Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Éducation

    Le privé sans la performance à tout prix

    28 août 2014 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
    Ces jours-ci, dans tout le Québec, la cloche sonne pour près d’un million d’élèves qui, fébriles, retournent en classe. Parmi eux, les élèves du Collège Reine-Marie, dans Saint-Michel, à Montréal, une école privée qui se veut loin des clichés et de la course à la performance à tout prix.
     

    Le terrain est immense, semé de beaux arbres matures, et le bâtiment a l’imposante stature des grands collèges qui furent longtemps dirigés par des congrégations religieuses. Quelques élèves en uniforme gravissent solennellement les marches de l’école secondaire en cette journée de rentrée scolaire. À première vue, le Collège Reine-Marie, situé boulevard Saint-Michel, au nord de l’autoroute métropolitaine, est une école secondaire privée comme toutes les autres, réservée à une élite triée sur le volet, où performance et réputation riment avec compétition et sélection.

     

    Avec tout le respect qu’il a pour ses collègues du secteur privé, le directeur Marc Tremblay ne supporte pas du tout la comparaison. Pour la simple et bonne raison que, depuis son arrivée en poste il y a deux ans, il pilote une petite révolution : la sélection sans examen d’admission. « On sait qu’on a le loisir de choisir, mais on ne veut pas baser uniquement notre choix sur les capacités scolaires d’un jeune, explique le dynamique directeur. On pense que rencontrer chaque famille avec l’enfant et regarder ses bulletins de 4e et 5e valent mieux qu’une sélection basée sur un examen le samedi matin. »

     

    C’est ainsi que, en prévision de la rentrée 2014, il a rencontré pendant un an 600 nouvelles familles, dont le tiers ont choisi son établissement.Pendant ce temps, des élèves se prêtent presque anonymement à des séances d’examen, au terme desquelles une lettre arrivée par la poste scelle leur sort, souligne-t-il. « J’aime à penser qu’on a une approche plus respectueuse et humaine. »

     

    Et cette façon de faire semble porter ses fruits. Le nombre d’inscrits a augmenté depuis qu’il a instauré son nouveau processus d’entrevues d’admission, il y a un an et demi. Cette année, une centaine de filles, soit pratiquement le double de l’an dernier, et le même nombre de garçons sont venus s’ajouter, « du jamais vu dans les dernières années », note M. Tremblay. Un exploit pour un collège d’environ 600 élèves en pleine décroissance, qui a dû ouvrir ses portes aux garçons il y a deux ans à peine.

     

    Étiquette et préjugés

     

    Riches, sélectives, compétitives. Marc Tremblay en a assez des étiquettes et des préjugés sur les écoles privées. Il assume, voire revendique, son statut de mouton noir. Il faut avoir la tête dure et être un peu « baveux », admet-il. « Certains me trouvent un peu farfelu ou fou et disent que je dois avoir beaucoup de temps libre pour faire toutes ces rencontres d’admission, raconte-t-il, un sourire en coin. D’autres me taquinaient en me disant que j’allais me planter. Mais on s’est lancé, contre vents et marées. »

     

    Ce collège confessionnel étant passé tout récemment à une administration laïque, l’occasion était belle de se renouveler, d’oser. Et cette volonté de faire les choses autrement ne date pas d’hier. M. Tremblay est lui-même un pur produit de l’école privé élitiste et performante — formé chez les eudistes, il y a été enseignant, ainsi qu’au Collège Notre-Dame, et directeur d’une école primaire privée — et c’est ce qui a nourri sa réflexion. Pour lui, le stress des examens, les larmes et la dépression des jeunes n’ont pas leur raison d’être. « À Jean-Eudes, on faisait passer des examens à 1200 élèves et on n’avait que 300 places à offrir. On décevait 900 familles. En plus de tout le stress qui vient avec ça. En arrivant à Reine-Marie, je me suis dit que ce n’était peut-être pas bon pour nous », dit-il, en réitérant tout le respect qu’il a pour son alma mater.

     

    Pas la performance à tout prix

     

    Bien sûr, ne pas jouer le jeu des grandes écoles réputées qui sélectionnent en partie sur la base d’un examen d’admission comporte des risques. Celui d’être vu comme une école de « moins forts ». « C’est le défi, reconnaît le directeur. Tout est dans les valeurs qu’on prône depuis toujours et dans l’environnement que les soeurs avaient créé. La rigueur, la qualité de notre enseignement et de notre accompagnement. On fait juste affirmer davantage notre désir de donner une chance à un jeune qui n’a pas une moyenne de 92 %. »

     

    De l’excellence, il y en a au Collège Reine-Marie, insiste-t-il. Il y a ceux qui « courent vite », qui peuvent bénéficier de programmes enrichis, et ceux qui « courent un peu moins vite » (10 % de la clientèle de l’école éprouve certaines difficultés et a un plan d’intervention). La notion de réussite est différente pour chacun, croit M. Tremblay. « Pour un jeune dyslexique, passer de 67 % à 72 % en mathématiques, c’est une très belle performance. »

     

    En entrevue de sélection, le directeur résume sa vision à une maman venue le rencontrer. « Ce qu’on recherche ici, c’est l’équilibre », explique-t-il avec passion. De la musique aux oreilles de cette mère, dont le cadet n’est peut-être pas fait pour la grande galère de la performance à la réputée école privée que fréquente son grand frère… qui peine d’ailleurs à tenir le rythme. « L’école fait partie de la vie du jeune, mais elle ne doit pas ÊTRE sa vie. Je souhaite qu’il aille à l’école, fasse ses devoirs, mais qu’il ait du temps pour vivre. »

     

    Sans les blâmer, il estime que les grandes écoles privées ultraperformantes et élitistes ne conviennent peut-être pas à tout le monde.

     

    Une stratégie pour survivre

     

    Marc Tremblay ne s’en cache pas : la compétition est féroce entre les écoles privées. Faire le pari de l’inclusion, et non de la performance à tout prix, sert bien la cause du Collège Reine-Marie, qui veut se renflouer. « Beaucoup d’écoles privées ont le même créneau et offrent souvent la même chose. Dans ce marché, il faut trouver une façon de sortir du lot, dit-il. Et on appuie notre différence sur les valeurs, qui ne sont pas de cataloguer les jeunes qui ont à peine 11 ans. »

     

    Reste que son collège appartient au réseau privé et qu’il en a les « privilèges » liés à la sélection. Parmi les 200 nouveaux qui font actuellement leur entrée en première secondaire, environ 15 % ont été tout de même invités à passer un test. Son école, où il en coûte près de 3500 $ pour étudier, a aussi le « luxe » de renvoyer des élèves, ce que le secteur public peut difficilement faire.

     

    « En enseignement privé, et particulièrement à Montréal, il faut constamment se renouveler », avance le directeur, qui admet vouloir gentiment « bousculer » les autres écoles et créer des émules. « Profitons-en pour innover et changer. On pense que notre voie est la bonne. »

     

    Le Collège Reine-Marie est l’une des rares écoles privées à avoir abandonné l’examen d’admission.

    ***

    NDLR: Une correction a été apportée à ce texte après la mise en ligne.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.