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    Décrochage scolaire

    Prévenir pour mieux guérir

    23 août 2014 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboratrice | Éducation
    L'enfant à risque qui bénéficie d'interventions préventives sera mieux équipé pour éviter le décrochage.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'enfant à risque qui bénéficie d'interventions préventives sera mieux équipé pour éviter le décrochage.

    Si les décrocheurs sont de moins en moins nombreux au Québec, il n’en reste pas moins que près d’un élève sur cinq sort du secondaire sans diplôme, qu’un sur trois ne termine pas son cégep et que 30 % des étudiants inscrits dans le réseau des universités du Québec n’obtiennent jamais leur baccalauréat. Si le primaire est épargné en raison du caractère obligatoire de l’école à ce stade, il n’en reste pas moins qu’il est possible d’y détecter des signes avant-coureurs. Que faire en tant que parent ? Réponses avec Monique Brodeur, de l’UQAM, et Michel Perron, de l’UQAC, deux éminents spécialistes de la question.


    «Même si un enfant présente des indices prédictifs de décrochage, on ne peut pas affirmer qu’il va nécessairement décrocher à l’adolescence, précise en préambule Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation à l’UQAM. On peut cependant repérer très tôt des facteurs de risque. »

     

    Parmi ces facteurs, des difficultés en lecture à l’âge de sept ans, le fait d’être peu altruiste et de provenir d’une famille à faible revenu. Raison pour laquelle la doyenne indique la pertinence de l’implantation de maternelles à 4 ans à temps plein dans toutes les écoles les plus défavorisées du Québec, celles d’indice 9 ou 10.

     

    « Les élèves provenant d’une famille à faible revenu risquent plus de présenter des difficultés en lecture parce qu’ils ont peu, voire pas de livres à la maison et que ces enfants reçoivent peu ou pas de stimulation par rapport à l’écrit, explique-t-elle. Ils ne fréquentent généralement pas non plus la garderie, ce qui ne favorise notamment pas le développement de leurs habiletés sociales. »

     

    Or les premières années de scolarisation sont fondamentales, du fait que l’apprentissage de la lecture va permettre ensuite celui des autres matières. Plus l’enfant à risque bénéficie d’interventions préventives, plus il pourra être équipé pour réussir à l’école et éviter le décrochage.

     

    Michel Perron, titulaire de la chaire UQAC–Cégep de Jonquière sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes (VISAJ), coordonne depuis une dizaine d’années au Saguenay un projet régional de prévention de l’abandon scolaire. Projet qui semble fonctionner puisque la région présente un taux de décrochage au secondaire de 11,8 %, bien en deçà de la moyenne provinciale de 18,6 %.

     

    « L’engagement de la famille fait encore toute la différence, précise M. Perron. Or un jeune sur dix ne se sent soutenu ni par sa mère, ni par son père en matière d’éducation. Souvent, ces parents ont eu eux-mêmes une mauvaise expérience à l’école. Ils peuvent avoir des difficultés de lecture et ne pas comprendre les messages en provenance de l’école. Quelle que soit leur situation, il faut qu’ils soutiennent leur enfant, qu’ils l’encouragent, qu’ils soient présents. »

     

    Améliorer l’encadrement

     

    Parmi les MRC qui présentent les plus forts taux de décrochage, on retrouve celles qui sont en banlieue de Montréal. Parmi les raisons établies, il y a le fait que les parents partent tôt et reviennent tard du travail. Ils n’ont pas le temps de superviser les devoirs. De ce point de vue, Michel Perron insiste sur le rôle que peuvent jouer les grands-parents lorsqu’ils vivent dans l’entourage.
     

    Monique Brodeur souligne la grande valeur que représentent le réseau des bibliothèques publiques et les organismes communautaires pour les enfants issus d’un milieu défavorisé. Elle rappelle également le rôle fondamental des enseignants, de même que celui des autres acteurs éducatifs.

     

    « Il importe que les enseignants adoptent des pratiques dont l’efficacité a été démontrée par la recherche, pour offrir le meilleur enseignement possible de la lecture, précise-t-elle. Un tel enseignement permet de repérer rapidement les enfants qui peinent à apprendre à lire. Tout de suite, des interventions peuvent être mises en place par des orthopédagogues et, s’il y a d’autres types de difficultés, par d’autres intervenants. On s’aperçoit notamment que les garçons, comme les allophones, profitent grandement de l’implantation de ces nouvelles pratiques d’enseignement. Or ce sont eux qui décrochent le plus. »

     

    D’où l’exigence absolue et inscrite dans la loi sur l’instruction publique, pour les enseignants, de parfaire leurs compétences via la formation continue. Mais, au-delà, Mme Brodeur souligne la nécessité de soutenir le réseau de l’éducation dans sa poursuite de l’excellence des pratiques et de l’utilisation optimale des ressources.

     

    « Pour y arriver, nous avons besoin d’une instance québécoise qui s’assurerait de valider les pratiques éducatives, tant sur le plan de l’enseignement, des pratiques de gestion scolaires que des interactions avec l’ensemble des autres acteurs engagés dans la réussite scolaire, précise-t-elle. À l’image de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). »

     

     













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