’enseignement privé est de 50 $. « Puisqu’aucun règlement ne semble encadrer l’étendue de ces frais pour les écoles publiques, est-il moral qu’elles se permettent de demander un montant supérieur au plafond de 50 $ qu’on impose aux écoles privées ? », s’est demandé un parent dont l’enfant se prêtera au jeu des examens pour l’entrée au secondaire.

     

    Des montants justifiés ?

     

    Dans la grande majorité des cas, les montants exigés servent à payer la firme Brisson Legris et associés, qui a le contrat des examens d’admission de plusieurs écoles partout au Québec. Cette année, l’entreprise mesurera les compétences de 30 000 élèves de tous les niveaux, du réseau public comme privé. « C’est un déploiement de plus 250 surveillants dans les écoles », explique Josée Lambert-Chan, directrice du service de mesure et d’évaluation.

     

    Toutes les épreuves sont standardisées et permettent de voir quel rang occupe un enfant sur le lot de ceux qui passent les épreuves. La firme permet aussi des évaluations à la carte, qui vont, par exemple, donner plus de poids aux résultats de mathématiques s’il s’agit d’un programme enrichi de sciences et technologie.

     

    Stéphane Langlois, directeur adjoint à l’école secondaire Mont-Royal, affirme que l’école ne fait pas de profits avec ces frais exigés. Dans le cas de son école, la somme de 60 $ sert à payer la collation, la firme qui s’occupe de faire passer l’examen et le personnel qui rentre exceptionnellement au boulot un samedi. « On doit demander la permission à la commission scolaire pour les fixer. Ça ne doit pas être abusif », dit-il.

     

    Il reconnaît que la concurrence est forte dans ce secteur de Montréal et que le fait d’offrir des programmes d’enrichissement est une stratégie pour attirer les élèves. « C’est sûr que ça crée une forme d’élitisme dans ces programmes », souligne-t-il. Mais d’avoir un examen de sélection qui exige un paiement lui permet de tenir tête aux écoles privées.

     

    Maryse a voulu faire le choix de l’école secondaire publique Massey-Vanier de Cowansville, car c’était pour elle, après comparaison avec ce qu’offrait le réseau privé dans les environs, la meilleure option pour sa fille. Mais le programme de sport choisi a demandé le dépôt d’un dossier d’admission exigeant des frais de 175 $, non remboursables si la candidature est retenue. « Je ne suis pas riche mais je le paye quand même parce que je sais que c’est du bonheur pour ma fille. Mais je connais plein de gens qui ne peuvent ou ne veulent pas faire ce sacrifice et ce sont les enfants qui sont ainsi privés d’un bon programme. »













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