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    Droits de scolarité

    Une étude donne raison aux carrés rouges

    Des droits élevés réduisent l’accès à l’université

    2 septembre 2014 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Selon les chercheurs, les résultats de l’étude montrent que la hausse des droits de scolarité est une avenue qui doit être écartée pour mieux financer les universités.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon les chercheurs, les résultats de l’étude montrent que la hausse des droits de scolarité est une avenue qui doit être écartée pour mieux financer les universités.

    Une nouvelle étude déboulonne la « croyance » de certains commentateurs et donne raison aux «carrés rouges» : les droits de scolarité élevés réduisent bel et bien l’accès aux études universitaires. C’est du moins la conclusion que tire un groupe de chercheurs dirigés par Pierre Doray, professeur de sociologie de l’UQAM, après avoir analysé sur une longue période (1946-2011) l’effet des fluctuations des droits de scolarité sur différentes catégories d’étudiants en Ontario et au Québec.

     

    Tous ne sont toutefois pas touchés de la même façon. Et même si l’effet global est faible (pour chaque tranche de 1000 $ d’augmentation, le risque de ne pas poursuivre des études universitaires augmente en moyenne de 3 %), « il cache des situations contrastées en fonction des catégories sociales », soulignent les quatre chercheurs de l’étude.

     

    Selon l’étude obtenue par Le Devoir, tant en Ontario qu’au Québec, les jeunes de première génération universitaire (dont aucun des parents n’a fait des études supérieures) sont parmi les plus vulnérables et, en moyenne, le risque qu’ils ne poursuivent pas d’étude est augmenté de 19 % pour chaque tranche de 1000 $ de hausse. Même s’ils ont souvent déjà connu une expérience de travail et sont donc plus susceptibles d’avoir les moyens financiers de fréquenter l’université, les étudiants les plus âgés (plus de 25 ans) sont aussi parmi les plus touchés en cas de hausse. « Au Québec, on a beaucoup de ces étudiants-là, fait remarquer M. Doray. Et dans les années 1990, on le voit, beaucoup d’entre eux ont décidé d’arrêter leurs études après la hausse des droits de scolarité. »

     

    L’impact des droits de scolarité varie même selon le groupe linguistique. « En moyenne, chaque hausse de 1000 $ réduit de 10 % les chances d’accéder à l’université chez les francophones du Québec et de 28 % chez les francophones de l’Ontario », nous disent les chercheurs. En revanche, les anglophones des deux provinces ne semblent pas particulièrement touchés par une augmentation de la facture étudiante. Pourquoi ? « Parce qu’ils sont mieux nantis ou parce que l’expérience collective, la culture de l’université est plus importante, donc ils seraient prêts à investir davantage, mais on ne sait pas si leur endettement les pousse à abandonner leurs études davantage », avance M. Doray.

     

    Des économistes ont tort

     

    « Sur le plan du débat public, notre recherche montre clairement que penser que l’augmentation des droits de scolarité n’a pas d’effet sur l’accès est une idée qui relève de l’ordre de la croyance », écrivent les chercheurs.

     

    Certains économistes étaient pourtant arrivés à cette conclusion en voyant que le Québec connaît un taux de fréquentation universitaire moyen alors que ses droits de scolarité sont pourtant parmi les plus bas, tandis qu’en Ontario, la fréquentation est très grande même si les droits de scolarité sont parmi les plus élevés.

     

    Trop facile, rétorque Pierre Doray. « En faisant cela, on en reste à des généralités et on ne tient pas compte des autres facteurs qui interviennent et qui différencient les deux provinces. »

     

    Premièrement, l’immigration est un facteur qui peut venir fausser cette corrélation faite par certains. Car les immigrants choisissent davantage l’Ontario que le Québec, et cela se reflète dans la population étudiante. Or, pour ces immigrants, qui au Canada sont largement sélectionnés sur la base de leurs diplômes de leurs qualifications, le prix des études est moins un frein.

     

    Deuxièmement : en Ontario, la croissance des effectifs universitaires suit la croissance du poids générationnel. Or, les jeunes de la tranche d’âge 18-24 ans sont proportionnellement plus nombreux en Ontario. Au Québec, le poids de cette génération a diminué dans le temps, et les universités sont allées recruter en grande proportion d’autres étudiants, notamment des plus âgés ou ceux dont les parents n’ont pas fréquenté l’université (première génération). Ils sont plus difficiles à recruter, et cela peut expliquer le taux de fréquentation moyen, explique Pierre Doray, rappelant que les droits de scolarité ne sont pas le seul facteur qui influe sur l’accès.

     

    Une étude inédite

     

    D’où l’intérêt des chercheurs d’étudier l’impact d’une hausse sur plusieurs catégories de personnes, ce qui apparaît d’ailleurs comme inédit. Ceux-ci ont bien pris soin de différencier les immigrants, qui n’avaient pas habité ou fait leurs études dans l’une des deux provinces, pour mieux mesurer l’impact réel des politiques publiques, comme la hausse des droits de scolarité.

     

    Leurs analyses ont également tenu compte du boom de fréquentation engendré par la démocratisation de l’éducation pendant les années 1960 et la Révolution tranquille, qui n’est pas nécessairement lié au coût des études. L’originalité de l’étude des chercheurs tient à son caractère historique et longitudinal (les données couvrent une période de 65 ans). Plus la « fenêtre » d’observation est grande, plus il est possible d’évaluer le poids réel d’une hausse, d’une diminution ou d’un gel des droits de scolarité en fonction des autres déterminants.

     

    En outre, selon ces chercheurs, les résultats de l’étude montrent clairement que la hausse des droits de scolarité est une avenue qui doit être écartée pour mieux financer les universités. « D’autres outils plus simples et équitables devraient être explorés. Par exemple, un système d’imposition réellement progressif », croient-ils.













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